animaux du C.H.E.N.E.

Commencer par le commencement : ma vision de ce qu’est le Chêne, dans un texte écrit spécialement pour le 25° anniversaire de sa création (juin 2005):

Les dernières fées cauchoises

Le Pays de Caux fut de tous temps connu pour une terre de sortilèges. On ne s’étonnera donc pas d’apprendre qu’y naquirent, au dernier siècle du millénaire que nous venons de quitter, quelques rares enfants charmants. Comme il n’y avait eu de tels enfants depuis l’époque de Charles Perrault, les parents de ces garçons ne se doutaient de rien, et négligèrent d’inviter les dernières fées aux baptêmes. Des fées devenues très vieilles et passablement aigries puisqu’ on ne parlait plus d’elles dans les livres. Percluses de rhumatismes, elles se déplaçaient peu, ayant élu domicile dans un très vieux chêne, qui était, du temps de leur jeunesse, au cœur d’une épaisse forêt. Les siècles passant et l’Homme proliférant, l’arbre était à présent au centre d’un village, entre une église et deux bistrots, ce qui permettait aux magiciennes d’avoir un peu de distraction car personne n’avait songé à poser une antenne dans la ramure pour leur permettre de recevoir les émissions de la télé. On avait certes installé des tiges métalliques sous les branches, mais c’était pour soutenir ce grand vieillard hébergeant les fées. L’une d’elles, à la langue particulièrement aiguisée assurait que c’était de l’acharnement thérapeutique, mais nul humain n’écoutait ses médisances puisque seuls les animaux avaient l’ouïe assez fine pour entendre ces créatures d’un autre âge.


le Chêne millénaire d'Allouville Copyright lherbaudière

Des animaux, justement, il y en avait beaucoup dans ce village, car les fées, qui n’eurent cure de l’affront qu’on leur fît, avaient orienté les destins des enfants charmants : « le premier-né saura voler , dit l’une, le second aura les pieds sur terre », dit l’autre. Une troisième ajouta : « celui-ci sera l’ami des renards, tandis que cet autre recherchera la compagnie des chouettes ». A ce stade elles commencèrent à se disputer, car l’aînée (qui avait énoncé le premier vœu selon l’ordre habituel des préséances) prétendit qu’il n’était pas logique que le plus pédestre prince aimât les oiseaux, quand l’hurluberlu volant préfèrerait les goupils rampant au fond des terriers. C’est alors que la moins vieille des magiciennes, cachée derrière un rideau de hêtres (elle avait gardé l’humeur joueuse, n’ayant que 250 ans), mit toutes ses sœurs d’accord : « Les princes travailleront ensemble, ce qui équilibrera leurs compétences ». Ce ne fut qu’un cri sous le grand chêne : « Travailler ? Oh, le vilain mot, jamais prince ne travailla ! » La cadette défendit son point de vue : « Ce ne sera pas un travail ordinaire car nos princes seront thaumaturges, ayant pouvoir, par imposition des mains, de soigner la chouette aussi bien que le renard ». L’aînée haussa ses épaules décharnées et demanda, ironique : « pourquoi pas les phoques, pendant que vous y êtes ? » Nulle n’osa répondre, car il y avait encore à débattre de questions pratiques (le prince volant aurait-il des ailes en permanence ? Le pédestre posséderait-il un carrosse pour ses déplacements ?) et il était bien tard pour la troupe des vieilles magiciennes. La conversation reprit le lendemain matin, après une nuit de bon sommeil, qui permit aux fées d’avoir les idées claires. Car, enfin, il fallait être logique, adapter les princes à l’ère nouvelle, si différente des siècles féeriques.

Ils travaillèrent donc ensemble, ainsi qu’il avait été prédit. Mais les ailes, trop encombrantes furent abandonnées, et le prince volant se contenta de construire un avion, pour tourner en rond au-dessus du vieux chêne. Quant au carrosse, on le déguisa en camion rouge. Les princes eurent des assistants, car travailler était fort pénible. D’autant que, pour préserver l’anonymat de nos princes, les magiciennes les avaient dépourvus de fortune. Ni pierres précieuses cachées dans des coffres, ni pièces d’or serrées dans des bourses. Seulement des cailloux en travers des chemins, même des congères certains hivers, et du sable dans les bottes, quand on allait recueillir les phoques orphelins. C’était une vie difficile, mais les travailleurs étaient vaillants et ils firent bien des miracles, dont le plus étonnant demeure, pour autant que je sache, de n’être jamais reconnus pour des princes.

Vint un jour où le premier-né d’entre eux, qui avait alors barbe blanche, décida de prendre sa retraite (les fées avaient bien fait les choses, car tout travail leur avait paru mériter salaire puis repos). « Je serai jardinier, annonça-t-il, cultivant mes salades, regardant voler les papillons, butiner les abeilles. » Il sembla que c’était un beau programme, et les princes dauphins acceptèrent l’héritage du royaume ainsi constitué, à l’ombre du vieux chêne, sous le gouvernement secret des fées.

En 25 ans, 20 000 animaux ont transité par le C.H.E.N.E. Les plus nombreux ont été les oiseaux. Les textes qui suivent évoquent pigeon, troglodyte, engoulevent, et, pour 5 d'entre eux, la grande vedette des pêcheurs d’Antifer : un pélican (auquel j’ai prêté ma plume) :

Pigeon vole… pigeon volage


Ce pourrait être une fable de la Fontaine, si nous avions du talent, ou si nous avions le temps d’être littéraires. Mais c’est une des deux choses qui nous manquent le plus, au C.H.E.N.E. : le temps (l’autre, c’est l’argent, qui nous permettrait d’embaucher du personnel, afin que toutes nos tâches, si diverses, n ‘accumulent pas de retard).
Ce pourrait être une fable de La Fontaine, qui commencerait ainsi :

Quand l’hiver fut venu,
Cinq pigeons fourbus,
Par le C.H.E.N.E. secourus…

Je n’ai jamais su écrire de poésie. Je vous la ferai en prose :

Parmi les éclopés auxquels Jean-Pierre Jacques, d’un geste de semeur auguste, donnait du grain, il y avait ce pigeon, d’une nature plus câline que ses congénères : Jojo (oui : au C.H.E.N.E., on n’a même pas le temps d’avoir un peu d’imagination pour les noms). Il s’attardait encore, la distribution faite, tel l’élève fayotant auprès du maître. Et Iris, la chienne du maître en question, était vaguement jalouse, rêvait parfois de croquer le volatile, au détour de la mare, au coin du hangar, voire : derrière le poirier qui transforme, au printemps, le paysage en tableau impressionniste…
Le printemps, justement : il finit par arriver, après ces mois de convalescence. Et le moment vint où la bande de pigeons fut rendue aux bois, à la liberté. Ce fut une fête, comme toujours, d’ouvrir les boîtes, les mains, et de voir les oiseaux s’envoler. Iris n’était pas la moins contente, ayant jappé beaucoup d’encouragements à Jojo. Ce soir-là elle dormit tranquille sur ses deux oreilles de cocker, certaine d’avoir contribué à rétablir l’ordre dans son domaine. Elle s’offrit même une grasse matinée (prétend Coco, la mauvaise langue de la maison – il faut lui pardonner : Coco est un vieux perroquet de 35 ans, c’est un bel âge pour être médisant). Mais quelle stupéfaction lorsqu’elle fit sa première ronde : Jo était revenu et piétaillait autour de Jean-Pierre (oui, je sais : ce verbe n’existe pas ; mais si vous croyez qu’Iris avait le loisir, ce matin-là, d’ouvrir un dictionnaire, c’est que vous ne mesurez pas son trouble, n’avez rien compris à ses tourments). Certes, il s’était d’abord trompé de personne, atterrissant sur l’épaule d’un visiteur inconnu. Mais ensuite il ne quitta plus Jean-Pierre. Ni ce jour ni le suivant. Avouons-le en confidence : l’homme était flatté, se sentait quasiment des ailes. Jusqu’au moment où Jojo, toujours plus audacieux, le suivit dans son bureau, ayant dans son bec une brindille. Jean-Pierre pensa à cette colombe tenant un rameau d’olivier, symbole de paix depuis des millénaires, et il soupira d’aise, de contentement : ah, il avait eu bien raison de suivre sa vocation, de vouloir rendre aux animaux la place qu’ils occupaient au jardin d’Eden… Une second brindille succéda à la première, puis une autre, une troisième. Et bientôt le doux rêveur dut se rendre à l’évidence : Jojo n’était point l’ami fidèle qu’il croyait, mais une femelle concupiscente se livrant à un charme éhonté en construisant un nid. Ne le répétez pas : on fut nombreux à rire sous l’aile ou la nageoire, l’oreille de cocker. Même les bébés hérissons s’en tordirent de rire, ce qui ne facilita guère le biberonnage de Clémentine dans la nursery. Jojo fut rebaptisé Jojotte, et un refrain (dont Coco serait l’auteur) courut un temps sur le passage de Jean-Pierre : Jojotte est une chochotte, Jean-Pierre a les chocottes. C’était très exagéré, car Monsieur le directeur du C.H.E.N.E. se sentait seulement ridicule (mais croyez-vous qu’on a le temps, ici, se défendait-il, de vérifier le sexe des pensionnaires ?)
C’est alors qu’arriva, du plus profond des bois, un pigeon sauvage. Un pigeon audacieux, séducteur (Zorro et Casanova réunis en quelque sorte), qui se posa sur un piquet, à deux mètres du curieux couple. Instantanément, Jojotte abandonna l’humain qu’elle tenait pour son fiancé ; s’en allant roucouler, jaboter, gonfler de la plume, rouler de la pupille, se tordre du croupion devant l’inconnu. Et ils s’envolèrent de concert vers le domicile de l’intrus. Jean-Pierre hésita entre le soulagement et le chagrin de se voir abandonné avec une telle légèreté de mœurs.
L’histoire s’achève ici ? Pas du tout ! Zorro-Casanova était déjà marié, bientôt père de famille. Et Madame ne goûta pas du tout l’intrusion d’une concubine au nid conjugal. On vint batailler sur le gravier, au bord de la mare. Et jamais l’expression se voler dans les plumes ne fut plus justifiée. Le public était partagé, Iris et Coco souhaitant évidemment la défaite de Jojotte, alors que hérissons et phoques, en adolescents turbulents, prenaient parti pour le désordre. La plus cancanière des oies proposa de parier (de parier des pissenlits : on vous l’a dit, l’argent au C.H.E.N.E., ce n’est pas ce qui circule le plus, alors que la fleur de pissenlit, si volatile et qui rappelle tellement le duvet d’oiseau, est monnaie courante chez les pensionnaires) ; mais elle n’eut pas le temps de faire fortune que le dénouement advint, sous la forme d’un nouveau séducteur, qui avait l’avantage, sur le premier, d’être célibataire.
Jojotte et son époux vont bien, merci. Tous leurs enfants aussi. Et Jean-Pierre s’est remis. Au C.H.E.N.E. on n’a pas non plus le temps d’être triste.


Copyright Pompon

Infiniment petit, infiniment grand…

Bien sûr, il ne le sait pas, le troglodyte mignon, qu'il est le plus petit oiseau de nos régions. Il ne connaît pas son poids - moins de 10 grammes - Il ignore ce nom, dont nous, humains, dans notre perpétuel souci de classification, l'avons baptisé, et qui a des relents de préhistoire, du temps où nous vivions comme lui dans les grottes. Sûrement, il est sorti en même temps que nous de ces cavernes, et a adopté, au fil des siècles, les trous de nos murs, de nos charpentes, les bas de nos haies. Il s'est adapté aux conditions parfois étranges de nos vies. Et celui du C.H.E.N.E. a eu, ce printemps, le plus farfelu des projets pour son nid. Il l'a tissé à l'intérieur d'une tête de ...rorqual.

Non, non : je ne vous conte pas une nouvelle version de Jonas et la baleine. Notre rorqual, qui dut peser 15 tonnes de son vivant, est mort depuis longtemps, quelque part, sur la mer immense. Son existence et sa mort nous demeureront mystère. Les plus étonnés furent sûrement les marins qui découvrirent son cadavre sur la proue de leur pétrolier, en rentrant au Hâvre. Après diverses tribulations, le crâne est finalement arrivé au C.H.E.N.E., en 1994. On l'a posé sur pilotis, mis à l'abri d'un toit spécialement construit pour lui, entre la haie vive, la mare et la clinique. Blanchi et poli par le temps, épuré, il a quelque chose de minéral, et pourrait passer pour une sculpture géante. Regardez, visiteurs, ce temps arrêté, ce moment d'éternité. Mais, s'il vous plaît, n'approchez pas trop. Il y a, dans cette tête qui ne pense plus, trois oisillons à peine nés. Trois oisillons qui piaillent, transformant le monstre mort en chambre d'écho, en tuyaux d'orgue. Faites silence, écoutez... N'entendez vous pas cet étonnant concert? Cette improbable partition pour rorqual et troglodyte? Ecoutez, écoutez, c'est le chant de la Genèse, le monde est neuf, le monde est à créer.
Nous nous y employons.


nous devons cette photo à Christian Kerihuel
(cliquez dessus pour visiter son site)

juin 2003

L’engoulevent est la seule mobylette qui vole

Je confesse une de mes lacunes : j’ignorais, jusqu’à hier, l’existence dans nos forêts du Caprimulgus europeus, qui, entre autres originalités, a la flemme de construire un nid et pose ses œufs à même le sol (en cela différent de l’autre flemmard – le coucou – qui squatte les logements d’autrui). Le Caprimulgus, contrairement à ce que paraît indiquer son nom aux étymologistes distingués, n’est pas parent des chèvres, dont il ne fut qu’un voisin intéressé, aux temps où les dieux grecs étaient répandus dans les prairies, les sources, les bois : il appréciait leur compagnie, à cause des mouches et insectes (sa nourriture ordinaire) hantant leur pelage odorant.
C’est Thierry Coasquer, l’un de nos savants ornithologues, qui m’apprit tout cela, alors qu’il emmenait une petite troupe d’une quinzaine de personnes sur la piste du Capri-comme-j’ai-dit, dont le nom commun est l’engoulevent. Moi, j’étais surtout là pour Cassandre, notre dernière hulotte, qui, baguée, devait être rendue à la liberté. Rendue par … moi, je ne vous dis pas l’émotion de tenir cette boule de plumes tièdes entre mes mains, à l’heure du crépuscule. Ses yeux ronds fixèrent les miens, la brève seconde où je la tins, et, si je lui souhaitais de m’oublier très vite au moment où je la lâchais, je peux vous affirmer que moi je n’oublierai ni ce regard, ni le déploiement des ailes, tel le battement d’éventail d’une coquette s’envolant pour un bal dans les arbres.Après nous nous sommes occupés de l’engoulevent, qu’on nous avait promis d’entendre, si ce n’est de voir. Je n’avais jamais que pisté la hyène en Afrique, une seule fois, sans aucun succès. Et j’étais prête à semblable échec, consolée d’avance par la beauté du paysage, dont le vert éclatant virait à l’obscur, et où les fragrances du chèvrefeuille sauvage (autre voisin des chèvres antiques, probablement, s’enroulaient autour de nous comme d’invisibles mousselines. Quelque Petit Poucet farceur avait déposé devant nos pas des escargots géants, que nous prîmes garde de ne pas écraser. Et, au-dessus de nos têtes, des lucanes jouaient à l’hélicoptère, avant d’être gobés par les mobylettes. Car l’engoulevent, qui crie comme pétarade une mobylette, fut bien au rendez-vous : nous l’entendîmes, nous le vîmes, alors que nous nous immobilisions sur la crête où Thierry nous l’avait annoncé.
Comme nous étions sages, alors, dans ce temps arrêté, au cœur de l’immémoriale forêt, nous gardant de pester contre cette charmante mobylette, que notre présence ne parut pas déranger, au contraire d’un chevreuil, qui, invisible sur son lit de fougères, protesta contre notre intrusion. La nuit est venue sur ce moment de grâce, nous sommes descendus vers nos voitures, la civilisation, non sans avoir droit à la dernière magie d’une escorte de lucioles.
Sommes-nous bien dignes de mériter autant de merveilles ?


Souvenirs d’un bagnard évadé


copyright Didier Pazery

Salut! C'est moi, Péli-le-baroudeur, je dois y aller de ma plume dans le site du C.H.E.N.E, à la demande de Jean-Pierre. Un brave p'tit gars, auquel je ne saurais rien refuser, même si la littérature n'est pas mon fort.

Moi, mon truc, c'est l'action, l'aventure, la castagne. Si j'étais né homme, j'aurais été corsaire ou cow-boy. Mais je suis né pélican, dans un pays chaud dont je ne saurais vous préciser le nom car la géographie ne fit pas partie de mon éducation. D'ailleurs, je ne l'ai pas connue longtemps, la terre de mes ancêtres, car j'étais encore tout gosse quand on m'a déporté dans cette grande île pleine de brume. Et pour faire bonne mesure, être certain que je ne retournerais pas dans ma famille d'un coup d'ailes, on m'en a raccourci une. D'autres que moi seraient morts d'un tel traitement, mais je suis un coléreux, un vindicatif, c'est ce qui m'a sauvé. La brume, les barreaux et le sévisse corporel me rendirent enragé, en proie à une obsession unique : m'évader. Casanova, Edmond Dantes et Papillon fuyant les plombs de Venise, le château d'If ou le Bagne, je peux prétendre , sans me vanter: à côté de moi, ce sont des enfants de chœur. J'ai donc pris la mer, nageant plus que volant, forcément.
Je suis arrivé sur la côte normande, à Antifer exactement. Le nom me séduisait, j'y sentais de l'opposition, un vent de révolte allant de pair avec mon caractère anti-conventionnel et ferrailleur. Je me suis vite trouvé des copains chez les pêcheurs, qui m'ont généreusement nourri.
La belle vie commençait : liberté, carrelets, fraternité. Carrelets pas seulement et c'est heureux, car l'un me resta un jour en travers de la gorge et je faillis en étouffer. Samu-Jean-Pierre arriva, pour me camionner jusqu'à l'hôpital d'Allouville, et je fus sauvé avant d'être arrivé : je ne supporte pas les voyages en véhicule terrestre, çà me fait vomir. Excusez le détail peu ragoûtant, mais on m'a demandé de tout raconter …. Comme si 21 ans de souvenirs pouvaient tenir en une seule page! Hé, oui : 21 ans déjà que je suis antiferois. Les seules parenthèses ont été mes quatre hospitalisations ici.
Car il y eut pire que le carrelet biaiseux dans ma vie, les plombs cauchois je peux vous en causer, car on m'a canardé, en 1987. Ou le chasseur avait besoin de lunettes ou il s'était chauffé au calva dans son gabion car ça me paraît difficile de me confondre avec un colvert…
A propos de calva : on m'a accusé d'en téter parce que je vole de travers. Les méchantes langues, qui n'hésitent pas à se moquer des handicapés, ça existe. Je fais des envieux, des jaloux, forcément : toute l'humanité trime pour croûter, payer son loyer, rembourser ses crédits, organiser sa retraite, pendant que moi, peinard, je vis au jour le jour, sans souci du lendemain. Mais j'ai mes admirateurs aussi.
Je me souviens particulièrement d'une famille que j'ai visitée pendant une de mes hospitalisations. J'avais faussé compagnie aux éclopés de la mare, un Dimanche, histoire de tester ma convalescence. Et le gars Jean Pierre de patrouiller tout le canton le Lundi en questionnant : «vous n'auriez pas aperçu un pélican?» Lui aussi, on a dû le croire pris de boisson ou ayant sniffé de l'herbe, parce que le pélican en pays de Caux, c'est aussi rare que l'éléphant rose. Quelqu'un a fini par lui répondre : « il est dans mon pré, vot' bestiau, mais j'voudrais bien l'montrer à mémé qu'en a jamais vu, et à mes gamins qui sont 'core à l'école ». On a fait la tournée et j'ai eu un franc succès quand j'ai voulu gober les boules au sapin de Noël. C'était si beau, ces œufs multicolores, parfaitement ronds, et brillants à se mirer dedans. Par contre, quand j'ai fait mine de vouloir bouffer le chat, mon chirurgien-camioneur a brusqué les civilités.
Moi aussi, je vais abréger, ça me fatigue de bosser, je manque d'habitude. Et l'heure de mon retour à Antifer a sonné car je suis de nouveau réparé. Séjour agréable, nourriture abondante, infirmières girondes : aucune critique.
Sauf qu 'on a tenté de me faire partager la piscine avec un cygne et j'ai dû sévir. M'enfin, est ce que c'est mon genre, ce snob se haussant du col et jouant les romantiques pour séduire Sophie, Clémentine, Delphine, toutes mes p'tites mignonnes? Je ne lui ai pas mâché mes mots à ce frimeur : «Oh, Wilfrid, t'es pas sur le Rhin ici, mais dans la pataugeoire d'Allouville. Ma pataugeoire. Alors tu te casses plus loin». Je n'ai pas eu à répéter, il a filé faire son cinéma ailleurs. Du côté des phoques, peut être, des vedettes ceux là aussi, qui se croient dans un film d'Esther Williams, ou dans la nurserie des hérissons, je ne sais pas. A moins qu'il n'ait préféré la compagnie du sanglier, mais cela m'étonnerait : c'est un brave type, mais il ignore l'usage du déodorant. De toute façon, je ne me fais pas de souci pour le volatile Wagnérien : y'a de la place pour tout le monde ici. Un vrai paradis. Je me demande ce que je vais pouvoir inventer pour revenir une cinquième fois.

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Copyright Pompon

PELICAN A L'ABRICOT

Je l'avais bien prédit que je reviendrais au C.H.E.N.E.! J'ai mis un an à trouver un truc pour me faire inviter une 5ème fois. Squatteur au Paradis, ça se mérite, faut savoir carburer du ciboulot. Et, justement, c'était du côté de la tête que j'affichais un alibi : comme une balle de golf envolée de la falaise d'Etretat pour venir se planter dans mon front auguste. Jolie, cette apparence de gnon d'ailleurs : ronde, bien centrée, couleur abricot. je donne pas dans le genre gore, vomitif, ciné de barrière. J'suis pas un glauque, moi, un figurant à trois euros pour péloche de nécrophages, j'suis une vedette, style Arsène Lupin, ce voisin cher au coeur des dames.
Donc avec mon gyrophare entre les mirettes, j'suis allé me faire admirer. Mon fan's club n'a pas trainé, posant jumelles pour sonner le pote Jean-Pierre:"Allô, le C.H.E.N.E.? Ici la Capitainerie. Faudrait embarquer Péli". J'étais prêt, frétillant déjà à l'idée de retrouver mes p'tites mignonnes de l'infirmerie. Mais on a eu le culot de me faire attendre, parce que leur camion de pompiers était occupé à un autre sauvetage. Toujours à vadrouiller, la fine équipe, pour ramasser tous les éclopés qu'on leur signale. Comme si je n'étais pas prioritaire, moi l'Unique. Il a pris son temps le barbu, avant de m'carrer sous son aile - pardon : son bras - et de m'convoyer jusqu'à la table d'opération.
Là, j'avoue, y'a eu un moment de flottement, une vague inquiétude de part et d'autre. Mon abricot leur semblait un mystère total, à ces zigotos de Jean-Pierre, Alain, Eric. Ils se demandaient quasi si un Alien à ventouses suceuses allait pas jaillir sur leurs trombines perplexes. Et moi je m'disais dans mon catimini :"Péli t'as p'têt poussé le bouchon un peu loin, ce coup là; ils sont fichus de te charcuter le fruit pour trouver le noyau, et au prochain pépin ils te laisseront crever parce que tu ne seras plus crédible".
Avant de jouer du bistouri tout de même ils évoquaient une radio. La vie me souriait de nouveau, je m'rassurais : "si on m'emmène caqueter sur les ondes, c'est tout bon pour c'que j'ai; j'aurai qu'à lancer un appel sur les ondes". France-Bleu, Nostalgie, RVS? Je n'y étais pas du tout. La radio c'était pour voir l'intérieur de l'abricot sans risquer de réveiller le poulpe censé giter dans l'amande. Mais, au C.H.E.N.E., y'a pas ce type de matériel sophistiqué. Si les politiques débloquent des crédits, ça viendra. On en cause, à c'qui paraît. Et j'aurai p'têt pas besoin d'aller en personne aux Conseil Général, Régional, Parlement Européen et tutti quanti faire la manche.
Pour l'heure, je commençais à m'ennuyer, sur ce billard des interrogations. Ayant renoncé à l'écran noir comme au bistouri, mes trois lascars s'étaient lancés dans la lecture ornithologique, cherchant des exemples de volatiles virant arbre fruitier. Ils feuilletaient fébrilement les dictionnaires, pianotaient sur l'ordinateur, téléphonaient au Parc de Clères, à celui de Villars-les-Dombes, connu pour abriter une colonie de mes congénères...
En attendant de faire la lumière sur ma mutation arboricole, on me déposa dans la mare. J'avisais des goélands, auxquels je fis quelques familiarités, histoire d'éclairer un peu mes chercheurs sur mon mal. Ils venaient d'enfin trouver la réponse : j'étais en parade nuptiale. L'expression mérite l'italique car elle tantine pompeuse, et moi, si on m'avait interviouvé, j'aurais été plus simple, plus direct, j'aurais dit franco : "Je rute, mes p'tits gars, c'est aussi banal que ça, et mon gyrophare frontal, c'est pour alerter les femelles, exactement comme les lucioles clignotent par nuit obscure".
Ils ont été un peu vexés, je crois, de n'avoir pas deviné plus tôt. Ou jaloux de ne pas savoir abricoter du front ou s'allumer le ventre quand une p'tite gironde leur chatouille l'hormone printanière. Ils ont fait leurs chochottes, se sont gaussés :"M'enfin, Péli, c'est pas la saison! Et t'as passé l'âge..." Ils m'ont illico séparé des goélands dubitatifs et remis dans le camion rouge. J'ai cru mon bonheur bientôt à portée d'abricot. C'était me montrer naïf, car Jean-Pierre ne m'emmenait pas à Villars-les-Dombes pour me présenter un lot de fiancées : il me reconduisait, goguenard, à la Capitainerie, comme un trublion mis aux arrêts, un exhibitionniste prié de se couvrir. Je suis assez froissé, je l'avoue. Et j'en appelle à vous, internautes, lecteurs de La Feuille du C.H.E.N.E., pour lancer une pétition en ma faveur. A la Saint Valentin, je compte sur deux cent mille signatures.


DU DANGER DE VOULOIR FAIRE EVADER DES CONDAMNES A MORT

Avertissement préalable de Madame la Porte-Plume de Péli :

Pour me conformer à la déontologie de la profession, j'ai initialement transcris le récit de notre vedette tel qu'il me le raconta. Mais ayant également le souci du confort de ses lecteurs impatients, je n'ai pas, au moment de recopier sur l'ordinateur (aimablement mis à notre disposition par le C.H.E.N.E.), poursuivi ce chemin de l'exactitude euphonique, préférant rétablir les mots dans la conformité du dictionnaire. D'où l'abandon des caractères en italique quand j'ai cessé d'être fidèle à la brononciation de notre api - pardon : la prononciation de notre ami.

Simone Arese

Bonfour les chamis! La fie defient de blus en blus diffichile, foi de Béli-le-Paroudeur. Vaudrait bas groire, m'égoutant narrer mes dernières chaventures que je chuis pas remis des zagapes de fin et déput d'année, bas me soubçonner d'avoir trop pu de chambagne à la Gabitainerie d'Antiver. Non blus croire que vos zoreilles paignent encore dans les pulles et que le son de ma foix vous barvient dévormé. Non : j'ai réellement quelques difficultés d'élocution dues à la blessure qui me permet, une nouvelle fois - la 6ème - de séjourner dans ma chère clinique. Je me suis fait ça bêtement, en me battant avec un casier à homards. Ordinairement, ce genre de piège ne résiste pas longtemps à mon bec efficace, mais, ce jour-là, j'étais énervé. Je venais d'apprendre qu'une baleine échouée sur les côtes bretonnes déplaçait des foules immenses, avait les honneurs de tous les médias. Une baleine qui ne chantait même pas puisqu'elle était morte! Quelle prétention, quelle indécence, en claquais-je du bec, tirant sur le casier, pourquoi pas des obsèques nationales aussi? Avec la ministre de l'Ecologie troquant ses tailleurs roses pour un deuil de circonstance et la musique de la garde républicaine faisant vibrer le sonotone du Président? Ah, les journalistes, ah le public des gogos qui préfèrent les grosses productions étrangères aux séries à petit budget comme la mienne; va me résister longtemps, cette ferraille, tonnerre de Brest? Faut que je délivre les copains avant le réveillon du 31, non d'un Bachi-bouzouk! Il y eut un claquement sec, frémissez mon auditoire, c'était pas le métal ennemi, mais l'extrémité de mon bec. Là où j'avais déjà été ressoudé il y a une dizaine d'années. J'en fus subitement calmé. Afieu hopards, je fous apandonne à fotre desdin de bayonnaise gar je dois zalle gerger du ségour bour ma bomme. Et je filais force 7 vers les bateaux de pêche. Qu'avec les fêtes et le gros temps je vis pas la proue d'un! Que la peste soit du Père Noël, de Saint Sylvestre, Saint Emilion et Veuve Clicquot, que c'est moi que je vais clamser tout seul, sans une caméra pour adoucir mon agonie...
Non seulement j'étais blessé, mais condamné à la diète puisque mes frigos nautiques étaient à l'ancre. Mourir : passe encore, mais avoir faim, c'est insupportable.
Enfin, on se remit à l'ouvrage, se souvint que j'existais, découvrit mon état, prévint la Capitainerie, qui sonna la fine équipe : allô, le C.H.E.N.E.? Y'a Péli qu'a besoin d'une rustine...

Le problème est que les rustines pour les poches percées n'existent pas, tous les banquiers vous le diront. Et ce n'est pas faute d'avoir cherché : le gars Alain et son copain le véto du parc de Clères ont écumé tous les rayons de Bricorama, Leroy Merlin, Décathlon. Rien, pas même en cette période de soldes. Faut inventer un système, qu'ils ont conclu. Cette perspective d'avoir un modèle de bridge créé spécialement pour moi me plait beaucoup. Mes deux imaginatifs planchent quotidiennement sur leurs croquis de mandibules à charnières avec autant de fièvre que Léonard de Vinci sur ses dessins d'hélicoptère. J'espère que lorsqu'ils auront trouvé, ils déposeront le brevet, comme aurait dû faire Jean-Pierre pour sa machine à nettoyer les oiseaux mazoutés.
J'attends donc l'opération, peinardement. Je suis assez bien logé, même si je ne dispose pas de ma suite habituelle avec piscine, car le filet faisant office de toit sur le bassin s'est effondré sous le poids de la neige et ce quartier fait actuellement trop désordre pour accueillir les personnalités dans mon genre. Je me suis un peu froissé d'entendre parler d'une nouvelle chambre, qu'on ne semblait pas vouloir m'attribuer, mais on m'a assuré qu'il fallait mieux l'éviter car c'est une chambre de congélation. J'ai retrouvé toute la bande des éclopés de la mare, et ce bon vieux Cuchi, qui m'a présenté Marcel, un marcassin dont il souhaite faire son héritier.
J'ai eu un moment d'émotion charmant, pour l'Epiphanie : bien qu'on ne m'ait pas offert de galette (craignant que la fève ne suscite une nouvelle blessure), on m'a proclamé roi. C'est la p'tite rouquine qui me couronna, avant de m'interviouver pour vous. Je voudrais bien une glace, pour vérifier si ce cercle de papier est aussi seyant qu'un abricot. Et je demanderais alors, certain de connaitre la réponse : "Miroir, miroir magique, dis-moi qui, des hôtes de cette clinique, est le plus beau?".


copyright Didier Pazery

Péli met les voiles

Sous un certain angle, j’ai réussi mon coup : on s’est inquiété de moi, quand on m’a cru perdu sur la mer immense… A dire vrai, d’ailleurs, je n’avais pas encore décidé de disparaître, cette nuit de dimanche à lundi. Je m’étais seulement trouvé une planque pour faire la gueule en toute tranquillité (à cause de la canicule tous les Zhumains semblaient s’être donné rendez-vous dans l’eau, c’était difficile de réflexioner dans cette cohue, ce bruit, avec les mecs se prenant pour des dauphins, les gonzesses pour des sirènes et leurs p’tits têtards gueulant qu’ils avaient peur, qu’ils avaient chaud, qu’ils avaient soif, que les galets faisaient mal aux pieds, que le sable rentrait dans les godasses, non mais quelle engeance, je vous jure…).
J’étais donc sur le toit d’une cabine de pilotage d’un bateau de pêcheurs (mes potes, ceux-là : ils ne font pas de clowneries dans l’eau, ils s’occupent intelligemment à chercher ma pitance), où personne ne voyait que je faisais la gueule. Je m’suis dit : Péli, tu vieillis, car faire la gueule sans public pour le constater, ça sert à rien . Faut trouver autre chose, mon gars… C’est alors que le bateau a démarré. Je me suis réjoui : Chic, y’a du monde à bord, on va remarquer ma bouderie. Que nenni : tous à leur gouvernail ou filets, pas un pour lever la tête et m’apercevoir, si bien figé dans ma dignité outragée (pourtant beau comme une allégorie que j’étais). Je me suis résigné à laisser tomber, tombant du même coup dans l’eau, pour regagner mon ponton de prédilection. Seulement, mon ponton, il avait reculé, ce traître. Péli, t’as la vue qui baisse, j’ai constaté, faudrait peut-être aller au C.H.E.N.E. réclamer des lunettes. Mais, bien sûr, penser au C.H.E.N.E., ça m’a tourneboulé encore plus, j’ai eu une poussée d’adrénaline qui m’a étourdi. J’en ai bu la tasse, c’est vous donner la mesure de mon trouble. En même temps, l’instinct de survie a fonctionné : la tasse m’a subitement éclairci les idées. Egaré pour égaré, autant que cela servît ma cause. Je les connaissais, mes potes pêcheurs, et les gars de la capitainerie, et l’équipe du C.H.E.N.E. : ils allaient rameuter tous les patrouilleurs de la côte pour me retrouver. P’têt même les journaux, la radio, la télé si je tenais bon…
Là c’était un peu présumer de mes forces, car tenir bon signifiait avoir la dalle puisqu’il n’y aurait plus personne pour me nourrir. Je souffrais d’addiction, comme aurait jasé un psy dernière mode… Addiction ou pas, j’ai avisé un coin pénard, pour tenter l’exploit. Parce qu’à force de tourner en rond à cause de mon aile gauchie, j’avais tout de même abordé une plage qui m’était inconnue, où pas un clampin ne risquait de me surprendre vu qu’elle était inaccessible par la terre. Pour tromper la faim qui commençait à se faire sentir, j’ai joué à Robinson, ramassant du bois flotté pour me faire une cabane. Un truc idiot quand on est un pélican. Il ne faut jamais imiter les Zhumains… Les Zhumains qui s’agitaient, je n’en doutais pas : toute la flotte pêcheuse était de sortie, à des heures inhabituelles, et j’entendais des sirènes de pompiers, je voyais un hélico qui passait et repassait. J’en oubliais presque ma faim. Mais pas ma colère contre le C.H.E.N.E..
Bref : on a fini par me repérer, venir me chercher, me câliner, m’offrir les meilleurs poissons, me tirer le portrait. Mais personne n’a eu l’idée de me demander pourquoi j’avais disparu brutalement. On croit toujours que les animaux n’ont rien à dire, qu’ils ne savent pas s’exprimer. J’ai pourtant déjà fait mes preuves. Et j’écris au moins aussi bien qu’un chat. La peste soit de cet animal, qui m’a piqué mon boulot au C.H.E.N.E.. Voilà, c’est dit : je suis jaloux, vexé. Mais jaloux et vexé à l’intérieur de ma poche de bec, là où j’entasse tous les secrets de ma vie sous la nourriture qui transite. Personne savait. Et j’aurais pas avoué pour une caisse de soles. Mais il y a eu pire que le greffier embauché. Le vent m’a porté la nouvelle d’une fête qui se préparait au C.H.E.N.E., pour le 25° anniversaire de sa création. Alors j’ai attendu le courrier. Mon adresse sur le ponton est bien connue. Tous les jours je guettais le facteur, en me disant : Pétard, elle va arriver, cette invitation ?
Elle n’est pas arrivée. Et au moment où je confesse enfin la raison de ma fureur, on est à J-2. Qu’est-ce que je vous parie, qu’ils m’ont oublié ? Il semble pourtant qu’y aura du beau linge, qui fera des discours, se rincera le gosier. Tout le monde est déjà en place, je suis sûr, les paillasses de la clinique passées trois fois à la javel, les graviers du parking rangés un par un, et Couchi-la-puanteur aspergé au n° 5 de Chanel. Franchement, me faire un coup pareil, à moi, leur vedette, et dans un moment où le plan anti-canicule est déclenché dans toutes les maisons de retraites. Je serais donc pas un vieux qui mérite d’être ménagé, peut-être ?


copyright Didier Pazery


Extrait de Paris-Normandie 20 juin 2005

Péli fait une étrange rencontre

J’étais là, pénard, à me laisser porter par les vagues, ne pensant à rien de particulier, occupé de ma seule béate digestion, qui me faisait le regard incertain, quand j’ai entendu, près de moi :
- Bonjour.
J’ai tourné la tête vers la voix humaine, assez incrédule, car aucun de mes potes pêcheurs n’était dans le secteur. Posé sur l’eau, il y avait un type bizarre, en manteau, chapeau, avec deux ailes dans le dos. J’ai accusé les carrelets de mon déjeuner : peut-être me donnaient-ils des hallucinations si la date de péremption était passée ? Et, dans le même temps que je me posais la question, j’y répondais (vous noterez que ma pensée avait retrouvé toute sa fulgurance) : impossible que mes potes m’aient offert de la marchandise pas fraîche puisque je suis toujours le premier servi, avant même que leur pêche ne soit débarquée. Conclusion : le type bizarre devait être réel. Je l’ai donc salué à mon tour, d’un élégant mouvement de bec, ajoutant :
- A qui ai-je l’honneur ?
- Un artiste mort récemment.
- Me croiriez-vous aussi stupide qu’une sardine ? Les noyés qu’il m’est arrivé de croiser ne m’ont jamais tenu la conversation.
- Mon cas est un peu spécial. Je ne me suis pas noyé. Officiellement je suis mort d’un cancer. Mais quelques journalistes prétendent que je me suis envolé.
- Ah, les journalistes ! Vous connaissez ceux du Courrier Cauchois ?
- Non. Je ne suis pas de la région. La mort m’a surpris dans le sud de la France.
- Alors comment êtes-vous arrivé là ?
- C’est une longue histoire.
- J’ai tout mon temps.
- Vous êtes bien aimable
- Donc on m’a prétendu mort d’un cancer, on m’a prétendu envolé, et tout ceci n’est pas faux, mais, à dire vrai je suis surtout mort de désespoir, à cause de la grippe aviaire.
- Vous avez été contaminé ?
- Absolument pas. Ce n’est pas aussi contagieux que les médias essaient de nous le faire croire.
- Vous aviez un élevage de poulets ou de dindes peut-être ?
- Pas plus. Je vous l’ai dit : j’étais un artiste.
- Vous chantiez ?
- Non, je dessinais des petits bonshommes qui volaient, parce que j’avais toujours rêvé d’être un oiseau.
- Je comprends mieux.
- Alors, à l’idée que les oiseaux de la planète risquaient de disparaître parce que les hommes ont à présent peur d’eux, mon cœur a lâché.
- Soit : vous êtes mort. Mais ça ne me dit toujours pas ce que vous fichez sur ma vague. Vous devriez être, dans un premier temps, sous terre ou parti en fumée, dans un second au purgatoire, en attente de destination finale.
- Justement, j’en viens, du Paradis.
- Déjà ? La question a été vite réglée. Vous aviez sûrement une bonne lettre d’introduction.
- Mes dessins… Ils semblaient plaire à saint Pierre, qui m’ouvrait déjà la porte du Royaume Céleste.
- Et alors ?
- Dieu a tonné, furieux contre son concierge.
- Il est comment Dieu ? Avec une longue barbe pendant sur sa robe blanche, genre vieux loup de mer qui se serait astiqué parce que c’est dimanche ?
- Je l’ai trouvé beaucoup plus surprenant : il était en combinaison étanche, avec des gants, des bottes, un masque à gaz.
- Vous me surprenez.
- Je ne le fus pas moins que vous. Donc, Dieu tonna, rappelant au concierge que l’entrée du Paradis était, pour une durée indéterminée, interdite à l’espèce humaine. Saint Pierre insista à plaider ma cause : même aux artistes, qui nous arrivent portés par les ailes de leur talent ? Les ailes, parlons-en, reprit l’Autre, vous ne savez donc pas que les hommes gèrent si mal leur merveilleuse planète que les animaux y sont malades de la peste, comme chez M. de La Fontaine ? La peste, comme vous y allez, Patron, il ne s’agit que de vaches folles, de moutons tremblants, de porcs ou d’oiseaux grippés. Justement, s’énerva Combinaison Etanche : la grippe aviaire nécessite une extrême prudence, des mesures draconiennes, car enfin, réfléchissez, mon bon Pierrot : notre Ciel est également empli de créatures ailées. Que deviendrait le Paradis si les anges étaient contaminés par la grippe aviaire ? Croyez-vous que nous serions capables, vous et Moi, de les supprimer tous, sans hésitation, sans remords, avec cruauté même : n’ai-je pas entendu dire que 3000 poulets avaient été jetés vivants dans une fosse, prestement creusée, aussi vite recouverte ?
- Vous m’horrifiez ! mais je comprends mieux pourquoi mes amis pêcheurs ne me lisent plus le Courrier Cauchois, ainsi qu’ils en avaient l’habitude. Quand je réclame, ils me disent : ce n’est pas la peine, Péli, cette semaine il n’est pas question de toi.
- En fait, ils veulent vous épargner.
- Les braves petits gars.
- J’ai froid.
- Votre manteau est mouillé.
- J’ai froid parce que j’ai peur.
- Je suis votre ami. Nous partagerons mes carrelets.
- J’ai froid et peur parce qu’on m’a refusé une nouvelle vie, sans pour autant me renvoyer à l’ancienne. Je suis condamné à errer pour l’éternité.
Le curieux petit bonhomme s’était mis à pleurer. Et je ne savais quoi faire, quoi dire pour le consoler, car je n’avais jamais rencontré un cas pareil. Et, plus égoïstement, je sentais que s’il s’accrochait à moi, c’en serait fini de ma tranquillité. C’est alors que j’eus une idée lumineuse, m’écriant :
- Euréka (oui : j’ai des lettres !). Je vais faire semblant d’être à moitié mort, et mes copains pêcheurs s’empresseront de sonner la capitainerie, les pompiers, de m’embarquer au C.H.E.N.E. La civière est assez grande pour deux. Arrivé là-bas, je redeviendrai gaillard et vous occuperez la piscine à ma place. Ou une bonne niche chaude avec lampe infra-rouge et douillettes serviettes éponge dans leur clinique, comme vous préférez. Ils prendront bien soin de vous, sans poser de questions car ils soignent tous les animaux en détresse, sans hiérarchie. Je suis même certain que Pompon vous prêtera ses crayons, pour que vous puissiez continuer à dessiner. A propos : c’est quoi votre nom ?
- Folon
- Volons ? Ah dites donc, vous aviez un nom prédestiné…


Nous remercions vivement Plantu de nous avoir autorisé à reproduire ce dessin paru dans "le Monde"

Comme on l’a lu, j’ai prêté à Péli d’être jaloux des autres vedettes du C.H.E.N.E. : les bébés-phoques, recueillis l’été et relâchés à l’automne. Voici trois textes les concernant (où je m’identifie à eux dans les deux premiers)

Sur le banc

Sur le banc où l’œil clos, j’ai l’air de simplement siester en compagnie d’Adélaïde, je médite sur les étranges évènements de ces jours derniers.
Déjà, la semaine passée, certaine agitation, certaine tension, inhabituelles, auraient dû m’alerter. Mais j’étais encore un jeune étourdi, trop habitué à ce que soins et nourriture me soient donnés sans que j’ai à réclamer. Je vivais heureux avec mes quatre amis, dans la piscine du C.H.E.N.E., et les gens heureux n’ont pas d’histoire, prétend un proverbe humain.
Donc, je n’ai pas porté attention au trouble de ma petite Maman-des-terres. Surtout samedi, où, pourtant, il fut à son comble. Mais samedi j’ai particulièrement batifolé, fait le guignol. Nous vivions ordinairement protégés de la curiosité publique, or, ce jour-là, il y eut quelques exceptions : quelques enfants, quelques adultes approchèrent notre grand baquet – oui : baquet. A présent que je contemple l’immensité marine qui nous est offerte, notre piscine me semble rétrécie – Les adultes étaient de deux variétés : ceux qui, accompagnant les enfants, demeuraient un peu en retrait, veillant à ce que les petits ne soient pas bruyants, ne nous approchent pas. Et les autres, probablement des militaires : armés de stylos, papiers, appareils photos, et – surtout – d’une autorité sans faille. Tout cela ne fit guère que dix ou quinze personnes. De quoi être diverti, pas affolé. D’autant que tous ces visiteurs ne venaient pas à nous sans nos gardes du corps habituels. Je m’endormis donc fatigué, mais tranquille.
Quelle surprise, au réveil. On me sépara de mes amis, pour m’enfermer dans une boîte grise, où je n’avais guère mes aises, et où les trous me permettant de respirer ne me laissaient guère voir ce qui se passait. Je sentis qu’on portait la caisse dans un véhicule, qui me sembla rouler une éternité. J’avais chaud, soif. Et un peu peur pour tout avouer.
Le voyage prit fin. On descendit ma caisse du camion rouge. Ma première perception d’une nouveauté fut que l’air avait changé de parfum, et que ce parfum, qui aurait dû m’être inconnu, me troublait, parlait à ma mémoire. Des sensations anciennes, des images enfouies me revenaient à l’esprit. J’eus cette pensée ridicule que j’avais dû vivre ici, dans un passé oublié. La caisse fut transportée plus loin, par des humains qui m’étaient connus, et dont l’odeur familière me rassura : c’était comme un bouclier contre l’autre parfum. Ma boîte fut posée, les odeurs familières s’éloignèrent. J’entendis pourtant la voix de Jean-Pierre prier Maman-des-terres de rester près de moi. Mais elle refusa. Deux personnes montèrent sur ma caisse. Et dans un grand silence, le panneau glissa vers la hauteur, me libérant. Après l’obscurité je fus ébloui. Et totalement étonné : ce que je voyais semblait sans fin. A côté de moi, Adélaïde se montrait aussi perplexe, interrogative : où donc étaient nos amis de la piscine ? Hésitant, nous nous retournâmes vers les caisses que nous venions de quitter. L’adulte et les deux petites filles étaient toujours dessus, ne bougeant pas, ne parlant pas, semblant attendre quelque chose de nous. Et derrière ces deux boîtes et trois statues, à quelque distance, une foule patientait également.

D’un côté il y avait cette immensité plate, sable et eau, de l’autre ce rempart en demi-cercle, constitué de galets et d’humains, où je ne distinguais plus Maman-des-terres. Mais j’ai senti sa pensée vers nous, son ordre tacite plein de larmes : allez-y, partez ; je vous offre cette liberté pour laquelle j’ai travaillé depuis des mois et qui me déchire aujourd’hui ; allez-y. Oubliez-moi… Alors, nous nous sommes décidés pour le moindre danger : l’eau, le sable, plutôt que le mur de galets et d’humains. Le mur, aussitôt, s’est lézardé, pour suivre nos reptations malhabiles. Un des militaires de la veille s’est même approché assez près pour me flasher dans les yeux, et j’ai entendu la bonne voix de Jean-Pierre lui ordonnant de reculer. La bonne voix ordinairement tendre et rieuse, soudain devenue grondeuse. A distance, elle me protégeait encore, à l’unisson avec la pensée de Maman-des-terres. Nous leur avons obéi : nous sommes partis. Nous leur avons obéi, incomplètement. Car jamais nous ne les oublierons.

Mémoires d’une exploratrice involontaire


Copyright Dominique Cordier

Jadis, la frontière était floue, entre l’homme et l’animal. L’homme, d’ailleurs, n’était qu’un animal parmi d’autres, et le savait. Il n’en tirait ni honte, ni vanité. Cela était. Point. La seule différence est qu’il lui arrivait de s’ennuyer, au contraire de nous, qui trouvions la vie si divertissante. Alors il inventa le feu, l’outil, le meurtre gratuit, l’écriture, la philosophie, les dieux : dieu-bouc, homme-centaure, naïade des eaux, nymphes des bois. Le malheur initial vint de la majuscule. Celle dont il habilla la première lettre de son espèce : Homme. Ainsi paré, il se sentit bientôt dieu lui-même. Et Dieu aussi prit une majuscule. Exit les Olympiens. Quelques fées et lutins tentèrent bien de résister, entre le V° et XV° siècle, mais tout cela finit souvent sur des bûchers.
Je le sais, car ma mère me l’a raconté, pour bercer mes premières heures. Je trouvais l’exposé synthétique , j’aurais aimé des détails, entre deux tétées, deux siestes digestives. Mais j’étais encore si petite, si affamée, si dormeuse. Je ne pensais pas encore vraiment, j’écoutais seulement cette étrange berceuse. Crédule, j’étais certaine d’avoir toute la vie devant moi pour apprendre. Mais il y eut cette énorme tempête sur l’eau sombre, écumante, chahuteuse, et dont les hurlements couvrirent les appels de notre troupe. J’ai cru mourir. Et quand la mer est redevenue calme, sous un ciel de nouveau bleu, j’étais seule. Plus un parent à l’horizon. J’ai nagé, en désordre, parce que j’avais peur, j’avais faim, et que je voulais retrouver maman.
Je me suis trompée de direction, et bientôt je fus sur le sable, entre crabes morts et coquillages vides. Enfin je vis de ces humains dont ma mère m’avait instruite. Ils m’ont emportée, et j’ai cru succomber de frayeur car je croyais terminer ma jeune vie en nourriture ou vêtement pour eux. Mais ceux qui m’ont prise doivent être d’une sous-espèce rare. Un de mes oncles, qui prétendait avoir séjourné chez eux, les avait évoqués, lors d’un banquet. Personne ne l’avait cru, je dois dire. Et pourtant, je suis certaine d’être dans cette tribu particulière du C.H.E.N.E. Tous les indices concordent : le chef est un mâle barbu à poils blancs, et ma nourrice une très jolie femelle nommée Sophie. Ils nous ont nourri de lait, de pâté maritime, et à présent de poissons. Ils nous pèsent, surveillent notre santé, dorment auprès de nous si nécessaire. Je parle au pluriel car j’ai hérité de quelques copains : nous sommes cinq à batifoler dans la piscine qui nous est réservée.
Et à la fin du mois, nous retournerons dans notre mer originelle. J’imagine déjà la stupéfaction de maman, m’ayant perdue nouvelle-née et me retrouvant jeune fille. J’exigerai qu’on ne se moque plus de mon oncle. Et je le prendrai pour témoin de mon mariage (j’ai un flirt, à la piscine). Quant à mon fiancé, son témoin sera Sophie. Parce que – autant vous le révéler avant que la presse locale et la télévision ne s’en mêlent – notre nourrice viendra avec nous. Ce n’est pas un phoque ? Certes. Mais elle n’est pas non plus des humains, malgré sa gracieuse apparence. Elle fait partie de cet ancien monde, qu’évoquait ma mère. Sophie fut une femme-poisson, victime d’un sortilège. Et nous, ses enfants marins, qui avons pu témoigner de son incommensurable amour, nous avons obtenu qu’elle retrouve enfin son ancien état. A l’avenir, braquez bien vos jumelles pour regarder notre colonie. Peut-être aurez-vous la chance de distinguer, entre nos minois moustachus et nos grands yeux touchants, le sourire de notre sirène.


copyright Pompon

Ils ne croyaient plus aux contes…

Ils ne croyaient plus aux contes. Comment l’auraient-ils pu, ayant quitté l’enfance ? Ayant vécu d’ordinaires existences, avec leur lot de chagrins, leurs petits tas de secrets, leurs larmes cachées et leur courage de recommencer chaque jour un combat qu’ils savaient perdu ? Ils se connaissaient mortels – la plus jeune, déjà, avait été frôlée par la faux, au printemps de son âge – et la Terre, dans un temps où ils ne seraient plus, dont ils ignoraient l’échéance, la Terre aussi mourrait. La Terre qu’ils aimaient tant, avec ses vertes campagnes, ses mers infinies, ses animaux traqués, blessés, abandonnés, qu’ils recueillaient, jusqu’aux plus infimes créatures, enfant hérisson tenant dans la paume, oisillon à peine sorti de l’œuf, insecte au cœur des roses.
Ils ne croyaient plus aux contes. Mais ils faisaient parfois semblant, afin de pouvoir, chaque matin, atteindre le soir, la nuit, le bienheureux oubli du sommeil. Afin de pouvoir, aux forêts, rendre la hulotte et le faucon ; à la vague, la mouette et le phoque. Ils n’avaient pas dressé l’inventaire de leurs sauvetages car ils préféraient tenter d’oublier ceux qu’ils aimaient assez pour leur rendre la liberté, l’horizon, la vie sauvage. Ils ne voulaient pas se souvenir, ces pauvres humains, trop certains que les animaux les oublieraient aussi, dès que rendue aux forêts, à la vague.
Ils ne croyaient plus aux contes, roulant ce matin de brouillard, dans leur camion rouge, vers la plage du nord, où, la saison précédente, ils avaient déjà posé les caisses grises sur le sable. Les caisses qu’ils avaient ouvertes et d’où, hésitants, étaient sortis deux phoques, rejoignant, bientôt, la colonie de leurs congénères, au large.
Dans le camion rouge, ils ne parlaient pas, économes de leurs forces pour la douleur de l’adieu à venir. Ils pensaient à l’Afrique, peut-être, pour réchauffer leurs âmes, ou à ce Vieux Bonhomme, rouge comme leur camion, et dont on avait bercé leur enfance ; Le Vieux Bonhomme que, dans moins d’une semaine, tous les petits crédules attendraient. Ou ils pensaient à d’autres choses encore, que nous ne connaîtrons jamais, que nous ne soupçonnerons pas, car chacun de nous, toujours, demeure un mystère pou l’autre.
Le brouillard, enfin, s’ouvrit sur le dernier village, le phare ultime. Les caisses furent descendues du camion rouge, portées sur la plage. C’était le même scénario exactement, avec juste une foule moindre car le temps n’était pas clément à la promenade, comme en ce septembre lumineux singeant encore la chaleur et le bleu – si bleu – de l’été. Les caisses furent ouvertes, les deux phoques hésitèrent, exactement comme les précédents, et s’éloignèrent doucement, laissant les humains une nouvelle fois orphelins. Les humains qui ne quittaient pas la plage, jumelles braquées sur l’eau, pour suivre, encore un moment, de leurs yeux myopes, leur regard embué, les deux silhouettes fondantes. C’est Monique qui, la première, aperçut les deux autres. Quatre phoques au lieu de deux : avait-elle bien réglé ses jumelles ? Elle regarda mieux, doutant de son matériel, et d’elle-même, car les deux silhouettes qui remontaient le flot au lieu de le descendre, avaient, sur leurs crânes, des taches bleue et rouge. Etait-ce possible ? Etait-ce vraiment leurs enfants de septembre, ainsi marqués de couleurs ? Elle hésita encore, informa finalement ses compagnons. On poussa Sophie vers l’eau, car d’elle seule viendrait la preuve. Elle qui avait nourri, bercé les orphelins. Elle dont la voix, peut-être, telle celle des sirènes vers Ulysse, ramènerait les phoques de septembre au rivage… Et Sophie, entrant dans l’eau, entra aussi dans le conte, le conte auquel personne ne croyait. Sophie entra dans le conte car les deux phoques de septembre vinrent bien, en décembre, répondre à ses mots d’amour, ces mots qui ne se disent pas, mais se chantent, se murmurent, berceuses à endormir les enfants. Tous les enfants. Ceux qu’ont porté les ventres des femmes comme ceux nés aux cimes des arbres, aux creux des vagues.

On trouvera également, dans mes textes écrits en ateliers d’écriture, un conte inspiré par le sauvetage des oiseaux mazoutés (pour lesquels Jean-Pierre Jacques inventa la fameuse … machine à laver), intitulé Hallucination 2.
Au C.H.E.N.E (association qui compte près de 900 adhérents), j’ai été successivement adhérente, membre du conseil d’administration, vice-présidente chargée de la communication, et présidente.