Cinéma

textes critiques

Je découvris très tôt ce plaisir :

Quatre ans et quart

C’était l’époque où les enfants ne payaient pas leur place, pourvu qu’ils fussent assis sur les genoux des adultes. J’étais donc sur ceux de ma mère, au Grand Saint Martin, établissement à triple vocation de bar (rez-de-chaussée en façade d’une rue commerçante du Neubourg), d’hôtel pour voyageurs (au-dessus du bar) et de cinéma (dans le fond de la cour, dans ce qui avait dû être, aux siècles précédents, les écuries d’un relais de poste). La pellicule était en noir et blanc, et la vedette – les mots anglais n’avaient pas encore colonisé nos campagnes – s’appelait Fernandel. J’avais déjà vu l’acteur dans un précédent film, et, croyant en toute bonne foi qu’un même visage ne pouvait représenter qu’une seule personne, j’établis entre les deux histoires une continuité qui n’existait évidemment pas. Je prévins ma mère que Fernandel était un menteur pasque dans l’aut’ film… Mentir était la faute la plus grande qui soit, m’avait-on appris. Ce qui, outre la surimpression des deux personnages, n’avait pas manqué de troubler mon jeune esprit ce soir-là, car j’avais surpris ma mère en flagrant délit de mensonge à la caisse du cinéma : elle avait déclaré que j’avais quatre ans (âge-limite de la gratuité), alors que j’étais certaine d’avoir quatre ans et quart. J’avais bien tenté de rectifier ce chiffre erroné, mais ma mère m’avait imposé silence, comme elle tenta, plus tard, d’arrêter mes explications.
Mon père ne m’écoutait pas plus, riant à s’étouffer des aventures militaires de Fernandel. Et il riait encore en sortant du cinéma, sur la route du retour, littéralement plié sur le volant de notre vaillante Juva IV. Ma mère riait aussi, par communication, et aucun de nous trois ne flaira l’odeur bizarre qu’émettait notre véhicule. La maison était à douze kilomètres du cinéma, nous avons donc roulé douze kilomètres avec le frein à main imparfaitement desserré. Quelle surprise de tant puer et tant fumer à l’arrivée ! La première inquiétude passée, le rire de mes parents reprit de plus belle, car cette mésaventure du frein oublié ajoutait un comique supplémentaire à une soirée qui n’en manquait pas. J’étais couchée dans mon lit, séparée de mes parents par la distance d’une chambre intermédiaire, vide, entre la leur et la mienne, que j’entendais encore mon père rire et ma mère protester, pour la forme.
Je m’endormis dans cette rumeur de gaieté, et le cinéma devait toujours demeurer pour moi cette vie parallèle et radieuse où les adultes se montraient faillibles, consentaient aux mensonges, et où les rires, comme les Juva IV, pouvaient rouler sans souci du frein.

Mai 1989

Le chant des grenouilles

Et puis il y eut un cinéma, dans mon village-même, là où avant la seconde guerre mondiale, Aston Knight (richissime Américain et excellent peintre) possédait un hôtel particulier du XVI° siècle, dans un parc où il avait fait creuser une piscine. Les bombes de ses compatriotes, destinées au terrain d’aviation allemand, écrasèrent ce domaine.

Quand Aston Knight, rentré aux Etats-Unis au début de la guerre, apprit la nouvelle, il en eût un très grave malaise tant était violent son attachement au domaine et au village même, où il n’avait laissé que des amis. Son manoir n’était plus que ruines, au cœur d’un parc qui retourna à la sauvagerie. Je me souviens d’y avoir joué, et d’être souvent restée rêveuse devant la piscine fendue, où le plongeoir tombé, tordu, achevait de rouiller.
Le terrain fut finalement arasé, le cinéma construit, baptisé, comme l’ancien manoir, Chantereine. Nom doublement significatif, puisqu’au chant des reinettes vivant depuis toujours dans ce lieu traversé par la Risle, s’ajouta celui des comédies musicales. Le propriétaire de cette salle de cinéma était encore un Américain, du sud cette fois, métissé, fumeur de cigares et grand consommateur de chemises bariolées. Il cadrait parfaitement avec le dépaysement, l’exotisme, la magie que représentaient pour nous ces séances de cinéma n’ayant lieu que le samedi soir et le dimanche après-midi. Quand je dis nous, j’évoque essentiellement mon amie Ninette et moi-même, autorisées par nos parents à l’une des séances hebdomadaires quand, enfermées toute la semaine au lycée d’Evreux, nous pouvions enfin retrouver nos familles, nos maisons, et cette liberté dominicale sacralisée par le cinéma. Nos préférences furent très nettes ;: péplums, films de cape et d’épée ; évasions dans le passé : le bonheur n’est-il pas, toujours, derrière nous ?
Je vivais à deux cent mètres du Chantereine, au cœur du village où mes parents s’illustraient dans la pâtisserie, alors que Ninette habitait une maison dans les bois. Si bien que, sortant de la séance du dimanche, nous nous raccompagnons l’une l’autre deux ou trois fois, jusqu’à la nuit, tout le temps nécessaire à revivre l’histoire que nous venions de voir. Et quand nous eûmes la permission d’aller à la séance du samedi soir, plutôt qu’à la matinée du dimanche, notre bonheur fut encore plus grand : Ninette restait à dormir chez moi, et nous avions toute la nuit pour rejouer le film, y ajouter des épisodes de notre crû. Et avant cela, ayant vivement trotté dans la rue mal éclairée séparant le néon du Chantereine de ma lampe de chevet en forme de mappemonde, il y avait cette émotion de tourner la clef dans la serrure de la poche cochère – allait-elle vraiment s’ouvrir ? – et le jeu étrange de pénétrer dans le magasin pour y dérober à tâtons un gâteau, meilleur d’être mangé dans le noir absolu de la boutique au store baissé. Nos doigts devaient bien signer notre forfait sur les poignées des portes, mais mes parents étaient trop généreux, trop indulgents – ou trop endormis ? – pour nous reprocher cette gourmandise nocturne.
Ce cinéma était transformable, plan incliné et rangs de sièges se révélant démontables. Dans cette salle qui ne se ressemblait plus avait lieu le bal annuel de l’Union des commerçants, où Ninette, remplacée parfois par d’autres amies (l’adolescence est cette période incertaine d’infidélité, de doutes, d’errance affective) et moi-même faisions fatalement banquette, encadrées que nous étions des chers parents. Ah, comme nous nous sommes ennuyées, au son de l’accordéon, sous les globes en éclats de miroirs censés attirer sur nos hésitantes beautés tous les regards des princes ruraux… Que l’un d’eux, plus audacieux, osât s’aventurer, malgré les parents et l’obligation d’un choix toujours difficile, il était rapidement ridiculisé, par les commentaires gloussés des amies – aussi envieuses qu’impitoyables – ou par ses propres tares : mains moites, haleine parfumée à la bière, conversation insipide, balourdise générale. Où dont étaient les Jean Marais et Fred Astair, qui nous auraient enlevées sur leurs destriers ou fait valser sans efforts, sans auréoles de sueur, sans pieds écrasés, soufflant la menthe et des mots étincelants entre leurs dents si blanches ? Ah, soupirions-nous, qu’on nous remonte vite le faux plancher, qu’on nous revisse les sièges, et que, rendues au culte de l’écran, nous puissions de nouveau rêver, sortir de nos corps, de nos vies, pour épouser ces formes de déesses, ces histoires extravagantes auxquelles nous n’étions pas promises.

Mai 1989

J’ai écrit ces textes pour répondre à un appel de Jean-Claude Penchenat (Théâtre du Campagnol) dans Télérama. A la question : quel est votre plus ancien souvenir de cinéma, il reçut de très nombreux témoignages, dont il inséra une partie à la fin de 1, place Garibaldi (Actes-Sud). Le premier de mes textes figure donc dans ce livre. Et Jean-Claude Penchenat eut l’amabilité de m’inviter à la première de cette pièce consacrée à la mémoire du cinéma.


Il récidiva ensuite avec la mémoire de la danse, pour une pièce superbe, devenue, sous le même titre, un film, qui, fidèle à la pièce, proposa cette gageure d’être un film … muet, où seuls les corps et la musique … parlaient. Pièce et film (de Ettore Scola) s’appelaient Le bal.
J’eus également ce bonheur, enfant, d’approcher un cinéaste (Gilles Grangier) qui se fournissait en gâteaux à la boutique de mes parents. Il tourna d’ailleurs l’un de ses films (La cuisine au beurre) dans notre région, et je pus photographier les deux principales vedettes, Bourvil et Fernandel, qui logeaient à l’Hôtel de Paris, tout proche de la pâtisserie familiale.

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Gilles Grangier

Je commis également de rares critiques de films (1900, de Bertolucci, et Alice ou la dernière fugue de Chabrol) qui furent publiées dans la revue Esprit, et deux autres, qui, destinées à des amis, demeurèrent inédites :

Macadam cow-boy

Et alors le beau grand gosse baraqué qui croyait à sa baraka se dit un matin dans sa tête et dans sa glace : puisque je suis joli je ferai putain, adieu la plonge dans l’évier cradingue de cette gargote pourrie du sud, je m’en vais plonger dans les draps soyeux des citadines, vieilles pleines de rides et de sous qu’attendent ma queue pour effacer les premières et les soulager des seconds. Pleines de dollars, pardon, ça se passe aux States, et queue de cheval pasque le héros est un coboye qui rue vers l’est. Mais l’est a bien changé depuis les ouesternes de son enfance évidemment cinéphile, et le blues est venu, avec les tantouzes, les partouzes, les piqouzes, les pauv’ zigs et la débine. Il fait froid dans le dos dans le Bronx, rien que le mot déjà, on entend la toux du tubard, la menace du tôlier, et l’x final, croix sur les portes et fenêtres des maisons insalubres. Alors, sur la géographie des rêves (qu’a rien de comparable aux planisphères de la communale, communale aussi c’est triste mot précis), on déplace encore les branches du compas, ces deux guiboles faites pour arpenter la Terre. Cap sur les piscines de lait de coco, dans des chemises à palmiers, les grands deviendront riches, et les petits deviendront grands, on aura l’amour, la santé, et peut-être même un costume blanc dans lequel la branche trop courte du compas poussera comme l’autre, égale, pour courir dans les vagues, tout technicolor, saturé bleu, vert, tartines de make-up sur la pellicule, finies les grandes lézardes des immeubles et des avenirs condamnés, encore un mot, lézardes, qui fait éclairs et zig-zag, un mot qui menace, l’orage est proche, et la foudre, et la mort. Elle est venue dans le bus du soleil, après un dernier pipi d’enfant, le petit boîteux s’est oublié sur le siège, parce que la vie l’avait oublié. Et le grand fendard est tout fendi, l’horizon est noir, et l’écran, ze hende.

Octobre 1988

L’année du lièvre

Tant de douleurs dans ces films… Lequel, durant cette semaine du Festival nordique, me permettrait de souffler un peu, de sourire par une nuit d’hiver ? Je décidais d’essayer Risto Jarva, avec L’année du lièvre, en me mettant près d’une allée afin de pouvoir fuir si l’histoire se révélait aussi oppressante que Baby doll.
Je n’ai pas fui, j’ai dû sourire béatement pendant toute la séance, rire et même essuyer une larme de bonheur. Quelle jolie fable, qui commence le plus banalement du monde : un homme se lève, déjeune vite, mal, court à son bureau, où son patron se révèle mécontent de lui. Déjà, nous nous sommes identifiés à ce visage mou, à cet homme fatigué qui ne se défend plus, essaie seulement d’entendre les derniers oiseaux de la ville. C’est sur ces pépiements que l’histoire commence à s’envoler, car ils emplissent bientôt tout l’espace sonore du film, en décalage avec les images montrant une réunion de travail autour de ce anti-héros, indifférent au sort qui lui est fait. Il suit, moutonnier, il obéit à un ordre, son absence au monde n’est encore qu’intérieure.
Mais sur la route où l’a expédié l’ordre du chef, passe un lièvre. Passe au mauvais moment : la voiture le heurte. Nous sommes toujours dans la banalité : auquel d’entre nous semblable aventure n’est-elle pas arrivée ? Mais nous, alors, nous aurions continué notre route, peut-être, oubliant l’agonie de l’animal. Alors que lui, notre publiciste défaillant, il panse la bête, le prend en charge, s’enfonce avec lui dans la forêt. Et, ce faisant, il s’enfonce aussi en lui-même, et, juste retour des choses, sauve son âme. C’est cette âme, jadis expulsée, qui remonte jusqu’à son visage car le fantôme urbain qu’il était auparavant devient un homme, un vrai, un homme des bois : gestes essentiels, amour nu, parole juste. Il y a bientôt osmose totale entre le lièvre et l’homme, chacun secourant l’autre tour à tour au fil des dangers divers, chacun humant l’ennemi d’un même frémissement des narines. Nous avons peur avec eux, et nous avons, aussi, avec eux, envie d’embrasser les gendarmes. C’est une des meilleures séquences du film que cette transformation des représentants de l’ordre, sévères, arrêtant nos deux amis pour vagabondage, puis, devenant, au fil de la paperasserie où ils s’embrouillent – aucun cas similaire n’est répertorié, et le chef est absent – devenant des hommes, comme l’autre, celui qu’ils voulaient emprisonner. Cette image des gendarmes à quatre pattes dans l’herbe, cherchant les brins de lotier que préfère le lièvre à toute autre nourriture, cette image à elle seule vaudrait d’aller voir le film. Mais il en est dix autres – le film dure deux heures- qui peuvent séduire : beauté des forêts, du lac, passage d’un renne blanc, chouette surprise dans sa veille nocturne. Et qu’on se rassure : puisque c’est une fable, l’histoire finit bien, comme disent les enfants.
C’était le dernier film de Risto Jarva, dont j’ignore tout. Mais je suis certaine pourtant, après avoir vu le film, qu’il est retourné au Paradis, d’où il venait, et qu’avec les lièvres, ses amis, il se roule dans les myrtilles.

Mars 1989

Remettant ce texte à Jean-Michel Mongrédien, l’organisateur du Festival nordique, j’appris comment était mort Risto Jarva, et j’en restai saisie, des frissons sur la peau, tant était grande l’osmose entre l’histoire qu’il avait mise en images et son propre destin : le soir de la sortie du film, alors qu’il se rendait à la projection, il fut renversé par une voiture.

 

La vie d’artiste


Nos rêves sont trop grands pour nous, et Marc Fitoussi nous l’indique par deux fois, discrètement, métaphoriquement, dans son film La Vie d’Artiste, qui croise les chemins de trois rêveurs impénitents : chez le prof se désirant écrivain, une étagère de livres, trop chargée, s’écroule; et la postulante-chanteuse est condamnée, dans son emploi alimentaire (doublement alimentaire : dans un restaurant !) à revêtir un énorme costume d’hippopotame entravant tous ses mouvements.
Il nous l’indique encore par le choix du prénom du 3° personnage : Alice. Alice l’invisible, femme cachée derrière un personnage de manga auquel elle prête sa voix, Alice quelque peu Perrette quand elle s’imagine déjà sur scène, vue enfin par le public, applaudie, adulée, Alice au pays des merveilles , tombée au fond du trou, Perrette ayant renversé son pot au lait, Alice qui lâche la proie pour l’ombre en acceptant un rôle qui lui sera retiré aussitôt qu’offert et qui lui aura fait négliger – mépriser même - la plus modeste prestation proposée par sa sœur et qui lui aurait permis (le hasard est souvent cruel) de rencontrer un meilleur, le meilleur agent de cinéma. Alice court après les castings, après le temps, comme le lapin blanc, comme le prof et la chanteuse. Mais avec le temps, va, tout s’en va, c’est d’ailleurs une chanson de Ferré qui ouvre le film, et le personnage de chanteur has been joué par Kalfon le sait bien que son temps est passé, son rêve derrière lui.
Ce film est classé dans les comédies , étiquette commode mais assez grossière. Car les personnages sont plus touchants que comiques et le film plus subtil qu’il pourrait paraître à un spectateur inattentif. Seule la conclusion – les conclusions – relèvent de ces indispensables happy end conformes au genre : Alice devient enfin visible à cette foule de lecteurs de mangas, et les deux autres rêveurs troquent l’illusion d’un destin à venir pour l’amour conjugué au présent. L’amour qui était déjà là mais qu’ils ne voyaient pas ou plus : la compagne négligée par le prof, le voisin de palier ignoré par la chanteuse.
Je n’ai évoqué ici que quatre personnages du film, mais il en est bien d’autres qui, lors même qu’ils apparaissent brièvement, existent avec force car l’écriture de Marc Fitoussi est précise, son trait juste.
J’ai eu le plaisir de le rencontrer à Deauville où ce premier long-métrage était récompensé d’un prix, lors du festival américain. Et il m’apparaît, à présent que j’ai vu La Vie d’Artiste, comme le personnage complémentaire, la pièce manquante du puzzle : Marc avait rêvé d’un film, et son rêve est devenu réalité, sous le ciel bleu d’une fin d’été et les étoiles d’Hollywood.


Claude Duty(à gauche) et Marc Fitoussi à Deauville

Simone Arese
14 septembre 2007

Pour fêter mon invitation à faire partie du Jury du Festival du cinéma nordique 2008 (voir rubrique actualité), je ressors de mes archives une vieille critique d’un film … italien (1900), publiée dans la revue Esprit, en … 1977:

Cinéma, Révolution et bonne conscience

Rouen, un soir d’hiver. Trois files d’attente devant les cinémas. De la première, nous contemplons les deux autres, avec l’assurance candide d’être du parti de l’intelligence, du bon goût et du bon droit : les critiques, ces nouveaux Panurge, ont assez vanté 1900 (1° partie) aux moutons que nous sommes. Hélas, nous ne tardons pas à regretter nos 14 francs et nos places centrales (qui nous condamnent à subir le film jusqu’à la fin, pour ne pas déranger nos voisins). C’est ça l’Histoire, l’épopée, la fresque à la Michel-Ange qu’on nous avait promise ? Nous attendions tout à la fois Barry Lindon, Nashville, Décaméron, Le Parrain (n° 2 évidemment). Nous sommes devant Tarzan.
On nous avait certes prévenus que le manichéisme du film pouvait être gênant. S’il ne s’était agi que de si peu ! D’autres films furent partiaux et néanmoins réussis. Celui-ci est raté. Les situations sont théâtrales ; les dialogues inexistants – quand ils ne sont pas vulgaires, ou ridicules de politique primaire (genre collection à bon marché « Soyez révolutionnaire en dix leçons », « Devenez fasciste en dix leçons »). Aucun des personnages n’est crédible, pas plus les bons pauvres que les méchants riches que le scénario voulait si éloignés les uns des autres et qui ont cependant en commun une intelligence réduite (un comble dans un film se voulant démonstratif), et quelques obsessions sexuelles dont l’évidence est historiquement contestable : ne nous a-t-on pas appris que le début de ce siècle fut très puritain ? Comment croire alors à l’adolescente qui ne s’effraie pas des propositions vicieuses de son maître ? A la bourgeoise qui se fait dépuceler dans le foin devant témoins ? A l’institutrice assez libérée pour vivre en concubinage ? Allez donc voir sur place où elle en est, actuellement, la libération de la femme italienne… Et pendant que vous serez là-bas, vérifiez si ça se pratiquait les réunions politiques dans les églises …
Ce film enfin – et ce ne sera pas le moindre reproche – est hypocrite. Sous couvert d’histoire et de politique, Bertolucci, une nouvelle fois, se livre aux jeux d’amour et de mort qui lui sont chers. Son sadisme morbide, ses fantasmes érotiques et scatologiques firent autrefois un film parfait, l’histoire de deux individus fascinés (1) ; mais aujourd’hui qu’il y a prétendument œuvre historique et politique, les scènes de sexe et de mort sont d’une complaisance mal venue, qu’il s’agisse des comparaisons au grenier ou au bordel, de l’empalement similaire des grenouilles et de l’intendant, du massacre du chat, des cadavres carbonisés, de l’oreille immolée à coup de serpe.
Quant à la distribution, nous n’en dirons pas grand chose (on ne peut en vouloir aux comédiens d’être mauvais dans un mauvais film), si ce n’est que choisir des vedettes internationales pour faire un film pas même national mais régional relève de l’absurde (2). 1900 ou : le P.C. italien vu d’Hollywood.
Nous avons décidément été trompés sur toute la ligne. Nos voisins de file l’ont peut-être été moins avec King-Kong et Survivre, qui ont au moins l’honnêteté de ne pas cacher leur plagiat ou leur voyeurisme, au contraire de 1900 qui, prétendant renouveler le cinéma italien, n’en est qu’un sous-produit, et qui, sous une couverture de manuel d’histoire, cache une mauvaise bande dessinée, moitié violence, moitié porno.
« Je ne pense pas qu’on devienne révolutionnaire en faisant des films, mais je pense que les films révolutionnaires ont l’effet catastrophique de rendre les gens contents d’eux-mêmes » (3)… A moins qu’ils ne donnent mauvaise conscience aux spectateurs qui, s’ils sont communistes, n’osent critiquer un film qui fait l’apologie de leur parti, ou qui, s’ils ne sont pas communistes, n’osent pas plus protester, par crainte d’être soupçonnés de fascisme.
Notes :
(1) Le Dernier tango à Paris
(2) Comparez avec le film de René Allio : Moi, Pierre Rivière…, où le régionalisme est respecté avec l’emploi de non-professionnels régionaux.
(3) J.P. Lajournade, cité dans Le Monde

1977

21° festival du cinéma nordique
Rouen
5-16 mars 2008
Films en compétition :
Coquelicots, de Philippe Blasband, Belgique, 2007
Echo, de Anders Morgenthaler, Danemark, 2007
Liberté provisoire, de Erik Clausen, Danemark, 2007
Klass, de Ilmar Raag, Estonie, 2007
Lieksa ! de Markuu Pölönen, Finlande, 2007
Piste blanche, de Björn Br. Björnsson, Islande, 2006
La cité des jarres, de Baltasar Kormakur, Islande, 2006
Le murmure du péché, de Algimantas Puipa, Lituanie, 2007
L’homme qui aimait Inge, de Stian Kristiansen, Norvège, 2008
Aveugle, de Tamar Van den Dop, Pays-Bas, 2007
Wolfsbergen, de Nanouk Leopold, Pays-Bas, 2007

Dans mon actualité du 11 février 2008, j’avais rendu compte du film présenté en pré-ouverture : L’année du loup. Ce film peut encore être vu pendant la durée du festival, mais son titre a varié : L’ombre du loup.
Pour la 1ere journée du festival, j’ai vu deux des films en compétition (qui sont tous deux les premiers-longs métrages de leurs réalisateurs : Björn Br. Björnsson et Tamar van den Dop) :

Piste blanche
(Islande, 2006)

Un polar qui fait froid dans le dos, dans tous les sens du terme, car il se déroule dans les neiges d’Islande, où les seuls lieux humanisés sont une maison isolée, et une centrale électrique. De l’une (où vivent une femme et sa mère malade) à l’autre (les 5 employés de la centrale) on ne circule qu’en motos-neige. On croise des rennes et, paraît-il, un fantôme. Jamais Baldur, journaliste de Reykjavik, n’aurait pensé se rendre là-bas. Certes un des employés de la centrale est mort d’un accident du travail, mais Baldur est sur un plus gros coup : un scandale d’inceste éclaboussant un notable. Et Baldur a une mère. Il n’a même qu’une mère, qui ne lui a jamais dit mot du père. Or voilà que l’articulet sur l’accident de la centrale tombe sous les yeux de la mère, révélant à Baldur que le mort était son père. Bouleversé, furieux, Baldur quitte celle qui a parlé trop tard, pour s’enfoncer dans ce bout du monde hostile. Mais qui est le plus hostile : le climat, où les rares humains qui y vivent ?

Aveugle
(Pays-Bas, 2007)

Encore une maison isolée dans la neige. Mais une maison très cossue, plus proche des châteaux de contes de fée. Tous les volets en sont clos, mais ça hurle là-dedans… Un crime ? Non : seulement le fils de la maison, adolescent devenu aveugle, et qui, ne supportant pas son état, se montre violent avec les bonnes, le médecin, sa mère, des lectrices qui ont bien vite déserté. La mère s’obstine, engage une nouvelle lectrice. C’est entre les pages d’un livre que surgit le conte : La Reine des neiges. La lectrice est obstinée, non dépourvue de quelque violence elle aussi. Dans le combat avec l’adolescent, peu à peu elle semble gagner la partie…
Peu à peu : tout est là…

Donc, j’ai onze films à voir, en tant que jurée. Mais, catalogue du festival en mains, j’ai ajouté à ce devoir obligatoire, quelques exercices facultatifs : voir aussi des films qui ne sont pas en compétition. D’une pierre deux coups pour commencer, Le Déluge et Rédemption, étant regroupés en une seule séance.

Le Déluge
(Pays-Bas, 2007)

Cette nouvelle version du cataclysme originel (de Peter Zondvloed) ne dure pas 40 jours mais 14 minutes. Et Dieu est une femme, qui enferme son vieux père au grenier. Pour justifier cet enfermement, elle prétend qu’il pleut trop pour sortir. Effectivement la pluie tombe sans discontinuer sur la fenêtre à tabatière du grenier. Mais c’est par un ingénieux système de la geôlière, ayant installé une pomme de douche extérieure au-dessus de cette fenêtre. On ne saura pas pourquoi cet homme est enfermé. Il ne se révolte pas, mais passe le temps en sculptant des animaux de bois. Et quand, la fenêtre brisée par maladresse, l’eau pénètre le grenier, commence à inonder le plancher, l’homme transforme son lit en arche…

Rédemption
(Belgique, 2001)

A l’origine pièce de théâtre d’Hugo Claus (écrivain belge surtout connu en France pour Le chagrin des Belges), ce film, du même Hugo Claus, est le récit d’une mort programmée, volontaire, d’une femme âgée, malade, qui ne quitte pas son lit.
Malade, l’est-elle vraiment d’ailleurs ? Ou simplement dégoûtée de vivre, impatiente de retrouver sa sœur, morte avant elle, avec laquelle elle continue de dialoguer ? Mari, fils, fille s’occupent de cette femme, avec résignation, agacement parfois, amour maladroit. Ils ont leur vie, hors ce bord de lit où les tient la malade. De petits vies, avec de petites joies : le père a sa brocante misérable et ses poules, qu’il cajole comme il ferait d’un chien ou d’un chat, et auxquelles il tente d’apprendre des numéros de cirque, le fils a son emploi de vigile et sa moto (il ne troque sa casquette que pour son casque, son gardiennage rémunéré que pour la garde de sa mère), et ses sempiternelles réussites aux cartes. La fille, moins présente car elle ne vit plus avec ce trio, est tout à ses amours avec un travailleur émigré. Tout cela pourrait être sordide, ou mélodramatique. Mais les personnages sont si pathétiques qu’ils ne convoquent que notre tendresse. Ils nous font même rire parfois, car l’humour n’est pas absent du texte.

Dans ces deux films, on retrouve le même acteur : Jan Decleir, dont une rétrospective est d’ailleurs au programme de ce festival du cinéma nordique. Et il n’était pas, ces deux premiers jours, seulement présent sur les écrans, mais aussi dans la ville. On le vit à la cérémonie d’ouverture au Gaumont le 5, et au Conseil Régional, le 6, où il pouvait rencontrer son public, à 16h30. Public abondant, qui l’écouta parler de son métier – ses métiers, car c’est aussi un comédien de théâtre et un peintre. C’est un homme simple, chaleureux, qui emporte l’adhésion. On en ferait volontiers un parent, l’oncle débonnaire de la famille… On le surnomme le Depardieu belge. C’est facile et réducteur, comme toute comparaison. Et surtout c’est idiot, car, pour ma part, hormis la carrure physique, je ne leur trouve rien de commun. Mais je trouvais tout aussi absurde – lors du tournage de « Mado » - qu’on puisse présenter Oleg Yankovski comme le Claude Brasseur russe. La langue française n’est-elle donc pas assez riche pour décrire sans comparer ? Les censeurs auraient-ils fini par avoir raison ? Trop d’adjectifs, disaient-ils… Enlever les adjectifs pourtant, il ne restera de la langue qu’un squelette sans chair…


Simone Arese et Jan Decleir (Photo Patrick Marchal)

Et pour terminer cette seconde journée du festival, j’ai vu un 3° film de la compétition, sous-titré comme les précédents, mais dont le titre, pourtant court, n’était pas traduit ; ça devient une mode, et pas seulement au nordique…

Wolfsbergen
(Pays-Bas, 2007)

Encore une mort programmée… Celle d’un vieil homme, veuf inconsolable, qui envoie la même lettre à tous les membres de sa famille, pour annoncer sa volonté d’en finir, et la date fixée pour cette échéance. Le spectateur n’aura de cette lettre que son reflet sur les visages de ses destinataires. Curieusement, la fille unique, et l’aînée des petites-filles décident d’ignorer la terrible nouvelle. Ce sont des femmes dures (alors que leurs maris, et l’amant de la seconde, se montrent plus attentifs, plus tendres). Et cette dureté grandit encore, rempart possible contre le deuil imminent. Mais on n’est pas dur impunément, et des dommages collatéraux surgissent bientôt : la fille du vieil homme quitte son mari, le mari de l’aînée des petites-filles tombe amoureux de la cadette, l’aînée des arrières-petites-filles présente des troubles du comportement. Bref : les cartes changent de mains, comme au jeu des sept familles. Dans la famille du vieil homme finalement, il n’y a que lui à garder son calme, à demeurer serein, dans sa grande maison des bois, où un loup apparaîtra, à l’aube du dernier jour. Un beau loup calme, que seule l’arrière-petite-fille, tôt levée, vigilante, pourra contempler, émerveillée…

Aujourd’hui, 7 mars 2008, je n’étais pas en service de jurée. Qu’on entende par là que je n’avais pas à voir (visionner est un verbe qui me déplaît trop) de film « obligatoire », mais un film de mon choix.
On peut s’arrêter un moment sur la question des critères de choix. Le mien est simple (et encore simplifié s’agissant des films nordiques où je ne peux être influencée par les noms (de réalisateurs, scénaristes, comédiens) puisque, le plus souvent, ils me sont inconnus) : je choisis un … sujet ; rarement contemporain (qu’on ne sourît pas pour autant de mon âge, car même quand j’étais jeune je m’intéressais toujours plus au passé qu’au présent ou à l’avenir). Je m’étais donc décidée pour :

La meilleure des mères
(Finlande, 2005)

On a beaucoup évoqué, sous forme de fictions ou de documentaires, ces enfants juifs, accueillis, cachés par des familles non juives, des institutions. On connaît moins l’épisode ce des enfants finlandais, accueillis par des familles suédoises, pendant cette même dernière (espérons-le !) guerre. Ces petits Finlandais n’étaient pas cachés, ne devaient pas vivre sous un autre nom, une religion différente : simplement, ils étaient mis à l’abri des bombardements, dans un pays qui en était épargné. Ils n’étaient qu’en attente de la paix, beaucoup plus assurés de retrouver leurs parents que ne l’étaient, ailleurs en Europe, les enfants juifs. Voilà pour le sujet…
Le film de Klaus Härö est tiré d’un roman de Heikki Hietamies, et ne suit qu’un seul de ces enfants dans sa difficile transplantation. Enfant unique d’une mère juste veuve de guerre, il arrive, après un long voyage en bateau, en train, dans sa nouvelle famille provisoire : un couple de fermiers. La colline où est perchée la ferme et l’église semble le bout du monde, et l’accueil est glacé : on attendait une fille. Le fermier fait contre mauvaise fortune bon cœur, mais la fermière demeure intraitable. L’enfant fugue, plusieurs fois, se rebelle. La femme craque. L’homme hésite : renverra-t-on l’enfant ? Des lettres de la mère arrivent, dont certaines son lues à l’enfant, d’autres dissimulées. Car l’histoire n’est pas aussi lisse, aussi simple qu’elle semblait programmée : si l’enfant ne vit que dans l’espoir de son retour au pays, la mère s’accommode. Le provisoire dure, troublant les cœurs et les certitudes…Il y a des larmes. Et pas seulement sur l’écran, mais aussi dans la salle du Melville !
Je regrette que ce film ne soit pas en compétition, car sans hésiter je proposerais Maria Lundqvist (qui tient le rôle difficile de la fermière) pour le prix d’interprétation féminine…

Pas de repos dominical, de jour du Seigneur pour les jurés du festival : ce matin, je rends compte, ici, de mon activité d’hier, cet après-midi, dans Rouen, j’aligne trois films…
Hier donc, j’ai commencé aussi tôt que la veille, dans un Rouen désert (les magasins n’ouvrent qu’à dix heures ; quel étrange changement par rapport à mon enfance villageoise, où les commerçants, déjà sanglés dans leurs uniformes, leur fond de caisse bien rangé dans ses cases, leur petit-déjeuner n’étant plus qu’un souvenir lointain, étaient prêts, beaucoup plus tôt, à servir le premier client avec le sourire. Aujourd’hui, le premier client dérange : la cérémonie de la cafetière d’ouverture n’est pas plus achevée que la logorrhée intime sur le portable).
Premier film à dix heures justement. Et dans ce genre austère que je fréquente assez peu : le documentaire (quoiqu’il y a peu j’avais bien cru voir un documentaire titré Survivre avec les loups. Et je fus fort marrie d’apprendre qu’il ne s’agissait que de fiction. Misha de Fonseca – ou, pour être exacte : Monique De Wael – peut dorénavant s’apprêter à devoir affronter d’autres loups, moins aimables, en tenues d’avocats ou armes de paparazzi).

Portraits de femmes finlandaises

Sous ce faux titre étaient en fait regroupés trois documentaires :
Haru, île de solitude

Ile, c’était beaucoup dire. Ilôt tout au plus : un gros champignon, beaucoup de rochers, un peu d’herbe, un chalet où deux compagnes travaillent de concert, l’une écrivant, l’autre illustrant. Et pêchent pour se nourrir, entretiennent la barque, ramonent la cheminée - alimentée de bois flottant - tentent de jardiner (sur parterre de magazines artistiques recouvert d’algues pourries, une recette qui ne fit vraiment ses preuves). Et, en matière de divertissement, danser (l’écrivaine), filmer (l’illustratrice), et, surtout, regarder. Fallait-il s’aimer pour vivre vingt-cinq étés de cette vie-là (d’autant qu’on dormait dans une minuscule tente sur pilotis, pour ne pas déranger l’ordre du chalet – à moins que ce ne soit pour avoir cette sensation de passer du domicile au bureau ?) Le troisième compagnon – un chat au pied marin – a-t-il duré autant ? Et la mouette qui s’est apprivoisée d’elle-même, histoire de piquer dans les assiettes ? Le film ne le révélait pas, s’arrêtant sur un renoncement : un jour, quand on sentit la vieillesse planter ses terribles griffes dans les corps et les esprits, il fallut bien retourner sur le continent…

Les demoiselles Autti à la fenêtre

… ou la vie de deux sœurs photographes, dans les années 20, à Rovaniemi (j’espère que vous avez un atlas sous la main…Celui où vous n’aurez pas réussi à trouver Haru)

Appris par cœur


…mélange de photos et d’animation pour conter (c’est le catalogue du festival qui le précise) la vie des enfants finlandais après guerre. J’avoue avoir trouvé cela assez confus, brouillon… Le mélange des genres n’est pas toujours une réussite.

Il était midi. Je n’avais pas réussi à apprendre où déjeunaient Charles Belmont et Anouar Benmalek (jurés arrivés de la veille, et que j’aurais souhaité rencontrer avant notre première projection commune), j’ai donc mangé des crêpes en solitaires au Café poule, si proche de la tente du festival. Deux dames d’un certain âge venaient juste de quitter une table avant d’être servies, agacées par le fond musical ; j’ignorerai donc toujours pour quel type de conversation elles avaient besoin de silence. Peut-être sortaient-elles de voir Haru et voulaient-elles prolonger ce repos des oreilles, si difficile en milieu urbain ? Le couple qui prit leur place s’excita sur un catalogue de voyages, pour leurs vacances, qui suivraient la naissance du bébé arrondissant le ventre de la femme. Madame argua que 50 degrés c’était peut-être un peu chaud pour un nouveau-né. Aucun doute possible : ils n’inclinaient pas pour un pays nordique. Monsieur se consola en pensant à un avenir plus lointain : quand l’enfant à naître serait plus grand, on se ferait des treks… Moi je trekkais vingt mètres, jusqu’à la tente du nordique, histoire de passer le temps avant la séance de 14h, et de, peut-être, y rencontrer quelque tête de connaissance (car le nordique, c’est ça aussi : les rencontres fortuites entre cinéphiles). Je tombais sur un personnage dont j’avais fait la connaissance à la soirée d’ouverture. Danois ? Finlandais ? Islandais ? Hollandais ?
Etc (je ne vais pas énumérer tous les pays de ce festival). Commençons par le commencement. J’étais donc à regarder Aveugle, au Gaumont, assise dans le carré des V.I.P. entre mes deux acolytes les plus habituels : Claude Duty et Pascal Sanchez. Soudain, j’identifie qu’une prostituée (sur l’écran !) lit une ligne de … Flaubert. Une ligne concernant son voyage en Egypte. Or, à la fin de la séance, quelqu’un me connaissant de vue s’avance vers moi pour me présenter un écrivain mexicain, qui prétend avoir reconnu une phrase de Flaubert, dont il est spécialiste, et pour lequel il a fait ce voyage jusqu’à Rouen. Je confirme. Autosatisfaction de part et d’autre, vous vous en douterez. J’ajouterai que ce personnage (dont j’ignore l’identité !) vit sans portable. Ah, comme je me sens moins seule : nous sommes au moins deux à être rétifs à ces bracelets électroniques. Un au Mexique, l’autre en Normandie, ce peut être un début de contre-courant… mais nous n’eûmes pas le temps, hier, sous la tente du Norique, d’envisager une association de Rétifs, car il était l’heure de mon devoir obligatoire de jurée, voir :

Lieksa !
(Finlande, 2007)

Markkku Pölönen, le réalisateur de ce film a déjà eu son premier long-métrage (Onnemnmaa) en compétition à Rouen en 1994, et obtenu le grand prix du jury avec le second (Le dernier mariage) en 1996. Pour son cinquième long-métrage il nous conte la saga d’une tribu de gens du voyage, échouée en Finlande après la révolution russe, et qui se prétend descendante du dernier tsar. Quand l’histoire commence, ils sont chassés d’une ville finlandaise, reprennent la route. C’est l’hiver. Le chef meurt. La tribu passe du patriarcat au matriarcat. D’ailleurs, ce sont les femmes qui travaillent, leur ancêtre ayant été couturière à la cour de Nicolas II, dont la photo est en bonne place dans la caravane de la matriarche. Leur spécialité est la robe de mariée, qui assurera leur richesse, dans cette ville de Lieksa (à vos atlas !) vers laquelle la tribu fait route. Mais il en est des rêves tsiganes comme des rêves de sédentaires : des dissensions font gripper la machine à espérer…

J’ai enchaîné avec un film hors compétition, que m’avait chaudement recommandé Claude Duty :

Nous les vivants
(Suède, 2007)

Dans cet univers-là (trompe-l’œil d’une ville grise), les rêves ont depuis longtemps coulé. Mais on continue à vivre comme si. Et c’est tellement effroyable qu’il n’est plus, pour le spectateur, qu’à prendre le parti d’en rire. Ce que j’ai fait, avec mauvaise conscience, car sous ces vies minuscules, brisées, qui s’accommodent, sont bel et bien nos contemporains. Nos contemporains en portrait-charge sans doute, mais comme disait Colette : vous croyez que je fais mon portrait ? Patience, ce n’est que mon modèle.
Bref : le pire est devant nous…

Donc, dimanche 9 mars, après avoir réussi à prendre un dessert avec (entre autres) deux jurés (Anouar Ben Malek, Charles Belmont), je filais au Gaumont voir 3 films (dont seul le second est en compétition) :

La Petite Ida
(Norvège, 1981)

Norvège, 1944 : Les Allemands ne sont pas encore vaincus, et, dans ce petit village côtier, ils gardent un camp de prisonniers. Une Norvégienne est employée aux cuisines de ce camp. Elle est la maîtresse de l’officier allemand, dont elle a une fille, la petite Ida du titre (6 ans, au jugé). L’hostilité contre elles (la femme traître et « l’enfant de Boche ») va grandissant à mesure que les alliés avancent, que les bombardements s’accélèrent. Pour protéger Ida des seconds, sa mère l’envoie à la campagne, chez un vieux couple de fermiers, où Ida l’innocente trouvera, en sus de la sécurité, une grande tendresse. Mais enfin les Allemands sont vaincus, Ida doit retourner auprès de sa mère…
Film émouvant bien sûr, qu’on peut mettre en parallèle avec « La meilleure des mères », qui m’a tant bouleversée vendredi. L’un et l’autre posaient la question : qu’en est-il des enfants dans les périodes des guerres ? Et quelles seront les séquelles de ces souvenirs-là dans leurs vies d’ adultes ? Ces deux films répondent à la première question, laissent en suspens la seconde

Liberté provisoire
(Danemark, 2007)

Vraiment provisoire, la liberté de John (interprété par Erik Clausen, qui est aussi le réalisateur, et dont le film Villa Paranoïa avait reçu le prix du public et le prix du jeune jury en 2004 ) : une journée, pour assister au mariage de son fils. Une journée sous escorte d’un policier, afin qu’il ne profite pas de la circonstance pour se faire la belle (il lui reste trois ans de peine à purger). La situation, claire, est posée ; et le portrait des personnages grossièrement esquissé : d’un côté le malfrat dont il faut se méfier, de l’autre le fonctionnaire honnête, un peu benêt. Mais si les évènements et les êtres restaient tels que présentés, il n’y aurait pas de quoi… faire un film. Les uns et les autres vont donc bouger, au fil d’une exigence légitime du malfrat (offrir un cadeau à son fils), et de quelques rencontres imprévues.
Une histoire très contemporaine, qui répond pourtant aux vieux impératifs des tragédies cornéliennes : unité de lieu (la ville de Copenhague), unité de temps (une seule journée), unité d’action (assister à un mariage).

La mémoire du tueur
(Belgique et Pays-Bas, 2003)

Mémoire défaillante puisque ce vieux tueur (interprété par Jan Decleir, qui, dans ce rôle, n’a plus rien de l’oncle débonnaire rencontrant son public samedi) est atteint de la maladie d’Alzheimer. Il accepte pourtant un dernier contrat, qu’il n’honorera pas, découvrant que la cible est une adolescente de 12 ans. Une adolescente récemment délivrée des griffes de son père qui la prostituait. Dans l’opération, confiée à un duo de policiers, le père avait été tué. L’adolescente a donc échappé au père maquereau, au tueur chargé de la liquider. Elle sera pourtant retrouvée morte. Et le tueur devient une double cible : de ses commanditaires et du duo de policiers. Les cadavres s’alignent, épaississant le mystère pour les policiers, mais qui ne représentent, pour le tueur, que les jalons d’une ligne droite remontant des assassins aux commanditaires. Le tueur dont la mémoire s’efface parviendra-t-il jusqu’au bout de sa mission ? Y parviendra-t-il vivant surtout, en aidant, de quelques appels téléphoniques, les 2 policiers, qui ont contre eux leur hiérarchie ? L’atmosphère de ce film (qui dure deux heures) est à rapprocher de Quai des orfèvres d’Olivier Marchal, où s’illustrèrent Gérard Depardieu et Daniel Auteuil.

L’esprit d’à-propos des festivaliers aurait consisté, hier (10 mars) à voir « Le déluge ». Pour moi c’était déjà fait…
La tente du festival était fermée, un large périmètre de sécurité délimité autour d’elle. Depuis la tempête de 1999, à Rouen, on craint les chutes de clochetons (40 tonnes de fonte. Il en reste encore trois). Il est probable que si j’avais péri sous l’un d’eux (ou été décapitée par une des tôles du chantier de la cathédrale, écrasée par un arbre, etc. - il est mille façons de mourir autrement que dans son lit à un âge avancé) mes romans épuisés auraient connu des ré-éditions, mes manuscrits-du-placard auraient été publiés, et Rouen-Lecture aurait dû faire de nouveaux tirages des n° où ont paru mes nouvelles. Mais, à une mort prématurée suivie d’une gloire posthume, je préfère, pour le moment, une vie calme de has been.
Faute de tente où traîner un peu avant une séance, y acheter enfin quelque livre, je poussais mes pas jusqu’à la librairie la plus proche du Gaumont : La Renaissance. Fermée elle aussi. Comme nombre de commerces rouennais. J’avais oublié que nous étions lundi. Pour les festivaliers, tous les jours se ressemblent. J’échouais donc finalement dans le hall du Gaumont, trop tôt, où je fus tout à fait tranquille pour lire le n° 5 du Quotidien du festival. Il n’en avait pas été de même – quant à la tranquillité – la veille et l’avant-veille, car il y avait eu des bousculades pour voir « Bienvenue chez les Ch’tis ». Comme quoi le nord du sud a décidément du succès, même s’il est, pour les vrais Nordiques, le sud du nord.
Je m’installais enfin dans les fauteuils rouges qui me sont à présent familiers, bientôt rejointe par Claude Duty, que j’avais entraîné à cette projection d’un film hors compétition, dont on m’avait dit : «C’est un Germinal qui serait réussi » (bonne raison pour le voir puisque je n’avais pas aimé ce Germinal) :

Daens
(Belgique, France, Pays-Bas, 1992)


On prononce comme Dance en anglais (précision de Harry Bos, responsable du département cinéma de l’Institut néerlandais), mais ça n’a rien à voir avec certaine Fièvre du samedi soir. Daens est le nom d’un prêtre, qui sort du moule où il aurait dû rester cantonné (et où tout sera tenté pour l’y ramener), à la fin du XIX° siècle, afin de défendre les ouvriers des filatures d’Alost, travaillant pour des salaires de misère, treize heures par jour, enfants inclus. Les adultes poussent, tirent les métiers mécaniques - chaîne, trame - pour que le tissu naisse ; et sous ces terribles machines (forme nouvelle des dragons médiévaux ?) les petits vont et viennent, ramassant l’étoupe. Il faut suivre le rythme, mais parfois, les petits, qui n’ont que 6 ou 8 ans, trop ensommeillés, ne reculent pas à temps. La main est prise, le corps broyé. Un jour, un de ces petits est le mort de trop. Une ouvrière s’arrête de travailler, le prend dans ses bras, et, telle une Pieta en marche, va le porter à la commission d’enquête dont Daens avait obtenu la venue. Les autres femmes lui emboîtent le pas, puis, dans la rue, les hommes. Mais l’émouvante troupe ne parviendra pas jusqu’aux messieurs de la commission (auxquels le contremaître avait caché les enfants le matin-même, dans un placard) car la gendarmerie veille, et charge, à cheval. C’est une des scènes fortes du film, mais il en est beaucoup d’autres, qui jouent des contrastes entre l’univers sombre des ouvriers et les maisons lumineuses des patrons. Il y a des bons et des méchants mais aucun personnage n’est une caricature, et dans le clan des méchants, parfois une femme se dresse (épouse d’un directeur de filature) devient transfuge. On est devant une fresque, une de ces tapisseries flamandes qui aurait pu sortir de ces machines censées améliorer le sort de l’Homme, et qui l’ont un peu plus écrasé dans ces débuts de l’industrialisation. L’affaire remonte au Parlement, à la table du roi, à l’oreille du Pape, dans le même temps que partout en Europe on commence à se battre pour le droit de vote. Les histoires individuelles se fondent dans l’Histoire, mais ce sont elles qui lui donnent chair, esprit, âme à ce qui nous est montré, suscitant des frissons sur nos peaux, convoquant nos larmes.
Ce film – où tous les acteurs sont excellents – a été nominé aux Oscar 1993, juste un siècle après les événements qu’il dépeint. Belle revanche posthume pour Daens (incarné par Jans Decleir) et les victimes anonymes de l’industrialisation. Nulle doute qu’ils soient tous au Royaume des Cieux (s’il existe), dont l’abominable Charles Woeste, Président du Parti Conservateur Catholique (incarné par Gérard Desarthe), revendiquait la gérance.

Peut-être ai-je été particulièrement sensible à ce film à cause du couple de mes arrières-arrières-grands-parents paternels : Louis Adolphe Margas, directeur de filature à Saint-Pierre de Varengeville et Juliette Ismérie Quibel, ouvrière de cette même filature, devenue son épouse. J’ai modestement tenté un reconstitution d’un pan de leur vie dans L’Enfant du Paulu, qu’on pourra lire à la rubrique généalogie de ce site.

Rencontres disais-je… Le festivalier qui m’avait conseillé Daens est un fidèle, qui n’hésite pas, chaque année, à venir du Gâtinais, pour s’installer dans un hôtel rouennais, le temps de ce festival. Un hôtel à mi-chemin du Melville et du Gaumont, d’où il ne pourra rater aucune séance ! Dans la vie il est … jeune retraité (quelques mois avant moi) et quand il n’est pas au festival il s’occupe d’une création originale : ayant hérité du café-épicerie de ses grands-parents ( à Tousson, 400 habitants) en 1981, il y installe un café-musiques pour que ce lieu de mémoire collective, de convivialité (mot qui n’existait pas à l’époque des aïeux) reste vivant. Vous pouvez aller visiter ça sur son site :
www.latetedestrains.com
Mais revenons-en à mon programme d’hier, mardi 11 mars, un seul film (pas en compétition) :

Karakter
(Pas-Bas, 1997)

Deux heures pour retracer l’amour-haine d’un singulier trio : une gouvernante a cédé (consentante ou forcée, le film ne le révèle pas), un soir, au désir de son employeur, exécrable huissier de justice à Rotterdam, alors que l’Europe est en guerre (la 1°, gommée du récit). De cette faiblesse d’un soir, un enfant, est né, que la mère décide d’élever seule, bien que l’abominable géniteur lui propose régulièrement, avec une maladresse sans équivalent, de l’argent, voire : le mariage. Elle s’obstine dans le refus, et dans le silence, tandis que lui passe sa rage sur les miséreux qu’il expulse sans ménagements. L’enfant grandit, s’instruit dans une encyclopédie (anglaise, dont il manque un volume !), découvre qui est son père, et veut réussir malgré lui. Contre lui en fait. Chacun est obsédé par l’autre, jusqu’à la violence physique quand ils se rencontrent.
L’histoire (qui dure deux heures) n’est pas du tout contée comme je la présente ici. Car elle commence par la fin (la mort de l’huissier, l’arrestation du jeune homme, soupçonné de l’avoir tué), progresse par flash-back (enfance, adolescence, âge adulte) et retours à l’interrogatoire du suspect. Personnellement je déteste cette manière, qui casse complètement le suspens. Je n’ai pas plus aimé que ce film louche du côté d’Hollywood, avec la struggle for live, le héros qui-se-fait-tout-seul, la réussite par le travail, bref : tous ces clichés convenus, cette sauce dont nous avons trop goûté. Karakter m’est apparu comme une dérive de ce cinéma nordique que nous aimons. Cela n’enlève rien au jeu des acteurs, toujours parfaits (Jan Decleir, décidément…), ni à la beauté des images. Mais… mais… je deviens difficile, peut-être, trop gâtée par ce festival ?

« Si j’avais été jolie, j’aurais été putain. Je suis laide, je suis factrice ; ça me permet de passer tout de même une grande partie de ma vie sur le trottoir… » : telle fut la phrase d’ouverture – provocatrice, j’avoue - du premier de mes romans publiés (voir sur ce site à la rubrique bibliographie, et ci-dessus pour l’adaptation cinématographique de ce « Mado », paru en 1980)
Si j’avais poursuivi la série (j’en serais donc probablement à « Mado prend sa retraite ») mon héroïne se serait félicitée, hier, 12 mars, d’avoir dû renoncer à cette carrière en voyant
:

Coquelicots
(Belgique, 2007)

Carton sur l’écran, avec un prénom : Rachel. Visage figée d’une belle jeune fille, dans une cuisine, voix off d’un homme criant : « Mais pourquoi tu fais ça ? ». Caméra sur le visage de l’homme, âgé, en larmes. On se dit (moi) qu’on assiste à l’inévitable rupture d’un couple qui a trente ans d’écart. Pas du tout : c’est le père, qui vient d’apprendre que sa fille ne suit plus ses études mais se prostitue. La demoiselle n’a nul regret, il est l’heure qu’elle parte au turbin. L’homme la frappe. Autre carton, autre prénom, masculin : Fabrice. Un gentil garçon à sa môman : il vient de lui offrir une veste coûteuse, dont elle rendra ses copines jalouses. Mais Fabrice, c’est Janus, le dieu des portes, à deux visages. Son autre face est épouvantable. Il traite des affaires, sur son portable (le portable est un des nouveaux personnages de nombreux films, avez-vous remarqué ?). Des affaires qui font passer beaucoup de fric d’une main à l’autre. Ses poches sont pleines. Il est très très dur en affaires. Quelles affaires ? L’interrogation dure peu : c’est un mac, qui ne travaille que dans le haut de gamme, ces Escort girls pour hommes d’affaires. On reste dans le fric, dans le luxe, chez Coquelicots
Je ne vous conterai pas la suite. Sachez seulement que, décidément, les filles de joie sont tristes, et qu’il y a de quoi, surtout dans le cheptel bas de gamme, clandestines sans papiers…
Comme dans tous ces films venus du nord, les comédien(ne)s sont prodigieux. Jusque dans les parenthèses qui ne semblent rien ajouter à l’histoire : ainsi le personnage de Xénia, chantant Aglaé la glaneuse, vieille chanson tragique. Il y a la chanson, le visage en larmes de la chanteuse (qui pleurant en situation pleure surtout sur elle-même) et les images télévisuelles qu’elle regarde en chantant, version contemporaine de la glaneuse du XIX° siècle : en fin de marché, quelques femmes et hommes ramassent les détritus encore consommables. Il me semblait revoir les infos d’il y a deux ou trois jours, présentant une enquête sur ces nouveaux pauvres (plus si nouveaux que ça !) qui, se nourrissant de cette manière ont écopé d’une étiquette (sociologique ? Médiatique ?) : les déchétariens.
Bref : le temps d’une chanson, on a devant nous une scène-gigogne (d’Histoire collective, ancienne, contemporaine, et d’histoire individuelle. Sans doute, Xénia la pute, si elle avait pu choisir, aurait été chanteuse réaliste, l’ombre de Fréhel passe) ; scène-gigogne comme ces petites poupées russes emboîtées les unes dans les autres. Russes, vous avez dit ? Mais oui : les hommes d’affaires qui hantent Coquelicots viennent de ce pays. On n’atteindra jamais la dernière poupée…


16 mars 2008 !
Le festival du cinéma nordique sera achevé ce soir. J’ai été muette sur mon emploi du temps des 13, 14, 15, car le rythme s’est accéléré, et je n’ai pas trouvé le temps de m’installer un moment devant mon ordinateur. Je viens réparer ça aujourd’hui.
Sur ces 3 jours, j’ai vu 6 films, tous en compétition à l’exception de :

Déjà s’envole la fleur maigre
(Belgique, 1960)

J’avoue que, à l’heure de cette projection, je comptais revoir « Cris et chuchotements » du géant Ingmar Bergman. Mais je m’en suis fait détourner par un cinéphile rouennais, fan de noir et blanc et de cinéma militant, qui m’a entraînée vers ce film de Paul Meyer. J’ai regretté d’avoir obéi à son injonction, car je n’ai jamais eu de goût pour le néo-réalisme. Et qu’on ne tente pas de me faire honte en rappelant que Paul Meyer, par ce film, tint à montrer sans fioritures la vie des travailleurs immigrés dans les mines. - ou, pour être exacte : leur vie familiale, sociale, communautaire, quand ils ne sont pas dans la mine (dont on ne voit aucune image, hormis celle des cages remontant les hommes à la surface). Je ne conteste pas le bien-fondé de ce cinéma. Mais pour ce qui est d’être informée je m’en remets plus volontiers aux journaux, aux livres, à la radio, la télévision. Au cinéma – que je considère comme un art – je souhaite de la fiction. Car seule les échappées dans l’art, dans la fiction, me rendent le quotidien de cette fin du monde supportable.

Revenons aux films en compétition :

Echo
(Danemark, 2007)

Un jeune enfant semble flotter au-dessus d’un champ, première image forte. En fait il est sur les épaules d’un adulte qui, parvenu devant une maison fermée, lui propose un jeu : y pénétrer par effraction. Tandis que l’enfant cherche une entrée, l’homme met hors-circuit le système d’alarme. On tremble déjà pour l’enfant, qu’on devine enlevé. Mais l’adulte n’est pas un pédophile : c’est le père, divorcé, auquel on a retiré la garde de cet enfant (beau comme un ange et au physique androgyne). Ils s’installent donc dans cette maison isolée, où le seul programme est de jouer, merveilleuses vacances pour l’enfant. Mais le père n’est pas tranquille. Non seulement parce qu’il est évidemment recherché, mais parce que la maison semble receler un secret, voire : un fantôme, dont on perçoit les halètements. La maison perd son rôle d’abri. Le père fait des cauchemars de noyade. L’eau est d’ailleurs au bout du ponton, interdite à l’enfant. L’étau se resserre, de tous côtés. Une histoire ancienne affleure, une jeune fille trop curieuse s’insère dans le duo. Non, non, je ne vous dirai pas si ça finit bien ou très mal, je recommande seulement aux cardiaques d’éviter ce film, car il est très efficace pour faire sursauter dans les fauteuils !

Klass
(Estonie, 2007)

Le réalisateur (Ilmar Ragg) aurait pu sous-titrer, selon une construction latine qui me demeure chère : De la persécution dans les établissements scolaires. Sujet d’actualité, au nord de l’Europe comme partout ailleurs. La mondialisation véhicule le pire, c’est bien là le problème.
Tout est dit dès la première scène : une partie de basket. La violence est en germe dans le sport, et tant pis si je fais s’insurger ses défenseurs. J’ai dans mon camp (retranché, nécessairement retranché…) le petit livre réjouissant (1981) de Pierre Bourgeade intitulé « Le football, c’est la guerre poursuivie par d’autres moyens » Sur l’écran, Joosep rate un panier, se fait immédiatement insulter, cogner par un autre élève, le prof détourne la tête, interrompt bientôt la partie. Dans les douches la persécution continue : les petits durs transportent Joosep, nu, dans le vestiaire des filles. Désapprobation des demoiselles, dont Théa, qu’aime Kaspar. A cause de ce regard, Kaspar va progressivement changer de camp et défendre Joosep. A deux on est plus fort ? Non car la bande de voyous est furieuse de cette désertion de l’un des leurs. La violence monte de plus en plus. Joosep et Kaspar finissent par prendre les armes…
Le sujet a déjà été traité. Ce film veut démontrer l’enchaînement transformant des adolescents paisibles en tueurs quand la persécution de leurs bourreaux n’a plus de limites. C’est donc un film à caractère pédagogique. Mais, dans sa volonté d’emporter l’adhésion des spectateurs (prêts à prendre aussi les armes, aveu d’un spectatrice pendant le débat qui suivit la projection), il néglige de montrer les persécuteurs hors du contexte de leur violence : chez eux, alors que les familles de Kaspar et Joosep nous sont montrées. Des filles non plus nous ne saurons rien d’autre que leur camaraderie de lycéennes, leur fatalisme démissionnaire face à la force des mâles. Quant aux profs, à l’exception d’une seule, ils ne perçoivent pas grand chose et semblent ne plus être présents à l’intérieur de l’établissement dès leurs cours achevés. A trop vouloir faire l’ange, on fait la bête : c’est la critique que j’adresserai à ce film. A trop vouloir prouver, il se désamorce lui-même.
J’ai immédiatement supposé qu’il remporterait le prix du jeune public… Je ne me suis pas trompée…

L’homme qui aimait Yngve
(Norvège,2008)

Autre pays, même tranche d’âge : des lycéens. Sortie scolaire, option archéologie sur une île. Il n’y a que le guide à s’intéresser à un passé si lointain, dont ne demeure nulle trace, et qu’il faudrait beaucoup d’imagination pour reconstituer mentalement (Imaginez : l’injonction passe le plus souvent pour un gros mot dans mes ateliers d’écriture)…
Au retour de cette expédition pédagogique qui a raté sa cible, trois garçons constituent un groupe rock, songent à leur premier concert. Le chanteur du groupe aime une fille charmante. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possible (on oublie souvent le dernier mot – fataliste, constat d’impuissance – dans cette phrase ultime du Candide de Voltaire). D’autant que le mur de Berlin vient de tomber, et que les blockhaus de la plage (mémoire toujours en place même si rien n’est dit à ce sujet) servent de studio de répétition. Mais voilà qu’arrive au lycée un adolescent différent, qui aime une autre musique, préfère le tennis au patinage de vitesse, prend soin de ses vêtements, de sa coupe de cheveux. Notre chanteur est perturbé. Aimerait-il aussi un garçon ? Trouble de l’adolescence ou découverte de sa vraie nature ? Le concert a lieu, une fête très alcoolisée et quelque peu herbeuse lui succède. Le drame se noue.
Que n’ont-ils préféré l’archéologie, ces braves enfants…
Ainsi que je le disais à mon co-juré Charles Belmont en sortant de la projection : je me sens bien vieille…

Le murmure du péché
(Lituanie, 2007)

Le titre me faisait craindre le pire. Je me suis effectivement beaucoup ennuyée à ce film d’Algimantas Puipa, n’accrochant pas du tout à l’histoire des amours tourmentées de Vika, dont le mari, artiste maudit, est interné dans un asile psychiatrique suite à une tentative de suicide qui l’a laissé paralysé. Un prêtre est là, pour apporter consolation aux malades. Mais il semble surtout consoler Vika. Consoler d’une manière très particulière, peu en accord – c’est le moins qu’on puisse dire – avec son sacerdoce. Pris tardivement de remords (ou ayant épuisé les plaisir sexuels ?) il décide de s’enfermer dans un monastère. Désespoir de la belle, qui va tenter une analyse pour l’oublier, analyse qui consiste évidemment à parler de lui ! Gros plan sur son visage, en alternance avec celui de la psy, tout cela dans le désordre habituel de flash-back. La psy écoute, mais elle a sa propre vie tourmentée : son mari la quitte, puis sa fille. Elle n’a pas la ressource d’un analyse, elle. Mais heureusement, lors d’une promenade dans un cimetière (aucun poncif ne nous sera épargné !), elle rencontre un chien égaré, incarnation du fatum, qui la conduisant à son maître, lui fera découvrir les consolations du sexe. Consolation de courte durée pour elle aussi : le monsieur (médecin légiste spécialisé en nouveaux-nés, voire enfants morts-nés !) est un goujat qui la jette après une brève période de consommation. Je vous laisse imaginer comme tout cela peut finir…
On a bien raison, chez nous, d’interdire les chiens dans les cimetières…
Ce pensum ne nous empêcha pas de décerner le prix d’interprétation féminine au duo de la belle rousse fougueuse (Rasa Samuolyte) et de sa psy réservée (Nele Savicenko). Janus a deux visages, je l’ai déjà évoqué plus haut…

La cité des jarres
(Islande, 2006)

Mon 3° polar, pour en terminer de ce festival de cinéma nordique. La cité des jarres : un titre à imaginer quelque tombe d’empereur chinois, dans une steppe désolée d’Asie. Mais le festival du cinéma asiatique, c’est à Deauville. La cité des jarres n’est qu’un quartier d’une ville islandaise contemporaine, et on n’apprendra jamais l’origine du nom. Dans ce quartier, un homme a été tué. Il ne semble pas y avoir de lien avec les images précédentes d’une enfant mourant à l’hôpital. Et pour qui chante cette chorale d’hommes, dont les visages en gros plan reviennent régulièrement ? Il va falloir faire le tri, pas seulement au commissariat, mais dans nos p’tites têtes de spectateurs épuisés, car le réalisateur a encore bousculé le temps, les lieux, façon puzzle. Le commissaire a du souci, y compris avec sa fille qui se drogue. Côté archéologie (je m’y entête), il faudra vraiment fouiller des tombes. D’une enfant morte depuis 30 ans dans un cimetière désolé de la côte, et sous un plancher grinçant, qui n’aurait jamais dû servir de caveau. L’arme du crime n’est pas tant le cendrier dont le mort fut assommé (pas celui sous le plancher, mais celui du début) qu’une maladie orpheline, génétiquement transmissible. Vous n’avez pas tout compris ? C’est que vous n’avez pas patienté jusqu’à la fin, car tout s’éclaire (ou s’assombrit ?) par petites touches. Le dernier mot, chanté, est à la chorale…

Nous (les jurés) avions donc vu tous les films en compétition. Cela méritait un bon déjeuner (au Réverbère), vendredi, en compagnie de l’équipe du festival, qui se souciait fort de nos délibérations à venir. Allions-nous plancher des heures ? Allions-nous nous quereller ? Allions-nous respecter les consignes ? Suspens jusqu’au déjeuner suivant (celui de nos délibérations, sans témoins) samedi, dans un salon capitonné du Mercure. Aïe, ça n’était pas sans me rappeler les salons identiques de Coquelicots, où les réunions pouvaient être saignantes. La notre fut très aimable, joyeuse même. L’unanimité se fit très vite pour le prix du meilleur film – Liberté provisoire – de la meilleure interprétation masculine – Erik Clausen, dans le même Liberté provisoire (où il était donc des deux côtés de la caméra puisqu’il en était également le réalisateur) – mais les discussions furent plus serrées pour le prix de la meilleure interprétation féminine, où nous fîmes donc un doublé (formellement déconseillé la veille !) en nommant les deux comédiennes du Murmure du Péché.

Les 5 photos ci-dessous sont de Pierre Olingue, pour le festival

Erik Clausen, prix du meilleur acteur dans "Liberté provisoire", avec Simone Arèse

Rasa Samuuolyte,( prix d'interprétation féminine partagé avec Nele Savicenko,
dans le film lituanien "le murmure du péché" ) devant Anouar Benmalek.


Jean Roy décerne le prix du meilleur film à Erik Clausen pour "Liberté Provisoire", film danois
(à ses côtés Yves Leblond, président du festival nordique, Isabelle Duault, déléguée du festival, )


Erik Clausen lève son trophée (derrière lui, mes 3 co-jurés : Jean Roy,
Anouar Benmalek, Charles Belmont)

Jean-Michel Mongrédien, délégué du festival, devant les membres
des divers jurys et les réalisateurs, actrices, acteurs récompensés


Dans la salle du Gaumont, j’eus le plaisir d’être assise à la droite de Valérie Fourneyron, élue maire quelques jours auparavant. Nous eûmes droit à quelques courts-métrages musicaux de Kaurismaki, avant que ne soient décernés les prix de l’Association deuxième souffle, du jury jeune international, du public et du Grand Jury : celui dont j’avais l’honneur de faire partie. FR3 ne s’était même pas déplacé, préférant se consacrer au festival asiatique. Mais le cher Claude Duty n’avait pas oublié sa caméra, me voici assurée d’être immortelle. C’est en sa compagnie, celle de mes chers co-jurés, et d’autres amis perdus dans la foule que s’est terminé ce festival, par les habituelles agapes à la Halle aux toiles.
Je suis bien fatiguée. Mais très heureuse. J’ai de nouveaux noms dans mon carnet d’adresses…

… fatiguée au point d’en oublier quelques détails non négligeables. Parmi les amis présents, je n’ai pas cité le couple d’inséparables Claude et Annie-Claude Ferrando (voir rubrique à ce nom sur ce site), qui ne manquèrent pas de sympathiser avec mon co-juré Anouar Benmalek (anouarbenmalek.free.fr), Philippe Davenet (rubrique à son nom nom sur ce site), Franck Saint-Cast (réalisateur d’un film sur l’Armada – pas encore distribué, mais ça devrait être pour bientôt - où je tenais le rôle d’une vendeuse de tee-shirts du C.H.E.N.E – voir photos sous rubrique participation active) et les courageux venus de Paris : Jean-Marie David (www.realisateur-documentaire.net) et sa compagne (déjà présents à ce même festival à ses débuts). J’avais fait connaissance de Jean-Marie sur le tournage de « Mado poste restante » en 1989 (voir plus haut), dont il était le régisseur. Notre amitié ne s’est pas démentie depuis cet été-là. Il eut d’ailleurs la gentillesse d’être présent au vernissage de l’expo d’été à Etelan en 1990 et de venir montrer deux de ses documentaires animaliers au C.H.E.N.E. en avril 2002, lors du festival Images et son Nature


Myriam Guilhot, Jean-Marie David, Simone Arese
Sur la terrasse du château d’Etelan


Jean-Marie David, Simone Arese,
Françoise Boudier
(propriétaire du château d’Etelan)
Mme la Marquise de Persan
(château de Filières, à Gommerville )
devant la chapelle du château d’Etelan


Jean-Marie David, Myriam Guilhot au C.H.E.N.E

Nous avions également eu projet d’un court-métrage consacré à Albert Parissot. Projet qui n’a pas abouti. Mais je suis revenue à la charge plus tard, avec Daniel Hervé, en constituant un site consacré à ce personnage (parissot.free.fr). Daniel Hervé et moi-même avons d’ailleurs projet de nous retrouver prochainement au parc Parissot (Beaumontel) pour voir où en sont les travaux promis par les édiles il y a quelques années ; un compte-rendu de cette visite sera fait sur le site en question.

Le pape du court-métrage

Ce film de 52 minutes est un documentaire de Jean-Marie Boulet, qui a suivi le réalisateur Claude Duty pendant plusieurs mois, de manière discontinue. C’est un portrait donc, mais c’est surtout l’activité – discontinue elle aussi – d’un homme qui travaille. Car ce n’est pas que les paillettes, la vie de cinéaste ! Celui-ci eut une vocation précoce, encore enfant, en Tunisie, où il naquit et resta jusqu’à sa 10° année. Le film commence d’ailleurs chez Claude (qui habite Rouen depuis … un demi-siècle et n’imagine pas de vivre ailleurs), feuilletant pour nous l’album familial de ses jeunes années. Poésie des photos en noir et blanc. On revient au présent, toujours chez Claude, grattant de la pellicule. Il fut graphiste, il en demeure quelque chose dans cette création très particulière. Mais Claude est surtout connu pour ses deux longs-métrages (« Filles perdues, cheveux gras » et « Bienvenue au gîte »), qui ont succédé à une trentaine de courts. Et connu dans les festivals, où il est invité à présenter ses films ou ceux des autres. Bref : Claude, qui déteste voyager, bouge tout le temps, de Rouen à Paris, à Cannes, Annecy, Bourges, Clermont-Ferrand, Trouville, j’en oublie sûrement. Il cherche un producteur également, pour son 3° long-métrage, car s’il a enchaîné sans difficulté les deux premiers, la suite n’a pas été aussi facile qu’il espérait. On sent une blessure. Mais fugacement, et à la manière de Claude : discrètement, avec une réserve quasi britannique ! Car ses délires déjantés sont pour l’écran. Le film nous montre également – et heureusement – des extraits de ses courts et longs-métrages. Des extraits qui donnent envie de voir la totalité. A quand une rétrospective ? Dans un des pays enneigés par exemple, histoire d’établir une réciprocité d’échanges avec Rouen, qui vient de clore son 21° festival des films nordiques…

27 mars 2008


22° festival du cinéma nordique à Rouen


18 mars
Au cœur du paradis
de Simon Staho

Autant me débarrasser d’entrée d’une critique d’ordre général, qui sera donc valable pour des tas d’autres films : je n’aime pas qu’on me raconte une histoire en commençant par la fin ! Et donc ces premières images d’un couple signant leur divorce, suivies de la mention 9 mois plus tôt introduisant le flash-back de cette affaire ne me mit pas dans les meilleures dispositions : on orientait forcément mon jugement en me présentant la conclusion avant l’introduction ! Peut-être fut-ce pour cela que la suite ne me convainquit pas.
Soient donc : deux couples, qui se reçoivent régulièrement à dîner, semblent les meilleurs amis du monde puisqu’ils évoquent même de possibles vacances ensemble. L’un (celui dont on apprend le divorce en introduction) semble uni, alors que l’autre est visiblement en crise (madame ne veut plus faire l’amour, monsieur y pense toujours). Une conversation autour d’un troisième couple (qu’on ne verra pas) suscite des avis discordants. C’est alors que madame n° 2 et monsieur n° 1 se découvrent un attrait irrésistible, et consomment. Madame n° 1 a des soupçons quant à un adultère de son monsieur, sans imaginer que l’objet de la consommation est sa chère amie à qui elle faire part de ses doutes. On voit l’embrouille. Quand la vérité éclate (madame n° 1 ayant piqué le portable de monsieur n° 1, sur lequel elle découvre un message éloquent de madame n° 2 ; pour faire bonne mesure elle met les pieds dans le plat – c’est le cas de dire – quand les deux couples sont réunis pour un de leurs habituels repas) les deux couples explosent. Monsieur n° 1 emménage avec madame n° 2. Scène de divorce du couple n° 1 (déjà vue en introduction, mais avec une variante : c’est madame qui quittera son siège en premier). Mais la recomposition ne dure pas et les couples d’origine se réforment finalement. Hélas, n’est pas Bergman qui veut. Pas plus qu’on exprime l’étouffement intérieur des personnages en les consignant dans des lieux clos (les deux appartements), parti pris qui apparente finalement ce film à du théâtre. Bref, comme aurait titré un auteur célèbre : Beaucoup de bruit pour rien.
Mais Simon Staho est encore jeune (né en 1972, au Danemark), il a des années devant lui pour faire mieux – surtout s’il choisit un sujet moins rebattu que la crise des couples…

Mariage à l’islandaise
de Valdis Oskarsdotti

Le réalisateur de ce film est une dame, que je prie de m’excuser car il manque trois accents dans l’orthographe de ses nom et prénom, ce qui n’est pas oubli de ma part mais une allergie bien connue des ordinateurs pour la variété des accents.
Là aussi il s’agit d’un couple. D’un couple optimiste qui présume de son futur puisque le film tient en la seule journée de leur mariage. Unité de temps, unité d’action, on serait presque dans la règle chère à nos auteurs des XVII° et XVIII° siècles, mais le bât blesse à l’unité de lieu. Car le problème est bien là : où est ce lieu ? Ce devait être si romantique cette petite église blanche à toit rouge dans un village isolé, à quelques kilomètres de la capitale, d’où on embarque pour l’aventure dans deux autocars, famille de la mariée dans l’un, du marié dans l’autre. Un peu d’énervement, quelque contretemps, des invités pas prévus, mais un jour pareil, rien ne doit gâcher la fête. Déclarations d’amours et d’amitiés par talkie-walkie entre les deux bus. L’affaire se gâte cependant car le village est introuvable, toutes les églises sont identiques, et le pasteur (joint par téléphone) est surtout occupé à se pinter devant son téléviseur (retransmission d’un match). Dès qu’on s’arrête, on perd mamie, on s’engueule, on en vient même aux poings, et aux révélations désastreuses de secrets familiaux. Un drame ? Mais non ! On touche au burlesque. Et c’est bien la force de ce film (avec ce morceau d’anthologie de la mariée prise d’une nécessité naturelle, et dont pas moins de 3 personnes doivent tenir la robe pour qu’elle ne l’éclabousse pas de son jet impératif), même si ce burlesque prend son temps pour se mettre en place.
C’était le film d’ouverture. On en pourra donc répéter cette antienne : le cinéma nordique est triste. Je peux vous assurer que les spectateurs ont bien ri…
19 mars
Obéïr
de Aku Louhimies
(Finlande)

Au contraire des deux précédents, ce film (tiré d’un roman de Leena Lander) n’est pas en compétition, et c’est bien dommage, car outre que l’histoire de personnages très attachants rejoint l’Histoire (épisode de la guerre civile finlandaise en 1918), il bénéficie d’un excellent scénario (de Jari Rantala), d’une belle image (Rauno Ronkainen) et de comédiens très justes (Samuli Vauramo, Pihla Vittala, Eero Aho, Eemeli Louhimies, Riina Maidre, Sulevi Peltola, Mikko Kouki)
Un groupe de femmes rouges, fuit entre bois et marais, immédiatement cernées par l’armée régulière des blancs. Elles répliquent, mais dépassées en nombre, celles qui ne sont pas abattues se rendent rapidement à l’ennemi. Elles devraient être jugées en cour martiale, mais leurs vainqueurs préfèrent les violer avant de les abattre. Un jeune (et beau !) soldat s’interpose vainement. Pour toute réponse son capitaine l’envoie nettoyer le terrain, c’est à dire donner le coup de grâce si besoin. Elles sont toutes mortes sauf une, qui se relève, blesse le soldat, s’enfuit. Il la rattrape, décidé à l’emmener coûte que coûte devant la cour martiale. Fureur du capitaine, auquel il demande un cheval et qui lui répond – c’est quasi une boutade – de prendre une barque. Le jeune soldat obéit, embarque sa prisonnière, qui bientôt l’agresse. Ils chavirent tous deux, tandis que la barque, trouée par une balle, coule. La jeune femme nage vers une île, se croit sauvée, mais le soldat y est déjà, debout devant elle. Ile déserte, sans faune ni flore, mais avec une cabane abandonnée, où ils apprennent à survivre (mangeant leur pêche, se chauffant de bois flotté) en attendant d’hypothétique secours. Ayant échoué par la violence, la jeune femme tente l’arme de la séduction. Le soldat cède, se reprend, une barque apparaît. Fin de l’histoire ? Non, nous en sommes encore très loin, car d’autres mésaventures, d’autres rencontres attendent le couple, toujours entêté dans ses convictions (et ses silences, qui pèsent toujours plus que ses paroles). Le suspens demeure jusqu’à la dernière image. Nous avons cru entrer dans un film de guerre ? Nous étions en plein romantisme, dans tout ce qu’il eut de meilleur, car pas une minute il n’y a caricature : même le méchant (écrivain déchu, présidant la cour martiale) a une âme tourmentée.

Moscow, Belgium
de Christophe Van Rompaey
(Belgique)

Plongée directe dans notre 21° siècle avec un de ses symboles forts : un caddie de supermarché, une mère (abandonnée récemment pour une femme plus jeune), ses trois enfants. Pour faire bonne mesure, d’entrée : accrochage entre la voiture et un poids-lourd sur le parking même du supermarché. Engueulade entre la femme et le chauffeur du poids-lourd, arrivée de la police, serai-je tombée en plein drame social, dans ce quartier de Gand, baptisé Moscou ? C’était possible, mais le réalisateur a choisi de traiter par la tendresse, le rire même. Car voilà bientôt la mère de famille (qui n’aspire qu’au retour du mari) encombrée de Johnny, cervelle de petit pois, cœur aussi gros que son camion (de confiserie !), rapportant à sa belle des escarpins d’Italie. Aurait-il lu Cendrillon ? La belle s’énerve, Johnny aussi. Même le mari, dont l’imprévisible concurrence réveille la jalousie. Et les enfants, qui sont eux aussi bien de ce siècle, la ramènent également. Feydeau, quartier H.L.M., je n’ai pas boudé mon plaisir !

Pour le meilleur et pour le pire
d’Erik Richter Strand
(Norvège)

Le festival a, cette année, invité un auteur de polars à rencontrer son public : Gunnar Staalesen, né en 1947, à Bergen, ville norvégienne (dont il a fait un des personnages de ses romans), est présent tout le temps de ce festival. C’est un premier cadeau, le second étant que ce romancier parle parfaitement le français, ce qui rend le contact plus direct.
Je fis donc connaissance avec Varg Veum, son héros récurrent, détective privé. La banale recherche d’une voiture volée va l’entraîner sur des sentiers imprévisibles, car la voiture a servi à un hold-up. L’histoire fonctionne un peu comme ces poupées-gigognes russes : on croit trouver la dernière, il y en a encore une. En l’occurrence les poupées sont des cadavres. L’enquête officielle serait vite bouclée mais notre détective s’acharne à dérouter cette voie toute tracée que suit la police. C’est l’empêcheur de tourner en rond. Tombeur de dames il va de soi, et prenant souvent des coups dans la gueule. Bien sûr, il aura raison…

Instants éternels
de Jan Troell
(Suède)

Je ne sais si ce film de la compétition aura un prix, voire plusieurs (ce que je lui souhaite), mais il a déjà été nominé aux Golden Globe, dans la catégorie film étranger.
Il s’agit d’une histoire vraie. Mais on peut, avec des histoires vraies, faire de mauvais films, et en produire d’éblouissants avec de la fiction. Ce n’est donc pas, pour moi, un critère de qualité que d’être une biographie. En l’occurence celle d’une femme pauvre, née au début du XX° siècle, encombrée d’enfants et d’un mari porté sur la bouteille et les luttes sociales. Le travail manque parfois, et donc l’argent ; on pourrait, une fois, de plus, être dans un film engagé, tragique ou chargé d’espoir, mais en tout cas : politique. Or cette histoire bascule dans une autre direction – ou, plutôt : dans un autre climat – grâce à un fait anodin : la femme gagne un appareil photo lors d’une loterie. La logique voudrait qu’elle le vendît. Elle refuse, apprend à s’en servir. Et tout son univers s’en trouve embelli. Elle fixe les instants de sa vie, aussi bien que les évènements historiques, cette vie qui, sur l’écran, se déroule pendant une vingtaine d’années, entre les dernières naissances et la fragilité de son cœur épuisé, qui la mènera au tombeau avant qu’elle ne soit vieille. Sa fille (narratrice de l’histoire) écrira cette biographie.
J’ai eu le sentiment de voir un chef-d’œuvre, aux acteurs parfaits, qu’il s’agisse de cette Mère Courage (Maria Heiskanen), ou de son pochard de mari (Mikael Persbrandt) dont j’ai pu apprécier les changements de registre puisque je l’avais vu, dans un rôle beaucoup plus sobre (dans tous les sens du terme !) dans « Au cœur du Paradis » la veille.

21 mars 2009

La femme dans le frigo
d’ Alexander Eik
(Norvège 2008)

Mon second film tiré d’un roman de Gunnar Staalesen, lequel trouve pour points communs entre Bergen et Rouen, le degré de pluviométrie – pris en flagrant délit d’erreur cette semaine si lumineuse. J’espère que les organisateurs du festival auront trouvé un moment pour lui proposer une visite du port (puisque Bergen, qui l’inspire tant, est également une ville portuaire), car sa visite de Rouen serait incomplète si elle se limitait au triangle intra-muros Melville-Gaumont-place de la Calende (où s’élève la tente du festival, cette librairie passante), triangle à l’intérieur duquel se trouve probablement son hôtel et les diverses tables adoubées. C’est un fort joli triangle, empli de monuments célèbres, de maisons bien restaurées, et de ces rues aux pavés so charming (quoique terrifiants pour les femmes chaussées d’escarpins). Même les quais, si proches, où il est peut-être descendu, sont coquets, avec leur bitume refait, leurs arbres récemment plantés, leurs docks reconvertis en restaurants branchés. Le port, surtout sur la rive gauche (oui je persiste à l’ancienne appellation, refusant cette trouvaille des promoteurs qui fit de la rive gauche la rive sud). Pour ma part, également capable de rhabiller des quartiers de nouveaux noms, j’appelle une promenade dans cette zone portuaire : une visite en enfer, car ce n’est que succession d’usines chimiques polluant les cieux. C’est là que les navires marchands accostent leur rouille – les quais de ville n’étant permis qu’aux voiles de l’Armada et aux yachts pour touristes friqués. Rouen-centre, c’est la vitrine, Rouen-port sont ses coulisses, son arrière-boutique…
Mais je m’égare. Revenons au film. Justement il y est question de pétro-chimie. Le détective Varg Veum (joué par le même acteur que dans Pour le meilleur et pour le pire) est chargé, par une puissante compagnie, de retrouver un employé disparu. Disparu avec un brevet d’importance, d’où la nécessité de discrétion. Varg Veum commence par le plus simple, le plus évident : se rendre au domicile du disparu. Il ouvre le frigo, où il trouve un corps sans tête, sans jambes, sans bras, mais avec des seins. Il referme brutalement la porte du frigo, vomit, se fait assommer. Quand il se réveille, le corps n’est plus dans le frigo (banalement rempli de victuailles) et le lavabo sanglant où eut lieu le découpage a vu passer la tornade blanche chère aux publicitaires : il étincelle de propreté. Le voilà soupçonné d’hallucinations, bientôt de meurtre ce qui semble quasi l’ordinaire de sa carrière : on n’est pas un héros sans dommages collatéraux. Mais là, le dommage collatéral le touche de très près : une voiture qui tente de lui rouler dessus – et qu’il évite de justesse – frappe sa chère amie l’avocate, qui en meurt. Raison de plus pour continuer l’enquête, dont le final sera pour le moins surprenant. Avant de vomir devant le frigo, il aurait dû mieux regarder la viande…

Ronde de nuit
de Peter Greenaway
(Royaume-Uni, Pays-Bas, Pologne, Canada)

Tant de pays au générique, pour ne faire que du théâtre filmé ! Peter Greenaway – dont j’avais tellement apprécié les premiers films, spécialement Meurtre dans un jardin anglais – devient aussi boursouflé d’ego que son Ventre de l’architecte. Et ça parle, et ça parle, et on ne comprend rien (car je me suis renseignée après : je n’ai pas été la seule), même les vaches probablement qu’on fait passer régulièrement dans les rares scènes en extérieur : mais pourquoi on nous change de pré sans arrêt ? c’est pas bientôt l’heure de la traite ?
Bref : ennui mortel ; j’ai dû somnoler un moment. Toujours ça de pris dans une si épuisante semaine (car je n’habite pas Rouen intra-muros, môa, je dois descendre les 4 étages de mon appartement de banlieue (rive droite !), prendre ma voiture, trouver une place de parking dans cette cité où la seule idée récente est d’en expulser les voitures, ce qui nous a valu la disparition de nombre d’emplacements où les garer, et de tarifs exorbitants là où c’est encore possible)
22 mars 2009

Eva Joly, une justice malgré tout
De Herge Dehli
(France)

Non : la France n’est pas devenue un pays nordique, la frontière s’arrêtant pour le moment à la Belgique. Mais la réalisatrice, tout comme Eva Joly, est franco-norvégienne, d’où la présence de ce documentaire dans le festival.
Le film serait déjà passé sur Arte. Il ne fut donc pas une découverte. Mais pour passionnant qu’il soit (on y voit Eva Joly dans les actuelles fonctions que lui a confiées le gouvernement norvégien – missions contre le blanchiment d’argent, les paradis fiscaux – qui la mènent un peu partout dans le monde, mais l’affaire Elf est évidemment évoquée, et on découvre aussi une Eva Joly intime, dans sa maison de Bretagne), ce documentaire n’aurait peut-être pas rempli la plus grande salle du Melville sans ce bonus : Eva Joly était présente, pour un débat avec le public, à l’issue de cette projection.
Eva Joly est une femme exceptionnelle, c’est une évidence. Mais l’avoir là, devant nous, si informée, et nous transmettant son savoir avec une simplicité, une clarté qui nous laissa croire, un moment, que, finalement nous n’étions pas si stupides, si incultes, si naïfs que certains voudraient nous le faire accroire – ou que nous-même, sans y être poussés, le croyons parfois– c’était un vrai bonheur. On avait envie d’embrasser cette dame. Cette grande dame, qui n’hésite pas, à l’heure où d’autres entrent en retraite, à se présenter aux prochaines élections européennes, avec Danny-le-vert. Danny, qui ne s’est pas rangé comme d’autres, après mai 68, mais a continué son chemin politique. Nulle doute qu’Eva, dimanche, a augmenté le nombre d’électeurs qui voteront vert. J’en serai. Mais pour moi ce ne sera pas une nouveauté. Ce n’est pas d’avoir été, pendant un temps (assez bref : 18 mois) conseillère d’une municipalité communo-socialiste qui m’a changé l’âme. Verte j’étais, verte je demeure. L’état de la planète devrait d’ailleurs tous nous inciter à l’être, car c’est l’urgence absolue : on ne sauvera pas les hommes sans sauver, d’abord, notre Terre…

25 mars 2009

Avant d’en venir aux films vus à cette date, je voudrais évoquer le livre qui me tint compagnie tous ces jours, entre les séances. Je l’avais acheté sous la tente du festival (qui contient une librairie spécialisée dans la littérature nordique ) : Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen, d’Arto Paasilinna. Cet auteur m’était resté inconnu jusqu’au festival de cinéma nordique 1989, où je vis le film de Risto Jarva L’année du lièvre (commentaire dans cette même rubrique cinéma, plus haut), tiré du livre d’Arto Paasilinna Le lièvre de Vatanen, que je lus ultérieurement. Film et livre m’enthousiasmèrent. Je me suis donc fiée au nom de cet écrivain pour acheter ce Folio n° 4815, paru en 2008, ISBN 978-2-07-035949-3 (on ne dira pas que je ne suis pas précise quand je donne des références aux internautes ! Sans doute l’empreinte de ma carrière de bibliothécaire). Il ne m’a rien moins qu’enchantée. J’ai probablement arboré un sourire béat tout au long de cette lecture, et on m’aura même entendu rire ! Le pasteur du titre, finlandais, reçoit, pour son 50° anniversaire, un ourson orphelin. A dater de ce cadeau, sa vie va complètement changer. Toutes les aventures de ces deux personnages (qui en croiseront bien d’autres et voyageront beaucoup) sont contées comme s’il s’agissait d’évènements banaux et c’est peut-être ça le ressort du comique de l’histoire, car tout y est extravagant, d’une fantaisie débridée, mais huilée d’une logique imparable, voire de détails réalistes ou scientifiques.
Bref : je conseille vivement cette lecture. Sur ma lancée j’ai acheté tous les autres titres disponibles d’Arto Paasilinna :
Le Meunier hurlant, Le Fils du dieu de l’orage, la Forêt des renards pendus, La Cavale du géomètre.
Il se peut que dans un prochain déménagement je sois – hélas – contrainte à me délester quelque peu de meubles, tableaux, vaisselle, bibelots et livres. Mais je puis vous assurer que je garderai ceux d’Arto Paasilinna, pour les relire quand je serai, par un sombre hiver, une vieille dame morose. Car Arto Paasilinna, c’est un rayon de soleil à faire fondre la mélancolie, un plein de vitamines pour retrouver la joie.
Et maintenant, les films :


The bird can’t fly
De Thress Anna
(Pays-Bas)

Pas moins original que le livre ci-dessus évoqué, avec deux séquences d’introduction contrastées, extrêmement réalistes : 1°) des femmes noires occupées à la toilette mortuaire d’une femme blanche, dans un bâtiment sombre et délabré, 2°) une femme blanche achevant de décorer un gâteau de mariage (également blanc), dans la cuisine impeccable d’un grand restaurant. Sa toque professionnelle, ses gestes au millimètre près, les ridules de concentration autour de sa bouche semblent annoncer quelque patronne tyrannique, installée dans la réussite, et que ses employés doivent craindre. Le téléphone sonne dans cette cuisine. Elle répond, ne prononce quasiment qu’un mot, étonnée, interrogative : Scoop ? Et son masque dur se défait brutalement (excellente Barbara Hershey), car ainsi qu’elle l’annonce ensuite à un collaborateur, sa fille June est morte, elle part immédiatement l’enterrer. Blanc de l’uniforme professionnel troqué contre le noir du deuil, on voit passer Melody devant l’établissement où elle travaille : Paradise hôtel. Nous ne sommes pas aux Pays-Bas, mais en Afrique du Sud. Elle rejoindra un autre Paradise hôtel, copie conforme du premier, mais dont on ne distingue plus que la pancarte, au faîte du toit, car il est enfoui dans les sables, comme sont en passe de l’être les dernières maisons d’un minuscule village et son cimetière. Ce fut son village, celui où vécut sa fille, dont elle resta sans nouvelles ces onze années de leur séparation. Stupeur : elle se découvre grand-mère d’un petit-fils de dix ans, dont le père n’est autre que ce Scoop lui ayant téléphoné. Le petit-fils semble extrêmement violent, la maison est un taudis jamais nettoyé. Melody s’attaque à séduire l’enfant, à nettoyer la bauge. Un secret plane, et les deux autruches (ces oiseaux qui ne peuvent voler – mais le titre était au singulier, ne serait-ce pas l’enfant de June et Scoop qui, métaphoriquement, ne pourrait voler ?) traversent régulièrement le paysage, hallucinant. Je ne vous révèle pas la suite bien sûr, mais ce film est à voir absolument.

Terriblement heureux
De Henrik Ruben Genz
(Danemark)

Déjà, les deux mots du titre sont antinomiques. Et Robert, ce jeune policier de Copenhague, ne semble pas particulièrement heureux d’être transféré, par mesure disciplinaire, dans une petite ville du Jutland, où vaches et humains disparaissent accidentellement dans les marais. Accidentellement ? Notre policier s’interroge sur ces quelques habitants dont il a la charge, et qui, à l’exception du chat de son prédécesseur et d’une femme battue par son mari (passablement entreprenante avec ce jeune policier) ne l’accueillent pas avec plaisir (il ne joue pas aux cartes, ne boit que de l’eau, comment espérer s’intégrer ?). Pauvre Robert, en effet, qui, allant de découvertes en découvertes, essaiera de faire son travail tel qu’il lui fût enseigné, ira de déconvenues en compromissions. Car, ainsi que le prônait le Tartuffe de Molière : Il y a avec le Ciel de ces accommodements… Mais le ciel est vraiment très bas, les nuits et les âmes très noires dans ce Jutland…
A voir également.

26 mars 2009

Les grandes personnes
de Anna Novion
(Suède)


D’abord, on se dit qu’on s’est trompé de salle : un père de famille, sur un bateau, parlant français avec sa fille. Mais non : il s’agit bien d’un film programmé au festival nordique : le bateau accoste en Suède. L’homme a loué une maison dans une île, essentiellement dans l’espoir de retrouver, grâce à son détecteur de métaux, un trésor viking (dont il a découvert l’existence dans un livre : il est bibliothécaire, plus porté sur les vieux bouquins que sur l’informatique nous apprendra-t-il au passage). Et, drapé dans son autorité de père ayant élevé seul sa fille (la mère est partie au bout du monde 15 ans plus tôt, quand l’enfant n’avait que 2 ans) il ne suppose pas une minute que cette chasse au trésor – si enfantine – n’intéresse pas vraiment la jeune fille. Làs, première contrariété faite à ce monomaniaque raidi dans ses principes : il y a eu erreur de la propriétaire suédoise (Lia Baysen) quant aux dates de la location : elle est encore présente, avec une copine française (Judith Henry). Force est de co-habiter, ce qui déplaît évidemment au chasseur de trésor, mais ouvre d’agréables perspectives à la jeune fille si sage, si réservée, si obéissante, étouffée qu’elle est par ce père, auquel Jean-Pierre Darroussin (que je vis si émouvant dans le rôle du chevrier de Mado poste restante, film tiré de mon 1er roman, voir ci-dessus, dans cette même rubrique cinéma) sait donner tout le ridicule nécessaire. Nous rions volontiers de ses malheurs : il se blesse au genou lors d’une partie de badminton, sa fille lui désobéit (pour les beaux yeux d’un jeune autochtone) et… non je ne vous ferai pas part de sa dernière déconvenue, à vous d’aller voir ce film.

Eldorado
De Bouli Lanners
(Belgique)

Là encore, nous rions, des mésaventures d’un anti-héros (Bouli Lanners lui-même), vendeur de vieilles voitures américaines (pas vraiment en bon état conteste un acheteur potentiel en introduction), qui, rentrant chez lui après une vente manquée, constate qu’un cambriolage a lieu à son domicile. Armé d’une barre de fer il ne songe d’abord qu’à tabasser le voleur, réfugié sous un lit, et refusant d’en sortir. Le ton est donné d’emblée car le vendeur de bagnoles semble converser avec le lit. Finalement le cambrioleur (Fabrice Adde) émerge. C’est un adolescent prolongé, comme il en existe actuellement : pas encore adulte à 30 ans. Le cambriolé prend le cambrioleur en pitié, accepte finalement de le reconduire chez ses parents, près de la frontière. Sur la route, de Kerouac, révisité par l’humour belge. Apprenant à mieux se connaître, nos deux anti-héros rencontreront d’autres personnages également décalés, vivront quelques épisodes rocambolesques. Peu à peu le rire fait place à la tendresse, à l’émotion. Film réussi donc puisqu’on passe du rire aux yeux embués…

Le festin de Gabriel
de Karin Morch
(Danemark)

Mon 2° documentaire de ce festival nordique, consacré à Gabriel Axel, qui nous donna l’inoubliable Festin de Babette (que je découvris lors du premier festival nordique), d’après le livre de Karen Blixen. Il dut se battre pendant 14 ans pour trouver des producteurs ; nous l’ignorions peut-être. Comme nous méconnaissons sa carrière d’acteur … comique ; mais nous nous souvenons de quelques adaptations balzaciennes réussies (pour la télévision française, du temps où elle aimait la qualité). Il faut dire que le toujours vert Gabriel a 90 ans ! Sa vie fut bien remplie, et on peut se demander pourquoi j’emploie le passé, car l’homme farceur n’a pas pris sa retraite : il prépare actuellement un autre film tiré d’un livre de Karen Blixen. Je ne peux même pas conclure en disant qu’on aimerait l’avoir pour grand-père, car il est bien trop jeune pour ce rôle-là, même s’il le tient parfaitement auprès des petits-enfants que lui ont donné ses quatre enfants – dont la réalisatrice de ce documentaire, qui l’accompagnait pour ce passage à Rouen.

27 mars 2009
Pause déjeuner
De Eva Sorhaug
(Norvège)

Premier long-métrage d’une femme qui n’a pas encore atteint la quarantaine, et dont on peut dire, au vu de ce film que sa vision des rapports humains est assez glaçante : chacun est seul dans sa bulle, quelle que soit la proximité géographique (ses personnages habitent tous le même quartier, voire le même immeuble) ou la géométrie des couples : un patron et son employée-maîtresse, deux jeunes hommes colocataires, un père et sa fille, un couple hétérosexuel que seule la naissance d’un enfant a contraint à une vie commune.
Le couple d’amants vient de renverser un piéton et le chauffeur ne pense qu’à fuir. Sa maîtresse l’en dissuade : quelqu’un les aurait vus à une fenêtre. Il suggère alors qu’elle se mette au volant, afin qu’il n’ait pas de suspension de permis (ils sortent d’une soirée arrosée), elle refuse, le ton monte, il l’envoie vérifier (enfin !) si le piéton est mort ou encore en vie. Elle s’exécute, tandis qu’il s’empresse de prendre la place côté passager et de se verrouiller dans la voiture. Cut, comme s’il s’agissait d’un film à sketches car on nous présente les autres personnages, toujours par deux. Deux qui se séparent, soumis à diverses contraintes (un colocataire vire l’autre parce qu’il ne paie plus le loyer, le père de la jeune fille meurt), ou qui pensent à se séparer (le 4° couple bourreau/victime). L’autre corollaire du film est que des incidents anodins ont des conséquences effrayantes, voire mortelles : un court-circuit déclenché par le colocataire viré est cause de la mort du père de la jeune fille, un vol d’oiseaux distrait le conducteur d’un camion dont le véhicule défonce un restaurant. Bref (je n’ai pas parlé du couple dont la femme est handicapée moteur) : tout le monde cherche l’amour ou l’argent, et personne ne donne ni l’un ni l’autre. L’égoïsme est absolu, les âmes sont noires, dans de beaux quartiers lumineux, des appartements où le blanc et le bleu pastel dominent.
Ce film parfaitement maîtrisé donne froid dans le dos. Comme quoi il n’est pas nécessaire de céder à la mode du genre gore pour clouer les spectateurs à leurs fauteuils…
Il est également un hommage à un célèbre film Hitchcock, puisque, par deux fois, la menace vient d’oiseaux, en groupe ou solitaire…

Les soldats de l’ombre
de Ole Christian Madsen
(Danemark)

Encore une page d’histoire, comme dans Obéïr. Pas en Finlande durant la première guerre mondiale, mais au Danemark pendant la seconde, 1944 exactement. Les deux héros (Flamme et Citron de leurs noms de guerre) ne sont pas ennemis, mais amis, décidés à liquider leurs compatriotes collaborant avec les Allemands. Ils appartiennent à un groupe de résistants et doivent – comme le soldat régulier du film finlandais – obéir à des ordres, donnés par leur commandant, Aksel Winther, qui les tiendrait lui-même des Anglais. Ils exécutent en général leur mission exactement, rapidement, froidement. Mais les machines à tuer qu’ils ont décidé de devenir ont bientôt des déraillements humains : comment abattre des femmes ? Et cet officier allemand, qui se prétend du côté de la résistance ? Est-ce que ça existe, la résistance allemande ? Et pourquoi est-il interdit de s’attaquer au chef de la Gestapo ? Et quel rôle est celui de Ketty, qu’aime bientôt Flamme ? Fait-elle partie d’un autre groupe de résistants ou collabore-t-elle ? Sans réponse à toutes ces questions, le doute s’installe. Il y aurait d’ailleurs un traître dans l’équipe d’Aksel Winther, car trois des hommes ont été dénoncés, exécutés. Qui est ce traître ? On soupçonne l’un, l’autre, le commandant lui-même.
Aucun répit dans l’action donc, qui s’accélère, se resserre à mesure que les questions se font de plus en plus pressantes.
D’une facture classique, ce film de guerre – qui peut être aussi regardé comme un polar tant l’enquête des deux héros bifurque sans arrêt, soupçon après soupçon – est excellent.
Mais les héros n’ont pas destins de détectives privés, hélas. Ceux-là mourront. Et, mourant pour la patrie, deviendront éternels…

La nouvelle vie de monsieur Horten
de Bent Hamer
(Norvège)

Rythme beaucoup plus calme pour ce film. Normal : il ne s’agit plus des derniers mois d’une guerre, mais des premiers jours de retraite d’un conducteur de train. Cet anti-héros, paisible, peu loquace, semble se laisser porter par les modestes événements, en proie à une grande question intérieure : que faire de ce temps soudain libéré ? Accepter une fête d’adieux organisée par les collègues ; rendre visite à sa mère, devenue mutique, dans une maison de retraite ; s’acheter une nouvelle pipe ; vendre son bateau. Minces évènements, qui pourraient être très ennuyeux, mais que la poésie intérieure du personnage transforme. Car il avance dans la disponibilité, ouvert à toutes les rencontres, et à lui-même, dans ce qu’il n’avait accompli jusqu’à ce jour. Bref : monsieur Horten tient ses promesses. Ses promesses dont il ignorait parfois qu’il les avait faites. On aimerait beaucoup avoir monsieur Horten pour voisin…

Bilan de mon festival

J’ai vu 17 films (soit à peu près la moitié de la programmation de ce festival), dont 6 de la compétition (qui en comptait 10). Hormis ceux de Peter Greeneway (La ronde de nuit), et de Simon Staho (Au cœur du paradis) je les ai tous appréciés, à des degrés divers. Dans ceux de la compétition, j’ai préféré Instants éternels (allez : je lui attribue le prix du meilleur film et les prix d’interprétation féminine) et Les soldats de l’ombre, bien consciente que mon choix va à des films classiques. Mais si la compétition incluait les 17 films que j’ai vus, le meilleur film serait Obéïr (avec prix d’interprétation au comédien jouant le jeune soldat). Et je créerai un prix d’originalité pour The bird can’t fly. Quant au prix du jeune espoir masculin (qui existe pour les César mais pas dans le festival nordique) je l’attribuerai à Fabrice Adde dans le film Eldorado.

28 mars 2009

La clôture du festival avait lieu à la Halle aux toiles de Rouen, où la projection de circonstance fut remplacée par de la musique, un duo de violoniste et pianiste nous donnant à entendre un concerto de Grieg
Après ma toute virtuelle remise de prix ci-dessus, voici la véritable remise de prix (dont les trophées étaient réalisés par Marie-Pierre Lamy) :

Prix du jeune public européen :
Instants éternels
(Suède)
Prix de l’association Deuxième souffle
(qui soutient les cinémas indépendants) :
Au cœur du Paradis
(Suède)
Prix du public :
La Rébellion de Kautokeino
(Norvège)
Et les 3 prix du grand jury,
composé de :
Prune Engler,
déléguée générale du festival de la Rochelle
Annie Grégorio,
Comédienne
Jean-Pierre Améris,
Réalisateur,
Pierre Léon,
Réalisateur et critique
Pierre Martot,
Comédien,
Oswald Sallaberger,
directeur musical de l’Opéra de Rouen
(qui venait de s’illustrer au violon) :
Prix d’interprétation masculine :
Mikael Persbrandt,
(Suède)
pour sa présence dans 3 des films projetés lors de ce festival :
Au cœur du paradis,
Instants éternels,
La Rébellion de Kautokeino

Prix d’interprétation féminine :
Maria Lundqvist,
(Suède)
pour son rôle dans :
Au cœur du Paradis
Prix de meilleur film :
Pause déjeuner
(Norvège)

Longue vie au festival ! Et qu’en soient remerciés ses organisateurs qui nous permettent de voir tant de films différents!


Festival du cinéma nordique 2010:
voir rubrique actualité en date du 22 mars 2010


Ayant participé activement à ce festival (avec pour résultat mon nom présent à 4 génériques), je n’ai pas eu le temps de rédiger des critiques concernant les courts-métrages que j’ai vus. Mais on peut avoir une idée de ce festival (récit+ photos) en se reportant à la rubrique actualité de ce site (en date du 18 septembre 2009) ou sur le site de Claude Duty (13 minutes de vidéo en date du 16 septembre 2009) :
http://www.claudeduty.com


Participation active

En 1989, j’eus le bonheur de voir mon premier roman devenir un film.
Il y avait eu plusieurs projets, avec la télévision, qui n’avaient pas abouti. Et puis il y eut, au printemps 1988, la proposition d’une rencontre avec Alexandre Adabachian, scénariste habituel de Mikhalkov (dont le film Les Yeux noirs venait d’être consacré au festival de Cannes), qui souhaitait passer à la réalisation. La rencontre eut lieu. Alexandre repartit chez lui (Moscou) écrire le scénario, revint en France pour que je le lise (crayon en main pour les dialogues, car Alexandre – qui avait fréquenté le lycée français de Moscou – parlait un français plus châtié que celui de mon héroïne), et l’accompagne lors de repérages dans le Jura (j’avais souhaité que le film fût tourné dans le village où j’avais situé le roman – Port-Lesney, qui, une vingtaine d’années auparavant, avait déjà servi de cadre à La ligne de démarcation de Claude Chabrol).
Sur un de ces petits carnets qu’il affectionnait, et où il mêlait notes, recettes de cuisine, comptes et citations, mon père écrivit alors : Simone est partie trois jours dans le Jura, pour son film. Après cette phrase, les pages sont vierges, car mon père mourut le mois suivant. Il ne sut jamais que ce qui lui apparaissait comme une aventure rocambolesque deviendrait vraiment un film - Mado poste restante – présent au festival de Cannes comme à celui du film français à Sarasota et du film russe à Quimper, nominé aux César, et dont l’actrice principale (Marianne Groves) recevrait le prix Michel Simon.



La Loue, si belle, si pure et … si froide, où j’appris à nager l’été de mes 15 ans


En repérages (juin 1988) :
Alexandre Adabachian (à gauche) et Charles Tible, devant la chapelle sylvestre de Notre-Dame-de-Lorette, à Port-Lesney

Le tournage (été 1989) : photos de plateau aimablement offertes par Eric Jobin :

Mado (Marianne Groves), consolée par Germaine (Isabelle Gelinas) cop. Eric Jobin/Barnaba

Mado et Sophie Tatin (Jacqueline Brocard, « actrice locale », et propriétaire de l’Hôtel du Parc à Port-Lesney, où furent tournées de nombreuses scènes) cop. Eric Jobin/Barnaba

Mado et Isabelle Plantu (Hélène Maisse, autre « actrice locale »), dans le bureau de poste de Port-lesney, cop. Eric Jobin/Barnaba

Philomène, le berger (Jean-Pierre Daroussin) cop. Eric Jobin/Barnaba

La bergerie de philomène (décor de Thierry Flamand) cop. Eric Jobin/Barnaba

Autre décor de Thierry Flamand, plaqué sur une maison de Port-Lesney, cop. Eric Jobin/Barnaba

Jean-Marie Zerlini (Oleg Yankovsky)

Oleg Yankovsky, à un moment de pause, avec Hélène Maisse et Simone Arese

L’affiche du film

Simone Arese devant « le Melville », à Rouen (octobre 1990)


Lorsque ce film fut présenté à Rouen, je demandais à ce qu’il fût précédé d’un court-métrage de Claude Duty. Cet ami n’était alors connu que pour ses courts-métrages, le plus souvent burlesques, et un moyen-métrage magnifique, donnant chair et âme à un tableau du musée des beaux-arts de Rouen : Les énervés de Jumièges.

Cette œuvre, qui fut un temps en discrédit, comme tous les tableaux du genre pompier, illustrait un récit légendaire médiéval assez terrible. En sus des personnages humains, Claude donna un fort beau rôle à la Seine, qui séduisit tant de peintres avant lui (voir rubrique Seine en scène).
Il s’est, depuis cette belle célébration de notre fleuve, illustré dans deux longs-métrages ayant connu un succès mérité : Cheveux gras, filles perdues et Bienvenue au gîte.
Nous figurons ensemble sur cette photo de septembre 2003, en compagnie de Philippe Davenet, lors d’une remise de trophée régional

J’eus d’ailleurs le bonheur de figurer dans un des courts-métrages de Claude (La pucelle des zincs, avec, entres autres, Maxime Leroux), qui détournait l’histoire de Jeanne d’Arc. C’était au cœur d’une foule, et … on ne me voit à aucun moment. J’eus par contre le premier rôle féminin dans La dernière ligne, court-métrage tourné en 2001 par une classe cinéma du lycée Corneille. J’y incarnais la secrétaire d’un éditeur qui, compatissante aux auteurs refusés, tentait de les sevrer de leur dépendance à l’écriture. Un vrai rôle de composition…
J’ai également fait de la figuration dans un film qui n’est toujours pas sur les écrans. Il montrait les destins croisés de quatre personnages, sur les quais de Seine (on en revient toujours à ce fleuve !) au moment de cette Armada, réunissant à Rouen, tous les quatre ans, les plus beaux voiliers du monde. Pour cette fois, j’étais une vendeuse (sauvage, sans accréditation !) de tee-shirts au logo du C.H.E.N.E.

. .

Enfin j’ai écrit – je ne sais plus dans quel ordre - le synopsis d’un film de fiction pour Christian Moullec (voir rubrique à ce nom), pour la télévision, et les scénarii d’un court et d’un long métrage, le premier consacré à un lieu (le Parc Parissot, voir rubrique à ce nom), le second étant une fiction intitulée J’ai horreur des enfants, et dont les lieux de tournage auraient essentiellement été les bords de Seine et Forges-les-eaux. Mais tout cela n’est resté que du texte, car si le chemin de l’édition, qui mène du manuscrit au livre, est aussi long qu’hasardeux, celui qui mène des synopsis et scénarii aux tournages n’est pas moins difficile.



Little Appaloosa

A dater de 2007, et grâce à des amis m’offrant leur hospitalité à Deauville, je pus, chaque année, assister au festival Off-courts de Trouville, dont notre ami commun Claude Duty est membre du jury à vie. Il me suggéra alors de tenter l’aventure des kino, cette spécifité d’Off-courts. Elle consiste à tourner-monter-montrer un court-métrage en … 48h, réalisateurs, comédiens et techniciens devant être engagés sur place, et matériel fourni. La suggestion de Claude était assortie d’une précision : « Pourquoi tu ne ferais pas un kino avec Pascal et Kawa ? »
La suggestion fit son chemin, plaisant à Pascal Sanchez, autre ami commun, jadis guitariste, alors reconverti en … comédien équestre. Quant à Kawa, c’est un poney que Pascal a sauvé de l’abattoir (où son propriétaire devait l’ envoyer pour ce pêché majeur d’avoir du caractère ! Pascal fut assez inspiré pour passer la veille de ce crime prémédité : il racheta illico Kawa).
Donc, j’écrivis un scénario, où j’ajoutais d’autres personnages, et que je titrais Appaloosa. Puis, avec Pascal, je me rendis, par deux fois, en repérages sur la côte normande, au printemps 2008.
Mais, le moment venu (septembre 2008), il nous parut impossible de respecter la contrainte et nous ne postulâmes pas à tourner ce kino. Pour nous consoler de notre déception, Claude Duty proposa de mettre sa personne et sa caméra à notre disposition pour que le tournage ait finalement lieu, mais sur un laps de temps plus adapté à la difficulté de tourner avec un poney qui n’était pas sur place, mais dans un pré de Quincampoix (et auquel il fallait donc trouver un pré voisin des lieux de tournage).
Nous avons donc tourné, fin septembre, dans le pré du poney, puis sur la côte normande (Deauville, Houlgate, Blonville), et en octobre chez des amis… voisins du pré de Quincampoix.
Dernière étape : Claude monta le film sur son ordinateur, y insérant des images prises au moment des deux festivals, celui du film américain de Deauville étant aux mêmes dates qu’Off-courts à Trouville. J’avais d’ailleurs eu la surprise de découvrir que « mon » titre était déjà pris par un western américain :


Qu’à cela ne tînt : n’hésitant pas à demander à Claude de détourner l’affiche du western, je titrais Little Appaloosa.


Le film prêt (13 minutes et 33 secondes – ce qui passait la durée d’un kino), nous pûmes, en juin 2009, le montrer au cinéma d’Houlgate, dont le propriétaire Richard Patry avait déjà eu la gentillesse de nous ouvrir les portes pour une des scènes du tournage. Nous invitâmes évidemment Samuel Prat, le fondateur-directeur d’Off-Courts, et celui-ci, séduit, nous proposa de mettre notre court-métrage en ouverture et clôture du festival 2009, dans la catégorie « Made in Trouville ». Proposition acceptée avec joie !
Nous pûmes aussi le montrer à Rouen, au Melville, grâce à la gentillesse de son propriétaire Jean-Michel Mongrédien.
Et les internautes peuvent à présent le voir à partir de ce site, en remontant ci-dessus cliquer sur l’affiche.
Mais nous n’avons pas dit notre dernier mot pour des projections en salles. Nous espérons en effet de nouvelles propositions !

Nous nous étions si bien amusés durant ce tournage que nous décidâmes de rempiler. J’écrivis donc de nouveau un scénar, pour le festival 2009, et pour ceux de 2010 et 2011. Ils ont tous été tournés par Anne Revel. On peut les voir sur le site d’Off-courts, aux titres suivants :
Noces d’étain (2009)
Ab urbe condita (2010)
La méthode du docteur Blousemental (2011)
Mais nous avons également trouvé de l’emploi comme comédiens sur d’autres kinos, puisque Marc Prieur, présent sur les trois titres précédents, fut également sollicité par d’autres réalisateurs, en 2009, 2010, 2011. Et je trouvais également des rôles dans :
Les vieilles (une pub. pour la meuh-cola) de Vincent Wilson, réalisateur canadien, en 2009
Ti beau, ti bon… de Uriel Jaouen, en 2010
Karma de Pascale Marcotte, réalisatrice québécoise, en 2011
Larmes amères de Marsilla Balda, rélisatrice albanaise, en 2011
Mais j’avais été également sollicitée pour écrire les scénarii d’autres kinos, qui furent tournés :
Touring du réalisateur allemand Armin Mobasseri (2009)
Avant la nuit d’Armin Mobasseri (2010)
Voyageuse de Sergueï Vladimirov (2010)