CYBER'S CHRONIQUES

Adoption

Quand je l’ai vue se pointer, la p’tite rouquine, je m’suis dit : bouge pas mon gars, c’est pas encore pour toi…Deux mois que j’étais dans ce pénitencier, bouclé dans un clapier exigu, comme mes quinze voisins, des jeunots le plus souvent, qui poussent des plaintes à fendre les cœurs les plus secs, ou qui font des mines, ronronnent à tout va pour séduire les visiteurs. Les visiteurs qui craquent pour ces microbes le plus souvent. Et les microbes disparaissent, remplacés par d’autres. Ah, on peut pas dire : c’est une entreprise qui tourne. J’étais le plus ancien de la boîte, alors, forcément : désabusé, indifférent, peut-être même que j’faisais un coup de déprime. Mais digne en tout cas, avec un rien de mauvaise foi : couché dans ma litière, comme un salopiau qu’aurait pas su à quoi servait ce truc. La rouquine semblait stupéfaite, pire : tétanisée. J’crois qu’elle s’était d’abord trompée de direction, se r’trouvant côté clebs, ces furibards qui s’jettent sur les grilles avec des clameurs à rendre sourd. Finalement, elle nous avait trouvés. Mais elle ne pipait pas, sidérée. D’habitude, les visiteurs, c’est causant. Elle a fait le tour, est ressortie, est revenue, repartie encore, sans moufter, sans saluer. Elle semblait prête à chialer.
J’ai appris plus tard qu’elle avait été très déçue, ce samedi, car elle s’était amenée avec son panier tout neuf, et ses papiers d’identité, son carnet de chèques, croyant embarquer l’un de nous illico. Mais l’entreprise est une maison sérieuse : on nous laisse pas partir sans garanties. Le mardi on m’a tiré de ma litière pour me tatouer l’oreille. Matricule FBU 783. c’était pas pire que le nom dont m’avait baptisé la versatile m’ayant craché là après m’avoir recueilli un mois : Pépère. Elle avait eu pitié de moi, abandonné en plein été sur la voie publique. Mais c’était un hébergement provisoire, comme pour les clodos en hiver.
Le mercredi, la rouquine est revenue, accompagnée de notre cantinière, qui m’a de nouveau tiré de ma litière. Pour me mettre dans ce fichu panier neuf, encore plus étroit que mon clapier. Et le panier a été mis dans une boîte roulante. Alors j’ai gueulé, parce que j’avais le mal de mer, et envie de pisser. D’ailleurs, j’ai pissé, sur la belle serviette propre du panier neuf. La rouquine était causante, ce jour-là, dans le genre câlineries rassurantes. Mais je me méfiais.
J’avais tort. La boîte s’est arrêtée de rouler, la rouquine a monté le panier (où je ne gueulais plus) en haut de ses quatre étages. Elle semblait pressée, est arrivée essoufflée chez elle (que c’est chez moi maintenant). Elle a ouvert le panier. J’ai bondi, examiné rapidement le plus proche périmètre, trouvant ça chouette. Du coup, j’ai enfin arrêté de faire la gueule, laissant ma nature affectueuse remonter dans mes moustaches. Je suis le roi du câlin. Mais, à l’entreprise, j’avais gardé mes distances. Vous savez c’que c’est : on s’lie avec les collègues, les clients, et puis après on regrette.
En tout cas j’regrette pas mes anciennes vies. Ni mes précédentes identités. Maintenant je m’appelle Cyber, et j’suis chat d’écrivaine. La preuve : j’viens d’commencer la rédaction de mes mémoires sur l’ordinateur. Sûr qu’elle s’ra surprise quand elle trouvera ça parmi ses textes. D’autant qu’elle est partie inquiète ce soir, car j’avais enfreint une interdiction : d’un bond sur le meuble qui supporte la télé (que j’aime bien regarder sur ses genoux. Des fois j’y vois des copains), d’un autre bond sur la télé, et d’un troisième sur le haut de l’armoire, avec passage délicat par la corniche qui branle. Elle m’a franchement engueulé. Mais je n’avais que le son, car de là-haut, je n’la voyais plus. Et elle, elle ne devait plus apercevoir que les deux triangles de mes oreilles irritées par ses reproches. J’étais tranquille pour la digestion de mon dîner, même si cette planque est franchement poussiéreuse. Quand elle rentrera et nous retrouvera entiers, l’armoire, la corniche, la télé, les lampes et moi, sûr qu’elle éternuera. Car, figurez-vous que cette pauv’ femme est mal récompensée de sa bonne action : elle fait de l’allergie au poil de chat. De quoi me recoller dans mon clapier, me dites-vous, tremblant pour moi ? mais non, mais non : elle a toujours assumé ses amours. Elle va seulement aller signer d’autres chèques chez l’allergologue dont elle a trouvé l’adresse dans le bottin. Pour le moment elle prend des p’tites pillules quand elle pleure trop, et se colle un masque sur le nez. Vous imaginerez comme elle est gironde quand en plus elle a des bigoudis sur la tête. Mais comme disait Léautaud au sujet des animaux : ils ne voient pas que nous sommes laids. Alors, pour moi, la p’tite rouquine, avec sa graisse confortable et sa taille à toujours emprunter des tabourets, c’est la plus belle femme du monde.

Décembre 2004
Cyber's Chroniques (2)15 décembre 2004
Finalement, elle a repoussé le meuble de la télé, d’où je prenais mon envol pour la corniche de l’armoire. J’avais eu un atterrissage délicat sur le poste, avec sortie de piste contre une lampe en céramique, qui ne s’en remit pas. Donc : je ne me prends plus pour un oiseau. Mais je demeure solidaire de la gent ailée. La preuve : aujourd’hui, je viens vous proposer de signer une pétition en faveur de Pale Male, qui a également été privé de corniche.

La sienne ne couronnait pas un meuble normand du XIX° siècle, mais le 12° étage d’un immeuble luxueux. Pale Male c’est le gratin du ciel : une buse à queue rousse, qui n’ a jamais eu à séjourner au CHENE, car il plane librement au-dessus de la V° avenue à New-York, non loin de Central Park, d’où son fan’s club l’observait régulièrement, œil vissé au télescope. Dix ans qu’il s’était fixé là, en famille, ayant eu 26 enfants dans son grand nid si bien bricolé, d’où ne chutaient ni chats maladroits ni lampes en céramiques, mais reliefs de repas divers : pigeons en barquettes, rats en daube, poissons en papillotes. Les élégantes du quartier n’appréciaient pas ce type de garniture sur leurs capelines d’été, leurs zibelines d’hiver. Pas plus que les chics messieurs ne goûtaient les sauces maculant leurs costumes de rupins. Ils auraient pu sortir de chez eux casqués, embusqués sous des parapluies, comme nous aurions fait, nous, au CHENE, si nous avions eu un squatter aussi huppé… Ils ont trouvé plus simple d’exproprier sans ménagement, virant le nid par-dessus la corniche comme un vulgaire troupeau d’acariens. C’était mal connaître notre héros, qui fait de la résistance, soutenu par une grande partie de la population : les Américains ne sont plus aujourd’hui partagés en pro-Bush ou pro-Kerry mais en arbitres des élégances ou défenseurs de la Nature. Le suspens est total. Et, plutôt que de peser de tout mon poids sur la télé, je vous propose d’appuyer du votre ma pétition Une Corniche pour Pale Male. Rappelez-vous au passage que New York abrite la statue de la Liberté, qui vint de France, embarquée en pièces détachées sur un bateau havrais. Alors, pour Pale Male, un seul cri de ralliement : Cocorico !


Cyber's Chroniques (3) :
8 Janvier 2005

Les Zhumains ont des rites, j’ai appris ça. Par exemple à une fête qu’ils appellent Noël, ils coupent des arbres, des sapins uniquement, qu’ils emportent chez eux, qu’ils décorent (exutoire au sacrifice ?), qu’ils semblent vénérer quelques jours, sous lequel ils mettent parfois leurs godasses en attente de la venue du Père-Noël. Ce bonhomme – qui n’existe pas, car les Zhumains sont aussi de fieffés menteurs – est censé déposer des cadeaux dans les pompes. Des cadeaux pour les petits, essentiellement. Les grands en ont parfois aussi, mais ils préfèrent en général s’empiffrer. Hécatombes dans les basses-cours, dans les forêts, les mers et les rivières. Après, on jette l’arbre, les reliefs des agapes, et on va chez le pharmacien. Surtout après la Saint Sylvestre. Un saint qui a peut-être existé, au contraire du Père-Noël, mais dont les Zhumains ne semblent rien attendre de particulier, sauf de pouvoir s’embrasser un peu plus à minuit, en se souhaitant « Bonne année ».

Comme je suis un chat civilisé (et fier de vivre chez une femme qui ne sacrifie ni arbre, ni animal en cette période, car son rite à elle est de faire la gueule en attendant que ça passe –exactement comme moi dans le clapier d’où elle est venue me tirer : nous étions vraiment faits l’un pour l’autre -), je voulais, moi aussi vous présenter mes vœux (c’est comme ça que ça s’appelle dire « bonne année »), mais vu l’état de la planète, j’hésite un peu à faire le guilleret de circonstance. Mon écrivaine et moi avons en effet appris un nouveau mot, le lendemain de Noël : tsunami. C’est un mot très triste. Pourtant, à l’entendre, il sonne un peu comme des clochettes, et ses trois voyelles semblent de vives couleurs : bleu, jaune, vert. Mais en vérité, il sonne le glas, et il est tout noir, comme la mort. Je ne vais pas vous raconter, car on ne fait que ça, dans la boîte à images et les journaux.

Je vais plutôt essayer d’annoncer quelques bonnes nouvelles, parmi tant de mauvaises, parce que les vœux, c’est ça : souhaiter que la vie aille mieux en 2005 qu’en 2004. J’ai dû chercher, je ne vous le cache pas, pour cette revue de presse particulière. Mais j’ai fini par trouver. Alors je vous énumère :
1) Pale Male a eu gain de cause, grâce aux Zhumains qui soutenaient sa cause : son nid détruit sera reconstruit. Merci d’avoir signé ma pétition.
2) Mes frères les animaux terrestres ont échappé au tsunami, car, de même que les chats, chiens et volailles domestiques avaient senti l’explosion du Vésuve avant qu’elle ne se produise, en 79 avant Jésus-Christ, les éléphants et les oiseaux ont senti la grande vague arriver : ils ont prévenu du danger et se sont enfuis. Le problème, c’est que les Zhumains n’entendent pas notre langage et qu’ils croient depuis longtemps leur science, leur technique supérieurs à notre instinct. A propos d’éléphant, je vous conseille la lecture du Courrier International de cette semaine: il contient une très belle d’histoire d’amour entre un zoologiste (variété d’humains qui nous est amicale) et une éléphante nommée Delilah.
3) Les animaux marins (qui sont également mes frères même si je les fréquente moins car je n’aime pas l’eau) ont eu moins de chance avec le tsunami : beaucoup sont morts. Mais un dauphin, qui avait été projeté de la mer dans un lac a été sauvé par des Zhumains, qui se sont entêtés à le saisir, pour le remettre dans la mer, enfin calmée. Oui, vous lisez bien : ces Zhumains, en deuil des leurs, qu’ils doivent enterrer ou incinérer au plus vite, ces Zhumains, blessés, affligés, affamés, qui ne possèdent plus rien, ont eu pitié de l’un des nôtres. C’est sur cette note que je terminerai, pour vous dire enfin bonne année : il ne faut pas désespérer des Hommes…


Cyber’s chroniques (4) 19 janvier 2005

Ah, le bourdon que j’ai eu en apprenant que les chasses à l’ours et au phoque étaient de nouveau autorisées, au nord de l’Europe (que je nommerai même pas les pays, tellement que j’ai honte pour eux), j’en négligeais mon cinquième repas quotidien (que j’obtiens pourtant au prix de nombreuses râleries, car ma p’tite rouquine voudrait déjà me mettre au régime, comme si qu’à 13 mois j’étais pas encore en pleine croissance…)

Mais heureusement j’appris ensuite que notre ministre de l’écologie avait décidé que cinq ourses seraient ré-introduites dans les Pyrénées, pour combler le vide laissé par Cannelle. 1 = 5, que voilà un homme qui sait compter ! Avec lui les chasseurs devraient hésiter à flinguer les espèces protégées. Car si la fantaisie leur venait de prendre pour cibles ces 5 nouvelles arrivantes, le ministre, selon sa nouvelle table de multiplication, en remettrait 25. Et si ces obtus insistaient, 25 multiplié par 5, je vous laisse compter…

De joie je décidais d’un tour d’honneur, à toute blinde comme d’hab’, depuis le salon de lecture (où elle me boucle quand elle est absente : y’a pas de corniche dans cette pièce-là) jusqu’à la crête en acajou de la banquette du salon (elle était présente : c’était ouvert, au bout de la ligne droite du couloir), avec virage à négocier sur les deux tables de nuit portant les lampes jaunes et, dans ma jubilation, tentative de saut sur la desserte d’où j’espérais atteindre la corniche du buffet Henri II. Tentative avortée je dois dire car son NON strident m’arrêta entre la céramique italienne et le service à thé anglais. Résultat : elle a cassé une lampe. Oui : elle, même si c’est moi qui l’ai fait tomber. D’abord : elle n’avait qu’à pas crier. J’ai les oreilles sensibles, moi ! Et puis quelle idée de mettre des laisses au cou des lampes, comme si elles pouvaient avoir l’idée de se carapater ! Je m’y suis emmêlé les pattes arrières quand j’ai négocié d’infléchir ma direction pour lui obéir. Donc : c’est bien elle la responsable de la casse, mais, de mauvaise foi (il lui arrive d’être totalement humaine), elle m’accuse. Je sens que je vais bouder, à l’égal de cette baleine solitaire qui préfère, depuis 12 ans, traverser l’océan pacifique en solitaire plutôt qu’avec ses copines, qu’elle regarde de haut, jasant 52 hertz avec les sous-marins quand la bande de grégaires papote entre elles en 15/20.

Cependant, comme vous n’avez pas à pâtir de mes querelles de couple, chers internautes, je terminerai sur un sourire, avec une bonne nouvelle : l’Inde vient d’équiper quelques éléphants de bandes lumineuses la nuit, afin que les voitures traversant leurs pistes ne les carambolent plus. Moi aussi, j’aimerais bien un collier fluo, pour que la p’tite rouquine me marche pas sur la queue quand elle se lève avant le jour. Ces humains sont vraiment mal fichus : même pas nyctalopes ! Dieu était sûrement fatigué, le sixième jour de la Création.


CYBER’S CHRONIQUES (5) 24 janvier 2005

Des fois, j’lui donne la permission de minuit, à ma p’tite rouquine (pas plus tard car j’ai ouï-dire qu’au-delà les carrosses deviennent citrouilles). Surtout si c’est pour la bonne cause, comme vendredi, où elle avait deux réunions successives au CHENE. La seconde, c’était de l’habituel : réunion mensuelle du conseil d’administration. Mais la première, c’était de l’exceptionnel : la société EXXON remettait un chèque de 5000€ à notre association. Monsieur Pierotti, le chargé de com., avait antérieurement fait connaissance avec nous grâce à deux de nos protégés : un renard et une cigogne s’obstinant à explorer une cuve, dont ils ne parvenaient pas à ressortir. On sonnait le CHENE, qui venait repêcher les curieux. Plus étonnant : les terrains d’EXXON sont le lieu de résidence des taupes-grillons. Mais non : faites pas des zyeux comme des soucoupes volantes, je donne pas dans la science-fiction mais dans la science-tout-court : les taupes-grillons ne sont pas le résultat de l’accouplement incongru d’une taupe et d’un grillon pris d’un coup de folie pour s’être shootés au fuel lourd, mais la colonie d’une espèce rare, de son autre nom courtilière (insecte orthoptère sauteur – je regimbe pas à vous épater de mes connaissances), quasi inconnue dans le secteur sauf là. Histoire de se documenter, Monsieur Pierotti et Madame Leroux (des relations extérieures) étaient venus visiter notre musée. Et, de retour dans leur labyrinthe de cuves et tuyaux, ils ont obtenu de casser leur tirelire pour nous. Alors, pour la remise du chèque, le CHENE a organisé une petite réception, avec le maire d’Allouville, la presse, de quoi fabriquer des kirs. Doit y avoir des photos dans Paris-Normandie, le Courrier Cauchois et sur notre site, car le gars Michel était aussi présent.
Non : elle n’est pas rentrée pompette. Et quand elle prétend que, comparable à une taupe-grillon, je suis croisé souris et truite saumonée, c’est pas qu’elle débride de l’imaginaire, c’est qu’elle est bien consciente de ma grande beauté : je suis en effet gris comme une souris sur le dos et délicatement rosé sous le ventre. Ajoutez des effets de collier sur le plastron, de bracelets aux pattes avant et d’anneaux autour de ma queue, vous aurez une ébauche de ma splendeur . D’ailleurs, ma photo sera bientôt sur le site, car le gars Michel va venir me tirer le portrait à domicile ; ça vaudra bien Rita Hayworth immortalisée par les studios Harcourt.

Cyber en pleine activité rédactionnelle, admirez sa souris assortie... à son pelage!

Cyber’s chroniques (6) 16 février 2005

Des sous, des sous, qu’elle clamait en rentrant de l’A.G. du CHENE, à plus de minuit. Je ne dormais pas, mais faisais semblant, histoire de lui tirer des remords. Elle était si absorbée que mes faux bâillements passèrent inaperçus. Je les rengainais, remarquant tout de même qu’elle datait un peu, en cette période où la banque de France bat le rappel des derniers francs : les sous, ça remontait au moins à dix générations de chats. Nitro, que je lui miaulais, on en est aux zeuros (Nitro c’est son diminutif, de Nitroglycérine). Elle ne releva pas plus que mes bâillements, et je sentis que j’étais bon pour l’écouter sans jaspiner moi-même. Donc, le problème endémique du CHENE (endémique : vous noterez comme je cause) c’est l’argent, la thune, le flouze, l’oseille. Il en rentre, il en rentre - les conseils régional et général nous aident, et des entreprises, et les membres de l’association – mais il en sort toujours plus : les salaires des 9 employés, les charges sociales, l’extension de la clinique, le frichti des pensionnaires, les médicaments, les agios de la banque, j’ai sûrement pas tout retenu de son énumération, elle non plus m’assura-t-elle, précisant que Daniel, le comptable, avait pourtant été clair, précis, brillant : personne n’avait somnolé pendant l’exposé des comptes. Le président avait pris et repris la parole, et aussi Reynald, Alain. Même monsieur le maire et un nouveau conseiller général. Elle seule n’avait pas parlé m’avoua-t-elle, précisant « Je suis arrivée en retard, tout le monde a remarqué, j’aurais voulu disparaîtrer dans un trou de souris. » J’ai souri finement dans mes moustaches, sans lui saper le moral en faisant remarquer que pour tenter un pareil exploit, il lui faudrait beaucoup, beaucoup maigrir. Les Zhumains ont parfois des zexpressions zétonnantes. Elle avait seulement poussé le gars Michel à donner des détails sur notre site. Il aurait explosé, qu’il a dit, pour frapper les zesprits : plus de 100 visiteurs par jour. Et quand il relève les compteurs, il est même capable de pouvoir statistiquer tous zazimuts : c’est la rubrique des zhérissons qu’aurait le plus de succès (faut dire qu’on a dépassé la centaine dans la nurserie cette année, Clémentine ne savait plus où donner de la pipette) . Succès mondial, car il n’y a pas qu’en France et dans les pays francophones qu’on nous virtuelvisite : dans les Andes, en Australie – pour ne citer que les derniers en date. Lamas et kangourous, même combat : internautes de tous les pays, unissez-vous !
Donc de donc - je perds pas de vue ma mission du jour : appel au peuple, faut cotiser (11 € encore cette année, mais on passera à 16 en 2005, car 11 c’est juste le prix de revient du bulletin trimestriel envoyé aux zadhérents – sans compter le temps des zauteurs, et des p’tites mains qu’assurent au photocopieur, à l’agrafeuse - Reynald avait une main bandée, mais il paraît que c’était un bec qui l’avait agrafé - à la mise sous enveloppes et le coup de langue final pour les timbres). Vous pouvez même mettre une rallonge, voire un zéro de plus sur le chèque, histoire de faire honte à Bush qui boude le protocole de Kyoto. Vous noterez comme je me tiens au courant. Il y va de mon honneur de plumitif (car en plus d’être croisé souris truite saumonée, je suis un chat à plumes) et de la satisfaction des mes fan’s - oui, oui : j’en ai, la p’tite rouquine m’a aussi rapporté cette nouvelle de l’A.G. du CHENE. Entendant ça, je n’avais plus sommeil, alors qu’elle commençait à flancher dans la tiédeur de l’oreiller. Je voulais savoir : qui ? Combien ? Girondes ? Mais elle s’est endormie sur la dernière image suscitée par cette soirée : Sirenotte, notre Sirenotte, la phoquette relâchée en baie des Veys à l’automne, a été vue à quelques encâblures de Saint-Brieuc la semaine dernière. La jeunesse, ça a le goût des voyages ! C’est pas comme notre vieux Péli, qui s’encroûte à Antifer. Il va bien, merci, ses copains pêcheurs continuent à prendre soin de lui.
Donc de re-donc : elle s’est endormie, se rêvant sirène (aussi incongru que d’espérer disparaître dans un trou de souris). Mais vous, vous zendormez pas : puisque vous faites les fonds de tiroirs pour trouver vos derniers francs poussiéreux, pensez au CHENE, en actualisant : des zeuros, des zeuros, pour faire des zheureux !


Cyber’s chroniques (7) 18 février 2005

J’ai fait un cauchemar horrible : j’étais dépecé vivant, pour que ma fourrure, bien hérissée par la souffrance, devienne une étole. J’ai gémi de douleur, de frayeur dans mon sommeil, et ma p’tite rouquine s’est jetée en bas du lit (vous ai-je dit que je dors dessous ? C’est le meilleur endroit, m’a-t-il semblé, pour être le gardien de son repos) me réveillant de mots tendres : c’est rien, mon Cyber, mon enfançon, mon raspingouin, mon mistouflet, ma tracagnotte (cherchez pas dans le dictionnaire : elle invente parfois des mots qu’existent pas ; ça s’appelle licence poétique, vous avez dû apprendre ça à l’école), c’est rien qu’un mauvais rêve, trois croquettes, un bol d’eau fraîche, un câlin et il n’y paraîtra plus. Je résiste pas quand elle me fait sa voix roucoulante : je suis sorti de ma niche, l’ai rassurée d’un ronron. Effet de berceuse garanti : elle s’est rendormie. Mais moi, j’ai pas pu, j’étais trop troublé. Car je sais bien que, chez elle, je risque pas de connaître un pareil martyr, mais je sais aussi que si ce n’est moi c’est donc mon frère comme aurait dit La Fontaine (un licencié poétique qu’aurait sûrement cotisé au CHENE s’il avait été notre contemporain) : les animaux dépouillés vivants, ça existe, y’a même eu une émission télé sur le sujet (que la p’tite rouquine m’a interdit de regarder bien sûr), et des chats, des chiens qui deviennent fourrures – étiquetées lapin pour expédier en Occident - ça existe aussi, du côté de la Chine. Quant à la Corée, la grande spécialité culinaire, c’est le hot dog : chien chaud. Battu avec férocité avant d’être tué, afin que la viande soit bien tendre, Libération a publié un reportage, avec des photos, l’année dernière. Comment voulez-vous que je puisse dormir tranquille après ça ? Ajoutez les 300 hippopotames qui viennent de mourir du charbon en Ouganda (mais non : ils n’étaient pas mineurs, le charbon c’est un bacille), et les équipages de chasse à courre qui, en France, sont passés de 100 à 450 en 20 ans : y a vraiment pas de quoi se réjouir. Le seul bon plan du moment, c’est d’être renard en Grande-Bretagne, car, de l’autre côté de la Manche, traquer le goupil à cheval, avec une meute, vient d’être interdit. Les chevaux et les chiens vont pouvoir se reconvertir : haquenées pour les fées, chiens de farfadets. Manquent plus que les princes et les princesses, ricane quelque internaute cynique ? Même pas : les Anglais n’ont pas raccourci leurs rois et reines (pas récemment en tout cas), et le Prince Charles va épouser la Camilla qu’il aime depuis des lunes et des lunes. Il était temps qu’ils convolent : bientôt ils auraient été trop vieux pour monter leurs destriers jusqu’à la mairie. C’est p’têt pour ça que la chasse à courre vient d’être interdite ?


Cyber’s chroniques (8) 24 février 2005

Pour en rester au chapitre des renards, ça chauffe en Sibérie. Non : je n’évoque pas le réchauffement de la Planète, mais des chercheurs qui chauffent de la cafetière (pardon : du samovar) à Novossirbirsk, où c’est sûr qu’on s’amuse pas tous les jours à compter les flocons, quand la bourrane souffle sur la kibbittchka (oui : j’ai lu Pouchkine) : pour passer le temps dans un élevage de renards destinés à devenir de beaux cimetières sur le dos des élégantes, ils ont opéré une sélection rigoureuse, depuis 1959 (que donc ces chercheurs devraient être à la retraite depuis un moment) pour obtenir une race de renards … domestiques. Et ils ont réussi ! Cette nouvelle variété de goupils serait plus docile que des chats et remuerait la queue comme des chiens, mangerait dans la main des chercheurs. Il n’est pas précisé si la fourrure frétillerait sur les belles poupées russes quand elles signent le chèque du manteau.
Côté homards de la Nouvelle-Angleterre (non : pas l’Angleterre de Camilla, faut réviser votre géographie), c’est pas la joie non plus, mais les savants fous n’y sont pour rien : les bestioles ont chopé une maladie leur attaquant la carapace plus sûrement que les pinces des tables de réveillons, et ça leur abrège la vie. Vous imaginerez d’ici les manif. de pêcheurs réclamant des subventions pour compenser les filets vides, la baisse de leur pouvoir d’achat, etc.
Au Brésil (oui : c’est ma chronique tour du monde en 80 lignes) y a du bon et du mauvais : Dioniso Julio Riberiro, écologiste connu pour sa lutte contre le braconnage, a été abattu dans une réserve naturelle. Mais Denner Giovanni qui avait fondé, en 1999, le RENCTAS (Réseau national pour combattre le trafic des animaux), a reçu, en décembre 2004, le prix Sasakawa de l’ONU. Quelque 12 millions de mes potes exotiques (perroquets, singes, reptiles) sont en effet victimes, chaque année, d’un commerce clandestin, rapportant quasi autant que celui des armes ou de la drogue. L’ONU aurait dû ajouter un gilet pare-balles au prix décerné, car on a prédit à Denner Giovanni qu’il allait aussi recevoir du plomb.
Dans la même rubrique « mes amis les chasseurs », les galgueros d’Espagne invoquent la tradition, pour abandonner leurs auxiliaires (en l’occurrence des lévriers) quand la saison de tir est terminée : pas question de nourrir des chiens réduits au chômage. Appel aux adoptions, faites suivre.
Par décence, je passerai sous silence la France, qui tergiverse à intégrer la charte de l’environnement dans sa Constitution. Mais j’en pense pas moins.
Et j’en terminerai par l’Irak, d’où vient aujourd’hui la seule bonne nouvelle. Non, non, je n’ai pas confondu cannabis et valériane : ça va vraiment mieux en Irak, du côté des marais. A l’origine (du temps de la Genèse), il y en avait de grandes tartines, entre le Tigre et l’Euphrate (là où eut lieu le Déluge, ma p’tite rouquine en a raconté les préparatifs, prêtant sa plume à l’épouse de Noé pour un récit burlesque titré « Dieu m’a menée en bateau »). Arrive Saddam Hussein (j’abrège, j’ellipse), qui décide d’assécher ces zones servant de refuge aux oiseaux migrateurs. A présent qu’il est bouclé, on peut faire marche arrière. Prévenir mes amis ailés : ils peuvent de nouveau tailler un somme dans les roseaux, de ce côté-ci de la Planète.
Et le CHENE, dans tout ça ? J’en ai pas jasé aujourd’hui ? Mais c’est que le gars Michel m’a précédé pour vous donner toutes les infos les plus récentes. Il vous a même précisé que ma p’tite rouquine, dite Nitro-la-terreur-de-la-page-blanche va sévir là-bas les 5 et 6 mars pour des ateliers d’écriture l’après-midi. Avis aux frileux du porte-plume : l’encre devrait pas geler, Reynald a promis du chauffage dans le kiosque …


CYBER’S CHRONIQUES (9) 11 Mars 2005

L’hiver a tenu à laisser dormir nos jardins sous ses couettes de neige, et moi, qui ne suis plus S.D.F. (puisque j’ai même quasi deux domiciles, le second étant sur le même palier, où on m’accueille quand la proprio du mien s’absente) je n’ai pas eu à me plaindre : ma p’tite rouquine n’a pu sortir tous les jours, et j’ai donc mieux profité de sa présence. Animal de compagnie je suis, et je me languis quand on me laisse seul, malgré mes jouets et mon petit banc devant la fenêtre. Si j’étais un fondu de l’ordinateur ou de la télé, l’attente du retour de ma compagne passerait plus vite, mais je n’utilise le premier que pour ces chroniques, et, concernant la seconde, je n’apprécie que les émissions animalières.

Mais pourquoi je vous raconte ma vie ? Un coup de bourdon sans doute, dû à l’annonce de la mort de Doroty Stang, cette missionnaire catholique américaine assassinée au Brésil, il y a quelques jours. Elle ne connaissait pas le mot retraite cette femme-là, car, à 73 ans, elle luttait encore pour les Indiens dépouillés de leurs terres. Elle avait créé un projet au bon nom d’Esperança. Mais l’Espérance est morte en même temps qu’elle, sur un chemin forestier d’Anapu, où l’attendaient ses meurtriers. C’est la version contemporaine du Chaperon Rouge, sauf que l’héroïne avait l’âge de figurer la grand-mère, et que le loup était une bande d’hommes armés. Nous savons bien, d’ailleurs, que les loups – les vrais – ne sont pas si terribles que dans les contes. Quelques-uns sont même les amis d’une jolie pianiste, qui n’hésite pas à se rouler avec eux dans la neige entre deux concerts.

La neige qui s’est décidé à fondre. Le CHENE réveillera donc finalement les jardins les 19 et 20 mars, pour l’arrivée du printemps, la saison où les piafs commencent à s’agiter. Bonne nouvelle à leur sujet (vous savez bien que j’aime à terminer mes chroniques sur une note heureuse) : un passereau crèchant ordinairement dans les taïgas scandinaves et sibériennes, a décidé de pousser plus à l’ouest ses habituelles migrations : quelques-uns sont arrivés près de Paris et en Bretagne. Et comme il s’agit de jaseurs boréal, on peut imaginer qu’il y aura bientôt un concert où la dame-aux-loups accompagnera ces nouveaux émigrants. Pour le 25° anniversaire du CHENE, ce serait chouette, non ?

Cyber’s chroniques (10) 15 Mars 2005

Plein de soleil à toutes les fenêtres chez nous ce matin ! Les volets et les rideaux en ont frémi sous la poussée gaillarde de Nitro. Je ne l’avais pas encore vue si énergique au réveil. Faut dire que je ne la connais que depuis fin novembre. Peut-être qu’elle tient de la marmotte en hiver, malgré son surnom ? Et qu’elle se réveille au printemps, comme la Belle au Bois Dormant sous le baiser du Prince ? En tout cas, pour être dans le ton, j’ai miaulé mon ode à l’astre d’or, négligeant de regarder mon habituel feuilleton sur la 5. Non : il ne s’agit pas – exceptionnellement – d’une émission animalière. Quoique… Le héros en est un ours, nommé Tibère (la première fois, avec l’euphonie, j’ai cru qu’on m’appelait dans le poste), et il a divers copains, tous marionnettes en peluche comme lui, qui s’amusent beaucoup entre leurs murs aux couleurs de sirops. Je crois que c’est un programme pour les enfants, mais je ne tolérerai aucune critique : à chacun ses faiblesses. Dans la maison bleue, tout finit toujours bien, avec Tibère achevant sa journée à la fenêtre de son grenier par une ode à l’astre d’argent ; ça repose du monde réel, où tout va tellement plus mal pour mes potes. Suffisait encore de feuilleter la presse au hasard ce matin :

  • 1°) massacres d’éléphants au Soudan, perpétrés par l’armée et les milices, pour alimenter le marché asiatique (surtout chinois) en ivoire.
  • 2°) 2000 dauphins pris annuellement dans les filets des chaluts bœufs, Greenpeace demande qu’on arrête la pêche au bar.
Personnellement, je lirai de plus près les étiquettes de mes conserves. Et vous, que ferez-vous ?

La seule bonne nouvelle c’est qu’aujourd’hui a été déclaré journée mondiale des phoques, pour protester contre la chasse dont ils sont encore victimes. Il y aura 50 actions dans le monde, pour marquer ça. Je ne voudrais pas être rabat-joie, mais je cède tout de même à l’envie mathématique de comparer : 50 actions, pour des milliers de phoque, sur la planète entière, alors que dans notre seul pays, pour deux otages, on a réunit 1000 fanfares. Pourquoi les Zhumains en font-ils toujours plus dès lors qu’il s’agit de leur propre espèce ?

Pourquoi les loups n’ont qu’une pianiste ?

Je vous laisse réfléchir…

CYBER’S CHRONIQUES (11) (22 Mars 2005)

J’aurais dû naître noir, puisque c’est l’actuelle couleur du deuil dans mon pays natal. Car toujours j’ai à déplorer quelques disparitions massives (je précise massive car j’ai bien senti, dans les récentes actualités du CHENE, une pique contre des greffiers de mon espèce ayant blessé trois piafs. Alors, 1°) je citerai mon collègue Tchekhov : Il est difficile d’aimer à la fois les chats, les merles et les cerises. 2°) j’opposerai que si mes potes avaient été aussi cruels que d’aucuns le prétendent, les piafs ne s’en seraient pas sortis vivants pour aller se la couler douce quelque temps au CHENE). Donc, disparitions massives :
Au loin : 65% de la population des si charmants Diables de Tasmanie est atteinte d’un cancer, qui tue les individus contaminés en six mois. Cette maladie fut pour la première fois remarquée par un photographe animalier en 1996, mais la Tasmanie ayant d’autres chats à fouetter (quelle horrible expression, n’est-ce pas ?), elle ne commença de s’en inquiéter qu’en 2000. C’est un cancer particulier car il se transmet par morsure (les mauvaises langues sus-dites prétendront peut-être que les Diables n’ont qu’à pas se mordre ? Je leur rétorquerai que dans cet exotique pays, la loi de la jungle sévit encore : quand les Diables veulent croûter, il est nécessaire qu’ils se fichent des peignées pour que le meilleur gagne sa ration quotidienne. Toute la planète n’est pas aussi idyllique que la cantine du CHENE, ce n’est pas une nouvelle
Près de nous : 100% de la population des cervidés est actuellement abattue en forêt de Brotonne, afin d’éradiquer la tuberculose, apparue en 2001. Non seulement l’Homme (avec une majuscule bien qu’il ne le mérite guère, mais la grammaire ignore la morale) prétend gérer la population animale – comme s’il savait maîtriser la sienne ! Des milliards, qu’ils sont, ces fichus descendants du singe, et la planète en crève de sa surpopulation, des pollutions dues à ses industries, toujours le territoire de l’Animal se voit réduit, un jour il ne restera plus rien pour nous… Bon, Cyber du calme ! Faites excuses, chers internautes, mais j’en ai le poil hérissé de ce cauchemar… Pour en revenir aux cerfs, biches et faons mes voisins, mesure radicale : extermination totale. J’ai eu beau compulser les livres de ma chère compagne, je n’ai pas découvert pareil exemple dans l’Histoire de l’Humanité : jamais on n’a zigouillé tout le monde pendant les épidémies de peste ou de choléra. Je n’ai trouvé qu’une citation pouvant étayer un tel massacre (« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens »), mais ça ne concernait pas une épidémie. En plus, je crois savoir, par ouï-dire, que Dieu ne trierait que les Zhumains. En tout cas, je vous aurai prévenus : ça canarde dur en forêt de Brotonne, évitez de tenter un jogging avec le chien, il n’est pas sûr que le chasseur, à l’égal de son Créateur, reconnaîtrait les siens. Faut le comprendre : avec la mission d’une telle hécatombe (150 cervidés), il pourrait s’embrouiller de la gâchette ou ne plus savoir s’arrêter. D’autant que les autorités compétentes n’ont pas prévu de suivi psychologique post-hécatombal. Et vous voudriez que, fidèle à mon habitude, je termine sur une bonne nouvelle ? Mais y’en a pas de bonnes nouvelles ! Jugez donc, au hasard de ma quotidienne revue de presse : 1°) Aujourd’hui, journée de l’eau, qui ne va pas tarder à manquer sur la planète. Les Africains n’en utilisent que 20 litres par jour, les Français environ 150 (et je ne figure pas dans les statistiques : moi c’est une demie-tasse, pour boire, côté toilette et lessive ma langue pourvoit), les Américains …600 litres 2°) Les Français passent une demie-heure par jour à lire la presse. J’ai failli me réjouir, candide (alors ils en sauront autant que moi sur les désastres écologiques, et ils défileront dans les rues pour que l’Etat prenne des mesures, etc) mais la précision de leur titre préféré m’a lapidé : l’Equipe . Sans commentaires, n’est-ce pas ? J’en ferai pourtant un : La Feuille du CHENE n’est pas un quotidien, mais c’est un excellent bulletin, trimestriel, qui tire à 900 exemplaires. Vous aimeriez vous abonner ? Il vous en coûtera 11 € pour l’année. Et ce n’est même pas le prix de ces quatre numéros (frais d’envoi compris) : c’est la cotisation d’adhérent à notre association, adhésion donnant droit à l’abonnement sus-dit. Alors, pas d‘hésitation : à vos chéquiers, à vos enveloppes (CHENE, Hameau Bouillot, 76190 Allouville-Bellefosse). Les nouvelles seront moins rapides que sur ce site (ce ne sont d’ailleurs pas les mêmes) mais vous aurez, en prime, les dessins de Pompon…


Cyber's chronique 12. (29 mars 2005)

You are on my blog, dear internaute, because I am a very actual cat! You are note surprised, I suppose?

Nonobstant, point trop ne faudrait céder aux tentations modernistes, aussi continuerai-je ma prose dans la langue de la marquise de Sévigné, ma commère, qui écrivait dès potron-minet (à propos qui sait encore que cette expression, désignant le point du jour, signifie très exactement : le moment où le trou du cul du chat devient visible?) et qui écrira une thèse intitulée De l'importance des greffiers dans la littérature du Grand Siècle? Vous me sentez guilleret? Certes. Car je crois avoir trouvé la solution pour le repeuplement de la forêt de Brotonne. Il faudrait contacter d'urgence les 62 chasseurs de la forêt de Beauchêne, dans les Hautes-Alpes. Selon une directive de leur DDA (direction départementale de l'agriculture), ils devraient tuer 444 biches et cerfs. Ces animaux sont parfaitement sains, ils n'ont que le tort d'être trop nombreux au goût des paysans. Or voila que nos 62 chasseurs refusent d'obtempérer. Trop c'est trop, qu'ils disent, raccrochant leurs fusils aux râteliers. Alors moi je propose, afin de satisfaire tout le monde (mais qu'est-ce que j'attends pour faire de la politique, diplomate comme je suis?) de transférer 444 cervidés haut-alpins en forêt de Brotonne, pour remplacer les 150 tuberculeux juste exterminés. Ce serait du repeuplement haut-débit ou je ne m'y connais pas. Donc, je compte sur vous, chers internautes, pour relayer mon idée et trouver des moyens de transport car le célèbre camion rouge du CHENE ne saura suffire, même si côté régulateur de vitesse on peut être complètement tranquille : y'en a pas (les p'tits gars d'cheu nous savent maîtriser leur mécanique sans adjuvant informatique dans l'moteur).

Dans mon impatience, j'ai commencé par la bonne nouvelle, ce qui n'est pas mon habitude. Faudra me pardonner pour la suite moins réjouissante. Dans le désordre :

1) le gouvernement canadien vient d'autoriser l'abattage de 300000 phoques cette année. Oui vous lisez bien je ne me suis pas trompé dans le nombre de zéros: y'en a 5 (et combien de zéros au dit gouvernement? je vous laisse supputer). Comment voulez-vous qu'on lutte quand au CHENE on n'en sauve pas 10 par an? Je vous vois déjà rengainant le stylo avec lequel vous vous apprêtiez à nous signer un chèque, soupirant : la cause est perdue. M'enfin! Est-ce qu'on se décourage nous? Est-ce que les causes perdues ne sont pas les plus belles à défendre? Un peu de romantisme, que diable! C'est pas le moment de désespérer le gars Jean-Pierre, qu'a fondé le CHENE y'a 25 ans et qu'est en train de passer la main parce qu'il a droit à la retraite comme tous les autres travailleurs... 2) 800 renards tués en Grande-Bretagne depuis l'interdiction de la chasse à courre. Cherchez l'erreur. 3) ré-apparition de la grippe aviaire en Asie (Corée du Nord), d'où purges staliniennes dans les poulaillers. 4) mort annoncée de la Baltique, par eutrophisation. Tout le monde n'ayant pas un dictionnaire sous le coude, je vous zexplique : dans cette mer quasi fermée, où la navigation (et ses méfaits) est abondante, trop de phosphore et d'azote sont déversés (provenance : engrais, détergents), qui font le régal des algues. Lesquelles prolifèrent, faisant baisser le taux d'oxygène de l'eau. Et sans oxygène, plus de vie possible... 5) Darwin remis en question au lycée de Dover (25000 habitants, Pennsylvanie), par les Créationnistes, qui veulent une révision totale des cours de biologie. Censeurs de tous les pays, unissez-vous sous la bannière étoilée (vous y retrouverez d'ailleurs un oiseau transfuge : le rossignol français serait devenu américain. Ah bon : ce s'rait pas un oiseau? T'es sûre Nitro?)

J'ai tout de même deux bonnes nouvelles pour terminer ma chronique today :

1) l'antilope tibétaine, qui fait partie des espèces en voie de disparition, est choisie pour mascotte aux J.O. de Pékin en 2008. Comment, Nitro : y'a pas que l'antilope qu'est en voie de disparition au Tibet? T'as fini de lire par-dessus mon épaule quand je commets ma chronique? Vas-donc plutôt faire l'inventaire du stock de conserves, c'est bientôt l'heure de mon goûter. Excusez-moi, chers internautes, pour l'intrusion intempestive de ma compagne aujourd'hui. Elle s'est complètement shootée aux oeufs en chocolat tout ce week-end pascal... 2) les éléphants, pour lesquels j'ai un grand faible comme vous avez du le remarquer, sont non seulement des as de la mémoire, des êtres sensibles qui pleurent leurs morts, des imaginatifs capables d'inventer des outils, mais ils ont également des talents linguistiques : une pensionnaire du parc de Tsavo (au Kenya) sait en effet bruiter comme un camion (il n'est pas précisé si c'est comme le camion rouge du CHENE), et un mâle africain jaser éléphant d'Asie.

En conclusion, je vous barris dans le cornet...


CYBER’CHRONIQUES (13) 5 AVRIL 2005

Notre célèbre camion rouge pourrait-il se rendre jusqu’à l’aquarium de Mourmansk (nord de la Russie pour les nuls en géographie), afin de recueillir un phoque nouveau-né que ses parents rejettent ? N’y perdrait-il pas ses derniers boulons ? Et notre banquier consentirait-il à un bon d’essence aussi conséquent ? De toute façon, vue l’urgence, c’est en avion qu’il faudrait faire déplacer nos p’tits gars… Admettons que le problème de transport soit réglé, et le bébé bientôt tiré d’affaire dans notre centre d ‘hébergement. Où pourrions-nous lui rendre sa liberté ? Ce serait encore un de ces sans-papier que l’Administration ne nous autoriserait pas à relâcher dans nos eaux territoriales. Et, pour finir, qui nous assurerait que ses congénères de la Somme, ou du Mont-Saint-Michel l’adopteraient ? Seraient-ils moins racistes que les cruels parents de ce malheureux ? Car c’est de ça qu’il s’agit, figurez-vous : le couple de phoques blancs a donné naissance à un phoque gris. Sûrement, monsieur a commencé par accuser madame d’adultère. Et, pour sauver son couple, madame s’est alignée sur le reniement de monsieur. Hé bien, foi de Cyber croisé souris et truite saumonée, je vous félicite pas monsieur et madame Blancs de Mourmansk : vous vous comportez comme des Zhumains en vous montrant pointilleux sur la couleur, c’est très mal, allez hop: carton rouge…

Tant qu’à imiter les Zumains, il faudrait mieux trouver autre chose. Le rire par exemple, dont seraient aussi capables les singes, les rats et les chiens. J’entérine, j’entérine la nouvelle – de la très sérieuse revue Science – mais j’ajoute que ses rapporteurs ont oublié les chats dans la liste. Car moi aussi je sais me dilater la rate, quand je veux, surtout quand Nitro est décidée à jouer avec moi. A Pâques, on a cherché les oeufs en chocolat dans les plantes vertes de l’appartement, c’était irrésistible : dans cette jungle miniature elle tenait le rôle de l’éléphant balourd et moi du guépard subtil.

Aujourd’hui, bien sûr, elle rigole moins, car elle a lu comme moi les mauvaises nouvelles :
1°) Bush autorise les recherches pétrolifères dans la zone pourtant protégée de l’Alaska.
2°) Chez nous le Conseil d’Etat est revenu sur l’interdiction (décidée en 2004) des produits au fipronil, tueur d’abeilles. Un conseil : stockez les pots de miel , il pourrait bientôt disparaître de la planète.
3°) Pour changer de la maladie de la vache folle, l’Espagne s’illustre avec celle de la langue bleue chez ses taureaux. 221 élevages sont touchés. Question : est-il préférable de mourir de cette épidémie, entre copains d’herbage piqués par les moustiques, ou de finir tout seul, piqué de banderilles, traversé d’une épée, au cœur d’une arène ? Les Zhumains ont parfois de si bizarres divertissements.
4°) Toujours dans la rubrique bovins, mais chez nous cette fois : un troupeau de 30 vaches va être abattu dans les bucoliques îles de Bedanne, sur la Seine, si chère aux impressionnistes. Epidémie de vaches folles, vous interrogez-vous ? Que nenni. Troupeau abandonné par son propriétaire, depuis plusieurs années, retourné à l’état sauvage (pas le propriétaire : le troupeau. Quoique…) et devenu dangereux pour les Zhumains. Aucun d’eux n’aurait donc pu intervenir avant d’en arriver à cette nécessité d’hécatombe ? Dans ma collection de proverbes, je vous propose celui-ci : « Si tu veux tuer ton chien, dis qu’il a la rage. »(1)

Mais pour conclure par de bonnes nouvelles (toujours moins nombreuses que les mauvaises hélas), je vous rapporte que :
- Jean-Louis Etienne a nettoyé – partiellement – Clipperton avant de quitter cet îlot où il était en mission d’étude. Résultat : cinq tonnes de déchets marins (au sens : venus de la mer, et non pas : produits par la mer, puisque, pour l’essentiel, il s’agit de matière plastique) embarqués sur le bateau de retour. Vu le poids vous comprendrez que ce nettoyage n’a pu être que partiel, pour ne pas faire couler le bateau.
- La première sonothèque animale de France ( 15000 enregistrements) sera consultable au muséum d’histoire naturelle, grâce à la collection initiale de Fernand de Roussen. Nitro, branche le magnéto, ste’plaît pendant que j’affûte mes plus beaux miaulements pour la postérité.
- Trois lynx sont nés en captivité, en Espagne, ce qui est une première mondiale. On peut donc peut-être espérer sauver l’espèce ? Quant à en repeupler nos forêts françaises, faudra d’abord en dépeupler les chasseurs…

(1): l'assassinat préfectoral a eu lieu mardi 5 avril dès l'aube, avec de gros moyens (y compris un hélicoptère). Pour une fois qu'on pouvait observer des vraies vaches en liberté sur une ile inhabitée...C'est vrai que c'est plus facile de tirer une vache dans un pré que les cerfs de la forêt de Brotonne, c'était sans doute un bon entrainement pour les tueurs de l'ONC.


CYBER’S CHRONIQUES (14) 20 AVRIL 2005

Je vous la ferai assez sèche pour cette fois, quasi tout en chiffres , par ordre croissant car je n’ai pas noté la chronologie de ces nouvelles (mauvaises, comme d’hab’) :
797 baleines vont être incessamment tuées en Norvège, où la pêche a repris, selon ces quotas.
Chez les voisins de Norvège, on abat trop de pins, ce qui perturbe les populations de rennes
3700 labos, dispersés dans 18 pays de tous les continents, ont reçu, en octobre 2004 le virus de la grippe asiatique. C’était une erreur. Mais pourquoi ne fut-elle découverte qu’en avril 2005 ? On nous rassure, en disant que tous ces virus ont été détruits. Va pour les virus que la poste a livrés. Mais pour ceux qui, destinés, entre autres, au Liban et au Mexique, se sont perdus en route ? Où sont-ils à présents, frétillants de contaminer les populations ?
6000 vaches, chèvres et moutons sont morts en deux semaines, en Afghanistan, d’une maladie infectieuse non identifiée.
Des milliers de tortues de Floride (celles dont tout le monde voudrait se débarrasser. Un visiteur en a même jeté une dans la mare du CHENE, honte à lui) ont colonisé les rivières et les zones humides de Slovaquie, dont elles menacent évidemment l’équilibre écologique
100 000 ballons lâchés au ciel, pour demander la libération de Florence Aubenas et son guide irakien. J’aimais mieux la musique des 1000 fanfares, car 100 000 ballons bientôt crevés, ça fera 100 000 sacs plastique, qui s’en iront polluer les campagnes, les rivières, les mers. A moins, évidemment, que le pape récemment monté au Ciel, ne suscite le miracle de les escamoter. Mais je ne suis qu’un chat, parfaitement athée : je doute…
Des millions de criquets pèlerins sont apparus au Sahel, y dévorant toute végétation.
Pour compenser tout ce mitraillage de catastrophes, je n’ai trouvé aucune bonne nouvelle. J’en suis bien marri. Queue basse, poil terne, œil glauque, ronron éteint, appétit disparu, moustache en berne, je vous salue tout de même, chers internautes.
CYBER’ S CHRONIQUES (15) 2 mai 2005
Ah, le joli 1er mai ! Elle est rentré chargée de muguet, de lilas, j’en ai pris plein les narines. D’autant qu’elle sentait aussi « écran total » car elle s’était démaillotée de ses tenues hivernales pour se dorer un peu le cuir, autour d’ un bout de tissu baptisé maillot de bain, dans le jardin d’amis. Moi j’avais surtout siesté, regrettant de ne pouvoir me déloquer comme elle dès les premières chaleurs. Sieste peuplée de cauchemars, une nouvelle fois. Je me demande si au lieu de recenser la presse pour vous préparer mes chroniques, je ne ferais pas mieux de me consacrer à ses albums du Père Castor… J’ai déjà lu 15 fois « Le bal des chats », mais il reste beaucoup d’autres titres à découvrir : elle a tout gardé de sa bibliothèque enfantine. Son bonheur était de lire au lit, avec un chat sur l’édredon. Elle n’a pas changé (même gardé l’édredon ) et je connais mes prédécesseurs, car notre salon de lecture est aussi peuplée de leurs photos. De gauche à droite, par ordre chronologique : Minet, Olivier, Rika, Réglisse, Chicorée, Virgile, Marino, Meringue. Je suis donc le 9°. Mais le seul à figurer sur Internet…
Donc, revenons-en à mes cauchemars : j’étais couvert de chenilles, qui me démangeaient la couenne plus qu’un milliard de puces, tandis qu’une musique de sourds me trouait les tympans, et qu’un pétard d’herbe me frisait la moustache. Je me suis réveillé, avec le palpitant complètement emballé. Comment est-ce que je peux rêver des horreurs pareilles, dans un appartement où, si on décompte la coccinelle que je n’ai absolument pas le droit de croquer, je suis la seule bestiole ? Un appartement où on n’écoute guère que France-Musique ?
Je suis allée en cuisine me désaltérer à mon bol d’eau, et j’ai tenté de me rendormir. Impossible. J’ai alors pensé à m’inviter chez les voisins (mon parrain et ma marraine, chez lesquels il m’arrive d’être chat à temps partiel), où je me divertis en déchirant régulièrement le rideau de la cuisine (on n’a pas idée d’ajouter cet écran à la vitre qui me sépare déjà des piafs ayant leur cantine sur le rebord de la fenêtre), mais eux aussi devaient être partis au muguet : mes miaulements sont restés sans réponse. Alors, me rappelant que c’était la fête du travail, j’ai travaillé pour vous, chers internautes. Je vous informe donc, en vrac :
- Les habitants de Californie pleurent leurs abeilles, victimes d’un acarien asiatique, débarqué sans visa. Sans doute dans les tonnes de textile importé ? Question : est-ce que d’avoir retrouvé un pivert qu’on pensait disparu va les consoler ? Et comment empêcher ce revenant de consommer les abeilles contaminées ? Rien n’est simple.
- Les anguilles sont également en voie de disparition, dans toutes les mers et voies d’eau du monde, victimes de la pêche, de la pollution, des barrages, de maladies.
- A propos de pêche (industrielle ) : 1% de la flotte mondiale capture 50% du poisson. D’où ma décision de bouder mes pâtées au saumon, cabillaud, thon. D’ailleurs je suis en passe d’être un chat végétarien, car, histoire de me détourner de grignoter les plantes, j’ai droit à de la batavia, de la feuille de chêne (forcément), semée de levure de bière (bonne pour la santé de ma fourrure, teneur en alcool zéro, je peux foncer dans le couloir sans me taper les murs).
- Côté fourrure justement, 320 000 phoques en ont été dépouillés au Canada. Et pas dans la douceur, c’est une litote.
- En Pologne, des chasseurs venus de toute l’Europe canardent les oiseaux migrateurs, espèces « protégées », qui font halte dans le parc national de Warta. C’est ça, la construction de l’Europe ? Falloir que j’ai une discussion sérieuse avec Nitro avant le 29 mai
- Dans un parc plus à l’est (Bangkok), des combats d’orangs-outans sont organisés. Filière d’engagement des malheureux boxeurs : les braconniers, qui en capturent plus de 1000, chaque année, en Indonésie. Million dollars baby, le gars Clint devrait un peu s’intéresser à ce trafic…
- En Australie, les chameaux sauvages, introduits pour traverser le désert avant l’existence du train, n’auront pas droit à une retraite pourtant méritée : eux aussi vont se faire décimer. Et comme, en plus d’être devenus inutiles, ils sont également devenus trop nombreux (et l’espèce humaine, alors, elle n’a pas plus copulé que les chameaux, peut-être ?), sur un territoire trop étendu pour les chasses de l’aube, à la Pagnol, avec pétoire de musée, ils seront mitraillés depuis le ciel, grâce à des charges d’hélicoptères . Comment ça s’appelait, déjà, ce film guerrier à succès, avec musique wagnérienne ? Toute ma reconnaissance à l’internaute qui m’en rappellera le titre, je peux pas être incollable partout…

Bref, refrain connu : ça va de mal en pis. Je vous renvoie au mensuel Terre sauvage, qui dresse un bilan désastreux et lance un appel pour sauver la nature. 500 personnalités ont déjà signés. 501 avec moi. Suffit de cliquer www.terre-sauvage.com pour ajouter votre griffe à la mienne.

CYBER’S CHRONIQUES (16) 10 MAI 2005

Sale temps pour les vaches : en Inde elles cessent d’être sacrées, se font renvoyer manu militari à leurs étables ou pâturages (dont on n’est pas certain qu’ils existent) et en Californie on va bientôt leur interdire de … péter, car leur gaz polluerait l’air de la vallée San Joaquin. Les experts ne sont pas d’accord sur les chiffres : 3 kg. par vache et par an ? 6 kg ? 20 kg ? De toute façon, comme elles sont deux millions, ça fait beaucoup. On pourrait peut-être transformer ça en énergie ? Les hommes sont parfois si inventifs. Est-ce que ça ne serait pas joli, par exemple, des montgolfières survolant la dite vallée, gonflées au gaz de vache ? Rien de tel pour développer le tourisme. Je dis n’importe quoi ? Bin oui : c’est pour faire pendant aux idioties humaines. Car chacun sait que la pollution qui asphyxie notre planète a surtout – pour ne pas dire seulement – une origine humaine. Ils ont certes appris à se retenir de péter en compagnie, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont enseigné la même chose à leurs bagnoles et leurs industries…
Sale temps pour les cicadelles pisseuses (et mes excuses pour décidément donner dans la rubrique boyaux divers) : on a trouvé la parade en lâchant sur elle des micro-guêpes qui parasitent leurs oeufs. Ne versez pas de larmes : la cicadelle pisseuse, de son nom savant Homalodisca coagulata passe son temps à picoler (la sève des feuilles sur les arbres), absorbant de 100 a 1000 fois son poids, et rejetant la même proportion sur les touristes de Polynésie. Qui l’emportera, des deux armées en présence ? Combat palpitant à suivre, ça vaut la guerre des étoiles…
A propos de ciné : avis aux p’tites mignonnes qui craquèrent pour Léonardo di Caprio se noyant dans « Titanic ». Il en a gardé le goût de l’eau car il vient de produire un court métrage militant « Water Planet », diffusé sur le Net et projeté dans les écoles américaines. Il a également signé une pétition adressée à Bush, exigeant que les Etats-Unis se rallient au traité de l’ONU sur la protection de l’eau.
Sale temps pour les fleurs sauvages de Grande-Bretagne : 345 espèces communes vont disparaître pour cause d’agriculture intensive (qui consomme allègrement désherbants et engrais). Monet, retourne-toi dans ta tombe, finis les champs de blé incendiés du rouge des coquelicots…
Sale temps pour les zoziaux de Malte : les chasseurs tirent sur tout ce qui bouge, sans tenir compte des directives de Bruxelles sur les espèces protégées. C’est-i comme ça qu’on fait l’Europe ?
Beau temps pour les tortues vertes de la mer d’Arabie : 35000 ont été sauvées grâce à un centre de secours créé pour elles. On pourrait peut-être faire un jumelage avec le C.H.E.N.E ?
Que – parenthèse – ma copine Nitro y est en ce moment, au C.H.E.N.E, pour la dernière réunion d’organisation du 25° anniversaire de sa création. Je vous en toucherai deux mots dans ma prochaine chronique.
Pour aujourd’hui, vous avez constaté, je donnais dans la météo, et c’était nettement pluvieux sur la faune et la flore. Ave Caesar, morituri te salutant

CYBER’S CHRONIQUES (17) 18 MAI 2005

J’attendais Nitro guillerette à son retour (vers minuit comme d’hab’) de la dernière réunion au C.H.E.N.E. : il s’agissait d’organiser le 25° anniversaire de notre chère association (à propos : tous à jour de vos cotisations ? Si vous souhaitez faire la fête les 25 et 26 juin, faudrait y penser). Las ! Elle était comme endeuillée par un récit de notre président, que je vous rapporte :
Il se baguenaudait (heureux retraité ! Nitro doit encore cruellement me quitter chaque jour pour aller gagner de quoi acheter mes boîtes, mes croquettes, mes salades et ma levure de bière, sans oublier de quoi garnir mon bac-à-petits-besoins) dans la campagne quand il repéra, sur une cheminée, un nid de cigognes ! Un nid dont l’occupante couvait. Certes, ce n’était pas le premier nid de cigognes puisque, grâce à des pylônes installés spécialement pour ces migratrices dans le Marais Vernier, quelques couples reviennent en Normandie chaque année. Mais c’était le premier nid construit spontanément, selon la tradition animalière, sans intervention humaine. De quoi déboucher le champagne en avance sur la date du 25° anniversaire !

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car d’intervention humaine il y eut finalement, pour expulser les messagères du bonheur : quand Alain repassa, quelques jours plus tard, le nid avait disparu. Qui a commis ce geste sacrilège ? Les habitants de la maison peut-être, trouvant que le nid salissait leur toit, condamnait l’usage de leur cheminée ? Les habitants ignorants, en tous les cas, car les cigognes font partie des espèces protégées, et une plainte va être déposée contre eux.
Quant à moi, dont aucune plainte ne serait recevable au tribunal des hommes malgré mes fonctions de chroniqueur chênesque, je vais écrire au Père-Noël, cet ami des rennes et des enfants, pour lui donner une adresse où ne plus arrêter son traîneau au prochain Noël…

Et bien sûr, je vous tiendrai au courant des suites de cette affaire lamentable.


CYBER’S CHRONIQUES (18) 30 MAI 2005

Surprise party (j’écris en V.O.) chez les huîtres : grâce à leur buffet d’algues toxiques, elles auront la joie de ne plus finir, VIVANTES, dans les estomacs humains. Vous êtes-vous jamais, en imagination, mis à la place de ces pauvres petites, qui s’étaient toujours crues à l’abri des prédateurs dès lors qu’elles fermaient leur clapet ? Leur tranquillité a probablement duré des millions d’années, jusqu’à ce qu’arrive un bipède assez affamé pour s’attaquer, d’un silex tranchant, à tout ce qui portait coquille…
Le bipède en question, ayant, depuis, inventé le couteau suisse, le vinaigre à l’échalote, la fourchette (à trois puis quatre dents) et bien mis la planète à sac (solide et liquide) commence à avoir des scrupules. Au point même de réformer le code civil de 1804 où les animaux domestiques étaient des « bien meubles ». Deux siècles plus tard, je deviens un « bien sensible ». Pour les Marennes d’Oléron et les escargots de Bourgogne va falloir sûrement attendre un millénaire de plus. Quoique, dans un millénaire, notre Terre et toutes ses merveilles ne sera plus qu’un souvenir… Pas même un souvenir, qu’est-ce que je raconte ? Il n’y aura plus aucun être pensant, pour égrener la litanie proustienne reprise par Perec : « Je me souviens… »
Je me souviens des poissons et du plancton de nos côtes, émigrant plus au nord pour tenter d’échapper au réchauffement de la planète…
Je me souviens de la Rosalie des Alpes, de la tortue d’Hermann, du grand hamster d’Alsace, de l’azuré des Mouillères, exemples de faune menacée de disparition, en France, et qu’escortent, dans ce cortège funèbre, pas moins de … 486 plantes, à l’heure où je tape de mes pattes en étoiles sur le clavier…
Je me souviens des talus cauchois où poussaient herbes et fleurs en liberté, refuge et provende des insectes, des musaraignes, de nos chers hérissons finissant en galettes sur l’asphalte alors qu’ils espéraient échapper aux palles des faucheuses et débroussailleuses…
Je me souviens de la compagnie des lombrics, embauchés dans une station d’épuration de l’Hérault (sur une idée… chilienne)…
Je me souviens de la mer d’Aral et de la forêt amazonienne, détruites en moins d’un siècle…
Je me souviens du lac de Bolotniko, disparu … en une seule nuit de mai 2005, et autour duquel les pêcheurs, ne découvrant plus qu’un cratère boueux, où les arbres, engloutis, semblaient s’être suicidés, décidèrent d’arrêter la consommation de vodka, frelatée ou non…
Je me souviens de l’Australie, entreprenant de stériliser ses koalas, qui, après avoir été menacés d’extinction, s’appliquèrent – c’est logique - à forniquer d’abondance…
Je me souviens d’une des dernières joies d’un bipède aventureux, découvrant, sur un haut plateau du sud de la Tanzanie, une nouvelle espèce de singe, proche du Mangabey, avec une taille de Babouin…
Qui se souviendra, d’un chat internaute assurant la chronique d’une association ayant, en 25 ans d’existence, reçu, soigné, relâché (ou pleuré leur mort quand les soins furent inutiles) … 18000 animaux dits « sauvages » (pas concernés par la réforme du code civil) ?
Le chat (pas plus domestique que meuble) vous salue bien, espérant que la fin du monde n’arrivera tout de même pas avant que soit fêté ce 25° anniversaire, dans quelques semaines…


CYBER’S CHRONIQUES (19) 9 juin 2005

Les cigognes installées sur la cheminée d’une maison normande (voir ma 17° chronique) ne devaient pas avoir leur C.A.P. construction de nids, car le leur serait tombé . J’emploie le conditionnel parce que nous restons dubitatifs…
Par bonheur six autres couples avaient ce C.A.P. car leurs nids ont tenu bon sur les poutrelles d’une usine (où elles sont considérées comme des mascottes) et elles ont donné naissance à 17 petits. Panique chez les grenouilles du voisinage, dont la population va baisser…
J’ai commencé par les bonnes nouvelles, je continue, en vrac :
- création d’un parti écologiste en Russie. Il était temps…
- le couagga (dont le dernier représentant est mort le 12 août 1883 au zoo d’Amsterdam) va ressusciter ! Non pas d’un coup de baguette magique, mais suite à des croisements divers de zèbres, dont il n’était finalement qu’une sous-espèce (confirmation par ADN découvert dans un tapis mal tanné). Y’a des jours où j’ai la migraine en essayant de suivre les explications scientifiques pour vous les résumer…
- la ville de Tours a distribué 10 000 sacs en tissu, réutilisables, pour lutter contre la prolifération des sacs plastiques. Je lui décerne un Cyber d’argent. Pendant ce temps-là, d’autres continuent à envoyer des ballons au Ciel, ou des bouteilles à la mer, autrement dit : à polluer. Est-ce qu’on ne pourrait pas concilier les « bonnes actions » et le respect de la nature ?
-à propos de mers ( j’en viens hélas aux mauvaise nouvelles) : une centaine de baleines se sont échouées en Australie. Malgré les bonnes volontés humaines pour les remettre à l’eau (et c’est plus difficile que porter un matou d’un lit à un fauteuil), la plupart sont mortes. Quant au Japon la viande de baleine figure de nouveau au menu de ses cantines, selon une tradition bien ancrée. Tradition, que de crimes commet-on en ton nom…
- restons aquatiques : la qualité de l’eau française est de plus en plus médiocre. Nitro, pense à me mettre de l’eau minérale dans mon bol, car je me défie à présent de ce qui coule du robinet.
- revenons-en à la forêt amazonienne, qui m’est si chère (même que Nitro a tenté une jungle miniature dans notre appartement pour me faire plaisir) : 26 000 km carrés détruits entre 2003 et 2004, soit une hausse de 6% par rapport à 2002. Quand je vous dis que la machine s’emballe, que la fin de la planète est proche…
- côté pourcentage toujours (j’aime les chiffres, si « parlants ») 30% de rhinocéros népalais en moins depuis l’an 2000, pour cause de … guerre : les militaires qui protégeaient leur parc naturel ont été « redéployés » (vous noterez que je connais le vocabulaire en usage) pour lutter contre la guérilla maoïste.
- Dix tonnes de déchets sur l’Everest…
Je vous en remets une couche ou ça vous suffit pour aujourd’hui ? J’espère que ça vous suffit, parce que j’en ai vraiment ras mon bol d’eau minérale des catastrophes. Allez Nitro, en partant bosser tu peux emporter toute la presse que je viens de dépouiller pour vous. Et tu mets ça dans le bac à recyclage, on est bien d’accord ? Bonne journée, ma chérie, moi je vais siester en attendant ton retour.


CYBER’CHRONIQUES (20) 15 juin 2005

Et un Cyber d’or au jeune Antoine de Fouchecour, de l’école St Exupéry de Marly le Roi, qui a si bien défendu, devant le parlement des enfants, sa loi destinée à lutter contre la pollution des sacs plastique, en rendant obligatoire l’utilisation de sacs uniquement bio-dégradables. En le regardant et l’écoutant à la Télé, ma Nitro en avait la larme à l’œil d’émotion. Et de conclure, pour une fois optimiste : notre combat écologique n’est peut-être pas perdu si les enfants s’ y mettent (les enfants, elle s’y connaît, ma Nitro, même si elle n’a élevé que des chats : elle assure des ateliers d’écriture, avec des écoles primaires , et quand elle en revient elle est toujours aussi euphorique que si elle avait bu du champagne).

En ajoutant l’arrêt des battues au loup dans l’Isère, c’était vraiment une belle fin de semaine.

Notre si beau moral n’a pourtant pas duré, car si dimanche c’était la journée de l’hirondelle (mauvais signe une journée consacrée à une espèce : c’est qu’elle est menacée), ce fut aussi, à Belleville-en-Caux, le triomphe des porteurs de fusils, qui inauguraient leur Maison de la Chasse, laquelle a été partiellement subventionnée par nos conseils général et régional (carton rouge !). Bien que n’ayant jamais été pris pour cible, j’en grognais dans mes moustaches. Nitro a tenté de me rendre ma belle humeur en pratiquant la dérision (« Un chasseur ça sait user d’un bulletin de vote, alors qu’un renard n’a aucun droit civique »), mais je suis resté maussade.

Je dois préciser que, pour une fois futile, j’avais voulu m’informer de la mode féminine (Nitro a commencé un régime samedi, en évitant un arrêt-pâtisserie) : après le Retour de la fourrure en saison hivernale, c’est le Retour du Corail pour les bijoux de l’été. Je croyais pourtant que le corail était légalement protégé ? Mais quand est-ce que cette fichue engeance humaine va cesser de nous zigouiller pour nos peaux, et de piller les merveilles de la Nature ? Faut-il qu’ils soient moches pour tellement nous emprunter nos parures …

Mais les secours arrivent, ô mes frères et mes sœurs en détresse : des chenilles ont envahi la Franche-Comté, spécialisée en chasse au Dahut ; elles menacent les forêts, les récoltes, les hommes vont bientôt manquer d’ombre sous la canicule du réchauffement planétaire, ils vont crever de faim sur les seuils des boulangeries vides, l’apocalypse est pour bientôt dans les chaumières, sonnez hautbois, résonnez musettes : la Terre nous sera rendue, à nous la faune et la flore. Alors les chenilles velues, qui venaient d’une autre galaxie, ayant dévoré aimable verdurette et moissons dorées, s’attaquèrent aux hommes, de tous leurs poils urticants. Et les hommes, pour échapper aux démangeaisons, se jetaient dans les rivières, où les écrevisses américaines les dévoraient. Les survivants couraient vers les rivages, espérant les mers plus clémentes, mais les baleines avaient mémoires d’éléphants, et les envoyaient par le fond, là où avait jadis fleuri le corail. Et… comment Nitro ? Je délire ? Je perds de vue mon boulot de chroniqueur ? Ah, que veux-tu, je rêve parfois d’écrire de la science-fiction, ce serait moins cafardeux que mes revues de presse…


CYBER’S CHRONIQUES (21) 21 juin 2005

Cyber de platine à la Vendéenne qui n’a pas hésité, malgré la canicule, à venir samedi jusqu’au CHENE, pour nous apporter un renardeau. Cliquer sur l’actualité pour plus de détails. Une photo de l’orphelin y figurera prochainement.
Moi, j’étais décidé à rester tranquille chez moi, volets et rideaux clos pour m’assurer un peu de fraîcheur. Nitro avait laissé des glaçons autour de mon bol d’eau. Elle aussi roula sur le goudron fondant des routes, et même, randonnant pour la première fois de sa vie entre les châteaux de Granchain et Beaumesnil, elle rentra les bras et épaules cuites, les pieds semés d’ampoules, et le genou raide. Mes glaçons ayant depuis longtemps fondu, elle se résigna à un bain quasi tiède. Puis elle sortit d’un placard un objet que je n’avais encore jamais vu : une machine à faire du vent tournant. Quelle belle invention (dont je me suis d’abord méfié, rasant le sol pour contourner ce courant d’air magique) ! Il faudrait en mettre plein la banquise, pour l’empêcher de fondre. Et alors les pingouins croiraient que des extra-terrestres seraient venus les sauver. Et les ours blancs…
Bon d’accord : je renonce à ma vocation nouvelle de sciento-fictionnel, je retourne aux sombres réalités, vous l’aurez voulu :
- Le Japon a souhaité doubler ses assassinats de baleines. Souhait refusé par la majorité des autres pays, certes, mais allez donc vérifier ce qui se passe sur la mer immense. A moins d’être dans des vaisseaux extra-terrestres…
- Un convoi a déraillé à l’ouest de Moscou mercredi. Personne n’a su dire s’ il contenait 60 ou 300 tonnes de mazout, mais ce qu’il y a de sûr, c’est que ce liquide gluant s’est déversé dans les cours d’eau de la région, lesquels alimentent les réservoirs d’eau potable destinés à Moscou. Et alors Poutine boirait de ce nouveau cocktail, et il aurait illico la peau dioxinée du président ukrainien, il ferait arrêter tous les extra-terrestres. Mais le parti écologiste (nouvellement créé, voir une de mes précédentes chroniques) , qui, aussi bien informé que moi, n’aurait bu que de l’eau minérale, prendrait le pouvoir. Et il nommerait Jean-Pierre Jacques (le fondateur du CHENE) premier ministre, histoire de l’occuper pendant sa retraite. Et Jean-Pierre me désignerait pour être le porte-parole de la Douma, et…
- Sondage (j’en viens aux bonnes nouvelles) : les Français, moins idiots qu’on veut parfois le faire croire, se plaignent de ce que les médias ne consacrent pas plus de temps aux informations concernant l’environnement : 62% souhaitent être informés sur la pollution de l’eau (on peut dire : j’suis à l’avant-garde, moi, en vous jasant eau mazoutée moscovite), 58% sur la pollution de l’air (et j’suis dans l’air du temps, avec ma machine à souffler la poussière de l’appartement), 49% sur le recyclage des déchets et leur réduction à sa source (où qu’c’est ça la Source des Déchets ? Sur une planète morte ?). Comme quoi mon jeune ami au Cyber d’or (voir vingtième chronique) a de l’avenir ; 48% veulent tout savoir sur le réchauffement climatique (qui, selon Nitro, a commencé ce week-end. Je crois qu’elle a pris un coup sur la carafe, malgré le joli petit bitos vénitien dont elle s’était coiffée pour sa randonnée).
C’est tout pour aujourd’hui. A la semaine prochaine, chers internautes extra-galactiques…


CYBER’ S CHRONIQUES : n°22 (02 Octobre 2005)

Que je ne sais plus le n° de cette chronique tellement y’a longtemps que je m’y suis pas illustré. Mon fan’s club ne manque pas de râler d’ailleurs, mais j’ai des circonstances atténuantes, que je m’en vais vous présenter illico :

1°) Nitro a été un temps handicapée d’un genou, et j’ai dû l’assister dans ses diverses tâches ménagères, me transformant en chiffon à poussière sous les meubles (dessus elle voulait pas, craignant que je ne casse quelque bibelot ou que je me casse moi-même en ratant une corniche ; c’était très vexant de sa part, mais j’ai pas moufté, ayant pitié d’une pauv’ boîteuse). Comme elle passait beaucoup de temps allongée, nous lisions de concert. Mais pas les journaux car il aurait fallu descendre (4 étages sans ascenseur) pour les acheter, d’où, pour moi, pénurie d’articles servant habituellement à ma revue de presse.

2°) A peine requinquée elle s’en est allée vagabonder avec ses potes dans le Bordelais. Du coup, j’étais en vacances (méritées) de l’autre côté du palier, chez mes parrain-marraine, qui regardent la télé beaucoup plus qu’elle, ce qui m’a totalement déprimé. Entre les incendies dans le sud de l’Europe, les inondations à l’est, et l’ouragan en Louisiane, je ne savais plus où donner de l’émotion. Je ressentais un brin de colère aussi, car si les journalistes citaient beaucoup de chiffres (le nombre d’hectares brûlés, la quantité d’eau tombée et la non moindre grande montée, le coût des dégâts, les sommes prévisionnelles de la reconstruction etc.) il ne fut guère question de nous, petits êtres sensibles à quatre pattes ou deux ailes. Combien pourtant ont été brûlés, noyés, abandonnés aux dangers divers ? Et beaucoup trop loin pour que le CHENE puisse intervenir.

Du coup, les vacances terminées, j’ai eu du mal à me remettre à la rédaction de ces chroniques, me demandant : est-il bien utile que je me démoralise pour démoraliser ensuite mes chers internautes ? J’étais dans ma phase cyclique : la Planète est fichue, rien ne sert à rien, je vais prendre ma retraite de chroniqueur et ne plus me soucier que de voir ma gamelle remplie 5 fois par jour, mes coussins en place pour toutes mes siestes ; et je ne lirai plus que les romans de Lilian Jackson Braun, où le héros me ressemble tellement puisque c’est un chat futé qui débrouille toutes les embrouilles.

Là-dessus Nitro m’a encore demandé la permission de s’absenter 24h, pour une cause majeure. J’ai accordé sans poser de questions, suis retourné en face – où j’ai autant de gamelles et de coussins – J’étais donc à digérer mon 4° repas, ce dimanche 25 septembre, l’attention mollissant aux résultats sportifs du week-end sur France 3 (parrain m’en avait déjà mis plein les oreilles tout l’après-midi avec la formule 1), quand j’ai entendu la voix de Nitro. Dans le poste ! A peine avais-je eu le temps de me supposer des troubles de la digestion, que je l’ai vue, ma Nitro, plein cadre dans l’écran, le cheveu venté sur la plage du Hourdel où nos braves soigneurs du CHENE venaient de relâcher quatre phoques. Elle semblait très émue, comme cette foule immense rassemblée pour l’occasion. Parrain et marraine, aussi stupéfaits que moi, me questionnaient : « T’as vu Cyber, qui c’est qui cause dans le poste ? » Sûr que j’avais vu, plutôt deux fois qu’une, j’ai mis la patte sur l’écran en guise de réponse. Et j’ai fait le guilleret jusqu’au retour de la nouvelle vedette. Mais, dans mon for intérieur, j’avais bien honte. Comment, que je me houspillais, Nitro se mouille pour les veaux marins (après avoir failli se faire piétiner par des vaches terrestres), et toi, mon fainéant, mon égoïste, tu penses qu’à laisser tomber les braves petits gars du CHENE, les sensibles nounous à phoques ? Tu vas t’y remettre, à tes chroniques, mon salopiau ?

Me v’là ! J’’suis pardonné ? Pour les calamités de cet automne débutant, vous avez le choix :
- la grippe aviaire dont les journalistes nous menacent qu’elle devienne planétaire à cause des oiseaux migrateurs (mais imagine-t-on les journalistes donner des nouvelles rassurantes ?)
- le sérial killer qui sévit dans les pâturages suisses
- le loup dégommé chez nous avec l’appui du ministre de l’écologie
- les 340 chiens en surpopulation dans un grenier
- les peaux de chien, de loup et fourrures de lynx saisis chez des fourreurs parisiens (approvisionnés en Chine), au mépris de la convention de Washington sur le commerce international des espèces sauvages. Quoique, concernant les peaux de chien, la convention est muette vu que ces bêtes-là sont dites domestiques (ce qui n’est pas faux : ils sont beaucoup plus serviles que les chats). Muette également sur les chats, pour la même raison. Vide juridique, ça s’appelle. Vide juridique, vide juridique, est-ce que j’ai une gueule de vide juridique ?

Je terminerai par deux bonnes nouvelles, histoire de vous éviter des cauchemars la nuit prochaine :
- les manchots peuvent se la couler douce dans les îles Malouines, grâce à la guerre qui eut lieu là-bas en 1982 : les champs de mines abondent toujours, empêchant les touristes d’approcher. Et comme même un manchot obèse (si cela existe) est plus léger qu’une sylphide en bikini, l’espèce peut gambader sans risque de … sauter.
- la grippe du porc asiatique, dont les hommes craignaient qu’elle puisse leur être communiquée, a trouvé à qui parler. En effet mademoiselle Vanessa Guillaume vient de passer brillamment sa thèse de biologie intitulée : « Etudes immunothérapeutiques et caractérisation de la structure et de la fonction d’attachement d’un paramyxovirus émergent : le virus NIPAH ». Or mademoiselle Guillaume est, je me rengorge, ma petite-cousine. Enfin : la petite-cousine de Nitro, c’est pareil. La planète sera sauvée par les femmes et les chats, c’est bien connu…


CYBER’S CHRONIQUES (23) 10 OCTOBRE 2005

Non mais franchement je vous jure : je ne suis pas aidé. Pendant que je passais fébrilement de la presse écrite aux journaux télévisés, entre lesquels semblait avoir lieu une compétition pour le titre de champion de la pire nouvelle, Nitro s’était plongée dans la vie et l’œuvre d’Ausone, poète latin du 4° siècle. Je ne pus m’empêcher de lui demander si elle comptait sauver le monde avec d’aussi vieilles lunes. Fermant brutalement ses bouquins poussiéreux, elle crut me moucher en décrétant que, premièrement, elle ne songeait plus à sauver le monde car le monde lui semblait fichu, que, deuxièmement, j’allais encore perdre du poil partout si je me hérissais tellement en apprenant toutes ces catastrophes, que, troisièmement, citant Sévigné, il n’était de chagrin qu’un bon livre n’ait dissipé, que, quatrièmement, si son occupation me déplaisait elle pouvait laisser tomber pour aller au cinoche, ce qui ferait que je n’aurais plus personne pour écouter mes lamentations. Quelle tirade ! J’en avais le sifflet coupé. Là-dessus, ayant repris sa respiration, elle ajouta : à propos de lune, as-tu noté comme notre cher Bush y songe à nouveau ? Sentant le sujet propre à nous réconcilier, je lui répondis finement, prouvant que j’avais bien saisi l’ allusion : certes, levant les yeux au ciel comme un doux romantique, le forcené cow-boy ne voit plus les digues rompues de Louisiane, pour lesquelles l’argent consacré à la reconquête lunaire serait pourtant utile. Et j’ajoutais, avec mon esprit de synthèse bien connu, une petit addition sur l’ardoise normalement réservée à la liste des commissions : 6 +140 = 6. Je pensais qu’elle chercherait un moment quels mots employer pour me dire, sans me vexer, que j’étais nul en mathématiques (au contraire du grand-père d’Ausone paraît-il), mais elle avait compris, développant joyeusement mon équation : 6 ans de travail+140 millions d’euros = 6 minutes d’existence, ou : comment, voulant vérifier, sur trois années, la fonte de la calotte glacière, l’ex-ennemi héréditaire de Bush avait laissé le thermomètre tomber dans l’eau. Match nul.

Et pendant ce temps, la calotte continue à fondre, l’Amazonie est au plus bas, suite à la déforestation persistante, les ouragans se déchaînent sur les océans, la terre donne des coups de boutoir souterrains qui font exploser sa croûte, sur laquelle les hommes ne semblent plus que les habitants d’une fourmilière recevant un magistral coup de pied divin. Divin, dis-tu, me reprit-elle, depuis quand un chat croit-il en Dieu ? Je précisais que ce n’était que manière de parler, histoire de me mettre à son humaine portée. Elle me rassura que, d’enfant très pieuse, elle était devenue une adulte parfaitement athée. Un moment de silence s’établit entre nous, non que je doutasse du cheminement de ses convictions, mais je venais d’être frappé par la magnifique photo ornant le supplément dominical du Monde : une main tenant une pomme. Une belle pomme rouge dans une main sombre, un peu trop velue pour appartenir à Eve (oui : j’ai également lu la Bible. Elle en possède un exemplaire, trouvé dans le grenier de son enfance). Adam, alors ? Ces premières suppositions n’étaient guère qu’un réflexe culturel, car à y regarder de plus près la main était visiblement celle d’un singe, présenté en son entier à l’intérieur du numéro. Et on en revenait aux Américains, dont un nombre croissant remettaient Darwin en cause. Déprimante lecture, j’avoue. Mais dans l’Express ce n’était pas plus gai : j’avais le choix entre « Pollution : le poison français (solvants, pesticides, hydrocarbures) » et « Pollution marine (les navires voyous) » ; ni dans le Courrier international : « Alimentation : les stocks de poissons menacés » ou Le Nouvel Observateur : « Le péché des pêcheurs (filets maillants) » .
En vrac, ailleurs :
- Bornéo et Sumatra : 90% de l’habitat des orangs-outans détruit pour planter des palmiers à huile. Mortalité annuelle : 5000.
- Turquie et Roumanie : la grippe aviaire progresse vers l’ouest.
- La Réunion : malgré l’interdiction d’utiliser des chiens comme appâts dans la chasse au requin, certaines infractions sont constatées.
Et pourtant, l’orang-outan est le cousin de l’Homme, comme le chien est son meilleur ami. Même moi, qui ne suis pas censé apprécier ce dernier braillard, je ne peux m’empêcher d’être ému quand je vois ces braves bêtes fouiller les avalanches ou les décombres pour retrouver des survivants.

Une seule bonne nouvelle finalement : à la Nouvelle Orléans, on décide de s’occuper enfin des animaux abandonnés lors des évacuations (forcées pour ceux qui, justement, avaient refusé de partir sans leurs chats, chiens et autres hamsters - Dis, Nitro, tu m’aurais pas laissé ? Plutôt mourir avec toi, mon Cyber ; lors d’une alerte au gaz dans mon immeuble, il y a une vingtaine d’années, je n’avais songé qu’à prendre mes deux chats au moment de fuir).

Post-scriptum à la bonne nouvelle : on recherche activement des dauphins, libérés de leurs enclos militaires par Katrina ; 36 exactement, tous équipés de pistolets à fléchettes toxiques destinées à tuer d’éventuels terroristes s’attaquant à des bâtiments de combat. Le problème est que les dauphins, batifolant à présent dans le golfe du Mexique, ignorent qu’ils ne sont plus à l’entraînement et peuvent confondre d’innocents plongeurs ou surfeurs avec les mannequins-cibles sur lesquels ils étaient habitués à tirer. Finalement, Nitro, t’as raison de préférer la fiction aux journaux télévisés et à la presse d’information, car la première est toujours prémonitoire des seconds : c’est dès 1967 que Robert Merle avait évoqué cet usage maléfique de l’intelligence des dauphins, dans son roman « Un animal doué de raison ». Reprends donc une couche d’Ozone, euh pardon …d’Ausone.


CYBER’S CHRONIQUES (24°) 24 octobre 2005

D’accord, j’suis bénévole au CHENE, ne comptant ni mon temps ni l’argent de Nitro pour tous ces journaux et magazines me permettant d’assurer les revues de presse impatiemment attendues par mon fan’s club, mais, histoire de fêter le 100 000° visiteur de notre site (oui : vous êtes aussi nombreux, actuellement 160 par jour), il serait urgent que le Conseil d’Administration me vote un modeste crédit pattucure, car mes si jolies griffes sont quasi usées de déchirer tous les plastiques entourant nos abonnements. Et Nitro râle d’être ainsi envahie de déchets non bio-dégradables. Bref : faudrait pas supprimer que les sacs des supermarchés, il serait également nécessaire que la presse se montre un plus soucieuse de l’environnement (d’autant qu’elle n’est la dernière à donner des leçons). La palme revient au Guardian (mais oui : je lis plusieurs langues), qui, à l’intérieur du plastique (pour le quotidien) met un autre plastique (pour les suppléments week-end). El Pais, qui s’était obstiné longtemps à la vieille bande papier (avec de la colle probablement préhistorique car on ne pouvait arracher la bande qu’en déchirant aussi la première page du journal) s’est finalement mis à ce fichu emballage plastique. Si j’ai une solution ? Bien sûr, mais politiquement incorrecte : que tous les abonnés des titres ainsi plastifiés se désabonnent (ce qui ne les privera pas nécessairement de lecture : ils peuvent toujours se fournir à leur plus proche maison de la presse – où ils auront en prime le plaisir d’une petite causette matinale) : la presse y perdra sa trésorerie d’avance et réfléchira donc à une autre solution (c’est bien connu qu’il faut taper sur le péze pour se faire entendre).
Je continue dans le politiquement incorrect par une question : n’y a t’il pas assez de manières de mourir en foules en ce moment, avec les tremblements de terre, les ouragans, les avions qui se crashent, les attentats, pour qu’un groupe de sept fondus des neiges aillent défier les sommets, entraînant dans leur exploit de malheureux autochtones (qui ne les suivaient sûrement pas pour partager leur fantaisie d’Occidentaux mais pour gagner leur vie difficile de sherpas)? Est-ce que le coût des secours mis en œuvre pour les retrouver (morts probablement) n’aurait pas été utile un peu plus loin, au Cachemire, par exemple, où l’hélicoptère aurait pu apporter vivres, couvertures, médicaments et emporter les blessés ? Mais ce que j’en dis, c’est vaticinations de chat aux griffes usées, qui comprend évidemment rien au besoin de dépassement que ressentent certains humains. Sûr que j’aurais pas été assez fou pour aller me geler les patounettes dans la neige alors que j’peux m’les garder au chaud chez Nitro.
Mais assez parlé de moi. Venons-en aux nouvelles trouvées sous les plastiques précédemment maudits :
- L’ Amazone manque d’eau : photo impressionnante dans le Monde du 21 octobre, montrant un homme ramant sur un lac dont on n’aperçoit pas l’eau, car sa surface n’est plus qu’une masse de poissons morts.
- Etat de calamité publique déclarée au Brésil.
- Chats et chiens dépecés vivants en Chine, pour le commerce des fourrures. Là encore la presse, qui s’est tellement échauffée avec la concurrence textile asiatique, devrait revoir ses valeurs (d’autant que le goût de tout hiérarchiser est aussi spécifiquement humain que la volonté de dépassement).
- Un vautour-moine abattu dans le Verdon, alors que c’est une espèce protégée, et qu’il n’en existe que 70 en France (69 à présent). Sans doute a-t-il été confondu avec un poulet grippé. Mais je ne vais pas évoquer l’épidémie aviaire : Péli, le vieux solitaire d’Antifer qu’essaie toujours de me piquer mon boulot, l’a déjà fait. Et sur les médias, qui enfoncent le clou de la peur sans état d’âme, je ne citerai qu’un professionnel ayant le courage de reconnaître : « La tentation est plus grande que jamais de pratiquer ce qu’on pourrait appeler un journalisme apocalyptique » (Jean-Claude Guillebaud, dans Le Nouvel Observateur).
Comme d’hab j’ai gardé l’unique bonne nouvelle pour la fin : le producteur du film « La marche de l’empereur », fort du succès mondial de ce film a proposé à Luc Jacquet, son réalisateur, de tourner une fable animalière intitulée « Le Renard et l’enfant ». Tournage en 2006, sortie en 2007. Question : pourquoi pas une grande première au CHENE, qui n’hésite pas à recueillir les orphelins de cette espèce cataloguée nuisible ? Qu’est-ce que tu marmonnes, Nitro ? Notre salle de projection serait trop petite ? Pourquoi faut-il donc toujours que tu coupes les ailes de mes rêves, me ramenant sur le plancher des vaches ? A propos, t’as encore à jaser sur tes chères ruminantes ? Faut profiter des congés actuels pour emmener les p’tits lardons visiter le musée et la médiathèque d’Elbeuf, qui présentent (jusqu’au 26 novembre) les « Contes des mille et une vaches. » On y apprend plein de choses, dont, par exemple que la doyenne recensée a vécu 49 ans, donnant naissance à 39 veaux. Allez, c’est parti Nitro : j’éteins l’ordinateur, j’enfile mes mouffles et on fonce à Elbeuf…


CYBER’S CHRONIQUES (25°) 1er novembre 2005

Quand Nitro prétend que, pour les couleurs de ma fourrure, je suis croisé souris et truite saumonée, je laisse dire, indulgent aux licences d’auteur, mais qu’est-ce que je découvre aujourd’hui dans «Géo» : il existe des poissons-chats, qui ne sont pas du tout des délires d’écrivaine trop shootée au chocolat noir. Des poissons-chats géants ! Photo à l’appui d’un de ces spécimens, évidemment mort puisque les zhumains pensent le plus souvent nourriture quand ils croisent un animal. Le défunt (qui a plus du poisson que du chat semble-t-il, ouf !), pêché dans le Mékong, pesait 290 kg. Cette population de géants a été inscrite en 2003 sur la liste rouge des espèces en voie d’extinction, car sa population a diminué de 80% entre 1990 et 2005, pour cause de travaux d’aménagement du fleuve ainsi que de surpêche. Et le WWF d’ajouter de surpêche dévastatrice : filets tranchants, dynamite. Quant aux dauphins qui batifolent aussi dans ces eaux lointaines, ils ne sont pas plus à l’abri car eux sont recherchés pour peupler les delphinariums, ces attrape-gogos. Ah, touristes, que de calamités engendrent tes pérégrinations. Apport de devises aux pays pauvres, m’opposera-t-on ? Mais l’équation n’est pas si simple car si un riche donnant à un pauvre s’appauvrit, la proposition inverse (un pauvre qui reçoit d’un riche s’enrichit) est généralement fausse. En sus, avec les devises, les touristes apportent l’envie. Il doit faire si bon vivre dans les pays riches, pense l’autochtone gratifié d’un pourboire (pour lui royal, pour le donateur généralement dérisoire), si j’y allais ? Et de claquer tout son misérable avoir dans les mains d’un passeur, rêvant, dans son étouffant ou glacial conteneur, sa barque vouée au naufrage, de l’Amérique, de l’Europe, de la France, pays des droits de l’Homme. De la France, qui forte de cette déclaration (faite par une bande d’égorgeurs quand il n’y eut plus personne à égorger) attend forcément ces migrants avec le tapis rouge. Quelle pagaille sur la planète en ce nouveau millénaire…

Je vous prends la tête d’entrée peut-être, aujourd’hui que vous avez surtout l’esprit au tourisme dans les cimetières, où les visités ne risquent pas de se faire la malle ? Faites excuse, je peux pas m’empêcher d’être un chat cogiteur…

Moi aussi j’ai mes morts, ce premier novembre : outre le poissons-chats et les dauphins du Mékong, les 70 balaines-pilotes échouées sur les côtes de Tasmanie, où une dérisoire poignée de bénévoles s’est efforcée d’en sauver quelques-unes. Et tous ces malheureux canards et oies qu’on gave pour leur faire le foie cancéreux… Heureusement, de ce côté-ci, j’ai un allié de poids : James Bond. Enfin, pas vraiment ce personnage invincible, mais son interprète Roger Moore, qui dénonce la cruauté de ce gavage dans une vidéo partiellement tournée près de chez lui, du côté de Monaco. Vidéo visible sur le site www.petafrance.com. Bon appétit, messieurs de l’Assemblée nationale qui avez voté, le 18 octobre, la loi d’orientation agricole déclarant le fois gras patrimoine culturel et gastronomique protégé.

Entre les producteurs de foie gras, les chasseurs et la grippe aviaire, les malheureux canards ont fort à craindre. Et je peux vous dire que ceux qui, hébergés au CHENE se savaient à l’abri des deux premiers dangers, ont rechigné à se faire confiner suite à l’arrêté préfectoral. Ils étaient si heureux sur la mare, avec les cigognes, hérons, cygne, fous de Bassan, éclopés divers, tous à présent confinés comme eux…

A propos de grippe aviaire, les journalistes, encore eux, ont paniqué les populations en annonçant trop vite que trois Réunionnais, de retour d’Asie, étaient contaminés. Fausse alerte. Mais qu’est-ce que c’est que ce besoin de catastrophisme agitant les médias ? La réalité ne leur paraît donc pas suffisamment atroce ?

Restons dans la rubrique volatiles divers : la commission européenne a engagé une procédure contre l’Italie qui n’a pas fait d’analyse d’impact environnemental pour la construction du pont reliant la Sicile à l’Italie, au détroit de Messine. Or, au détroit de Messine, vivent 300 espèces d’oiseaux sauvages. Oiseau, si la grippe t’épargne, l’Homme aura tes plumes d’une autre manière…

C’était ma bonne nouvelle (la procédure engagée, les députés européens sont plus soucieux des animaux que l’Assemblée nationale française semble-t-il…). J’en ai une deuxième (qui peut certes prêter à rire quand on sait comme les Japonais sont des massacreurs de dauphins et baleines) : au salon de l’automobile à Tokyo la marque Honda présentait une voiture avec un vide-poche pour chat à l’avant, et niche à chien à l’arrière. Confinement de luxe, confortable, aéré. Mais pour bestiaux ne sachant pas se comporter en promenade ! Moi, sur la plage arrière de la Twingo, je sais me tenir impérialement sage, n’est-ce pas Nitro ? Ah bon : on s’promène pas aujourd’hui à cause des bouchons devant les cimetières et des gendarmes embusqués ? Toute façon, j’ai encore plein de lecture…


CYBER’S CHRONIQUES (26) 5 novembre 2005

Ah, pétard, j’suis jaloux, j’suis jaloux ! Péli a droit à une double page de photos couleurs (très belles) dans le supplément Fémina de Paris Normandie. Et c’est titré « la star d’Antifer »…

Pour me consoler du succès de ce pélican qu’a passé la Manche (quel mérite : avec des pattes faites pour nager et des ailes pour voler, c’était quand même pas un exploit), un de mes semblables espère être inscrit au livre des records, car il a traversé … l’Atlantique. Par erreur semble-t-il : poursuivant une souris dans l’entreprise d’étiquettes adhésives qui l’emploie à ce boulot, il s’est glissé dans un conteneur. Et il a survécu là-dedans les trois semaines que dura le voyage du Wisconsin jusqu’à Nancy. Je présume que la souris avait de la famille, et que le conteneur laissait passer la pluie car il devait être salement affamé et déshydraté à son arrivée. En tout cas il était vivant. Et les destinataires du conteneur ont joint les fabricants d’étiquettes, sidérés et fous de joie de savoir leur employé toujours vivant. Après une quarantaine obligatoire, il rentrera chez lui, en première classe ou sur l’oreiller du pacha. Et son salaire sera augmenté d’une prime de risque.

Mes potes les éléphants vont aussi voyager, du Zimbabwe à la Namibie (r’heus’ment qu’j’ai un atlas pour situer), car, en surpopulation dans un parc du premier de ces pays, une cinquantaine d’entre eux sont morts de faim, d’où la nécessaire émigration d’une partie des survivants.

Quant au millier de cygnes à col noir également morts de faim au Chili, la surpopulation de l’espèce n’est pas en cause, mais, une fois de plus, la pollution due aux zhumains, ayant détruit leur nourriture : la zone humide où vivent ces oiseaux sert de déversoir à une usine de cellulose, rejetant sulfate, aluminium, dioxines. Un an que ça dure, et personne ne semble s’énerver, quelle misère…

Côté Tchad, c’est peut-être moins pollué, mais aussi moins humide, car le lac portant ce nom a perdu 90% de sa surface. La sécheresse gagne partout, le réchauffement de la planète s’accélère, on n’est plus dans la science-fiction, falloir vraiment s’activer. Le très sérieux Monde diplomatique semble s’y mettre, qui propose un agenda sur le thème de l’écologie pour 2006.
Que cela ne vous dissuade pas d’acheter le bien plus modeste calendrier du CHENE, il est sous presse, avec comme d’hab’ des photos de nos vedettes. La dernière en date est Pluton, le phoque qui balise en baie de Somme… Et pendant que vous y êtes, chers internautes, n’oubliez pas de renouveler votre cotisation de membre de notre association. Elle est dorénavant à 15 €, et vous aurez droit aux trimestrielles Feuille du CHENE, qui ne font absolument pas double emploi avec les lectures de ce site car ce ne sont pas les mêmes textes. Vous y découvrirez également les dessins humoristiques de Pompon, et des bulletins de parrainage pour les hérissons et les phoques.

J’espère que vous êtes également des fidèles du magazine Terre sauvage, qui contient bien trop de nouvelles pour que j’en tire une revue de presse à votre intention : toutes les pages sont à lire (même si j’ai fait preuve de chauvinisme en commençant par celles qui concernent le marais Vernier, dont Nitro est tellement amoureuse).

Pour terminer, de nouvelles félicitations à la cour de justice européenne, qui a condamné la Grèce pour « protection insuffisante » d’un parc naturel aquatique fréquenté par nombre d’oiseaux sauvages, dans la lagune de Missolonghi (ville célèbre depuis que le poète Byron y mourut pendant la guerre contre les Turcs. Sera-t-il mort pour rien ? Les Turcs seront-ils finalement européens ? Qu’est-ce que tu dis Nitro ? J’vais encore être politiquement incorrect ? J’suis qu’un chat, j’suis qu’un chat…)

Quant aux chasseurs français, carton rouge : une partie d’entre eux semble profiter de la panique suscitée par la menace de grippe aviaire pour tirer sur des espèces protégées. Le CHENE, entre autres, a reçu deux buses et un goéland plombés. Dépôts de plaintes s’ensuivent, comme pour les navires voyous, le président du CHENE en a des crampes au poignet…


CYBER’CHRONIQUES (27°) 8 novembre 2005

- Alerte rouge, alerte rouge, je répète, à toutes les unités médicales : alerte rouge quant à la grippe incendiaire, l’épidémie se répand très vite. Le mode de transmission est identifié : le virus média attaque les yeux et les oreilles, plus particulièrement chez les populations jeunes, vivant en habitat dense, collectif, périphérique ; les symptômes sont des fièvres nocturnes, avec envies irrépressibles de quadrillage de quartier, et pics de pyromanie véhiculaire. Il n’existe aucun vaccin fiable pour le moment, le seul remède préventif semble donc de couper les circuits de communications entre les malades ou les personnes fragiles, susceptibles d’être gagnées par la contagion. Il n’est pas question d’abattage massif pour le moment.
- Cyber ? T’es sûr d’être bien ?
- Affirmatif, chef. C’est le concept d’un nouveau jeu : appliquer la grille d’interprétation d’un événement à un autre. En l’occurrence un cas d’épizootie aux dernières nouvelles du jour.
- Je n’aurais pas dû ouvrir la fenêtre. Tu as pris un coup de chaud. C’est très mauvais le soleil de novembre.
- Réchauffement de la planète, chef.
- Et cesse de m’appeler chef !
- C’est aussi dans le jeu. Je tiens le rôle du sous-chef Cosy.
- Tu veux déposer le brevet de ton jeu en Grande-Bretagne ?
- Absolument pas. Je suis toujours français : j’ai seulement changé de nom, je suis le chat Cosy, et toi t’es Nitrorac
- J’aimais mieux le Chat Botté et son marquis de Carabas.
- Oh, Nitro, atterris : on n’est plus au siècle des lumières, mais à l’extinction des feux.
- Et à l’heure du feuilleton des Rois maudits. Je ne veux absolument pas le rater, voir si cette version est aussi passionnante que celle de 1972.
- C’est ça : divertis-toi pendant que j’carbure . 27° chronique donc, chers internautes :

1°) la Nature Pride organisée par diverses associations de défense des animaux et de l’environnement, samedi 5 novembre, est complètement passée à la trappe des médias, qui préféraient jouer les boute-feux. Pourtant le défilé, parti du Panthéon, comptait au moins 2000 personnes. Et c’était sympa, avec des manifestants costumés en loups, en ours, en Chaperon Rouge, et un bébé qui portait une pancarte annonçant : « moi je n’ai pas peur du loup, seulement des grandes personnes »

2°) photo impressionnante (dans le Fig’mag’) d’un cheval marchant sur ce qui fut le lac Curvai (état du Para, Brésil), et qui n’est plus qu’une croûte de terre craquelée. L’Amazonie va mal, j’ai déjà dit. Et les Amazoniens aussi : la maladie de Chagas affecte 18 millions de personnes. Transmise par un insecte, elle provoque des troubles cardiaques et digestifs irréversibles

3°) ma chère Commission Européenne a signé un partenariat avec des entreprises pharmaceutiques pour réduire les expériences sur les animaux, car, en 2002 dix millions sept cent mille animaux ont été utilisés pour des tests. DIX MILLIONS SEPT CENT MILLE.

- Qu’est-ce tu miaules, Cyber ?
- C’est déjà fini ton feuilleton ?
- Non, mais je craque ; ça ressemble trop à une bande dessinée, avec des décors et des costumes à hurler. Et puis tout le monde fout le feu à tout le monde.
- Nil novi sub sole.
- Rien de nouveau sous le soleil. T’entends le latin à présent ?
- J’adore feuilleter les pages roses du vieux dictionnaire de ta table de nuit.
- A propos de nuit, si on allait se coucher ?
- Oh oui ! Pour rêver d’un monde meilleur…


CYBER’CHRONIQUES (28) 10 décembre 2005

« - Voui, voui, je sais : je vous ai encore laissé tomber plus d’un mois. Et j’ai toujours – hélas – le même alibi : je vis avec une vieille.
- Qu’est-ce que je lis par-dessus ton épaule, Cyber : tu oses me démolir auprès de ton fan’s club ?
- Démolir, démolir, y’a plus beaucoup à pousser, madame Clopin-Clopant…
- Je vous rappellerai, monsieur l’insolent, que les divers médecins consultés pour mon genou semblent, malgré leurs machines sophistiquées, impuissants à soulager mon mal.
- Ah, et moi… Peut-être qu’un jour je tomberai le nez sur les touches de notre ordinateur ?
- Tu es bien jeune pour déjà envisager ta fin.
- Ton humeur morose, ajouté à la prochaine apocalypse de la planète, me déteint sur le moral. T’es au courant, quand même, que le cow-boy américain refuse d’émettre moins de gaz malgré l’urgence ? Que la planète réchauffe ? Que la banquise fond ? Que la terre et la mer s’agitent de plus en plus ? Que les expériences nucléaires laissent des traces terribles sur tout ce qui vit ?
- Même dans le lait des femmes, je sais.
- J’espère que tu as lu le dernier n° du Courrier International ?
- Puisque c’est moi qui te l’ai apporté. Je te laisse à ta prose c’est l’heure de ma sieste . »
Désolé, chers internautes, de vous faire témoins de nos problèmes de couple, mais je vous avais prévenus : je vis avec une vieille, dont le plus grand désir semble de dormir autant qu’un chat. Pourtant, que de lectures passionnantes. Ce Courrier International n° 788 par exemple, titré, selon une expression empruntée à un autre vieux : « La maison brûle », il n’est pas que porteur de nouvelles catastrophiques, puisqu’il dresse les portraits de 54 « héros de l’écologie ». Lecture conseillée à tous mes fan’s, vous n’en aurez que pour trois malheureux euros, c’est pas cher payé la graine d’espoir, moi j’en ai eu une bouffée d’adrénaline de me sentir moins isolé dans mon combat. Certes, mon combat est bien mince, mais j’suis qu’un chat. Et les mots aussi ont leur importance dans la lutte. La preuve : dans les 54 héros, ya une écrivaine (indienne) : Arundhati Roy, et quelques journalistes ( anglais, chinoise, polonais, américaine). Pour les autres, leurs professions sont très variées : scientifiques, avocat même un président de la République (hongrois) ; et leurs choix ne sont pas moins divers : qui s’insurge de la déforestation générale (par exemple : des paysans cambodgiens n’hésitant pas à traquer – oreilles vigilantes, mains nues - des bûcherons braconniers pas seulement armés de tronçonneuses), qui prend la défense des baleines, des phoques et des dauphins (un Canadien), s’insurge contre le trafic d’animaux sauvages (un Brésilien), je ne vais pas tout vous énumérer, parce qu’il faut absolument que vous achetiez ce numéro (lequel devrait être obligatoire dans les écoles, comme, pour la même raison informative, le film « joyeux Noël », racontant les fraternisations de Poilus en décembre 1914. Poilus d’autant plus qu’un des héros de l’histoire est un chat, qui termina fusillé pour « intelligence avec l’ennemi » parce qu’il passait d’une tranchée à l’autre pour trouver pitance et câlins. Je n’invente rien, je vous assure : les Zhumains sont parfois – souvent – complètement cinglés. Il aurait peut-être fallu songer à mettre sous l’Arc de triomphe, à côté du soldat inconnu, un cheval pas plus identifié, pour tous ceux qui périrent – depuis la plus haute antiquité – dans les guerres que ne cesse de se livrer l’espèce humaine, qu’est-ce que vous en pensez, l’auteur de l’expression susdite en couverture du Courrier International ? Puisque vous êtes encore au pouvoir pour quelque temps, vous pourriez terminer votre carrière par quelques innovations étonnantes ? Mettre l’écologie au programme de la Constitution, par exemple, comme votre homologue hongrois ? Ce serait peut-être plus urgent que de vouloir réformer les livres d’histoire et les méthodes d’apprentissage de la lecture ? Moi, toute façon, j’ai appris à lire tout seul, sur les emballages de croquettes et de litière. Et tout ce que j’ai découvert ensuite, je le dois essentiellement à ma curiosité ; comme je dois à ma colère d’être devenu chroniqueur au CHENE. Mais, attention, la colère, comme Janus ce dieu ancien, peut avoir deux visages, l’un plein de haine, qui allumera des incendies, commettra des meurtres, des attentats, déclenchera des guerres ; et l’autre qui s’obstinera à incarner le bien contre le mal, avec les armes apparemment dérisoires du partage des savoirs et de l’obstination vigilante. Le problème est que la seconde manière prend beaucoup plus de temps. Et il n’en reste pas beaucoup pour sauver la planète. Comment peut-on encore oser dormir ? Je vous quitte, chers internautes, pour aller secouer madame Clopin-Clopant ; et tant pis si je n’ai pas pris le temps de vous parler de la pollution du fleuve chinois (c’est aussi dans Courrier International), et de vous rappeler qu’en matière de déforestation la fête de Noël, c’est pas en Amazonie ni au Cambodge que ça sévit essentiellement. Haro sur le fois gras qui a coûté un long martyr aux dindes et canards, haro sur les diamants déposés dans les sabots (qui seraient plutôt des escarpins de couturiers…) : pour la récolte de ces cailloux réservés à une minorité de riches étrangers, les Bochimans sont chassés de leur terre ; haro sur le fric, le fric, le fric dépensé pour ces orgies de fin d’année, quand, au Cachemire on meurt de froid et de faim dans les montagnes, haro… je n’en finirais pas de miauler ; ça vous apprendra à vous plaindre de pas me lire assez souvent…


CYBER’S CHRONIQUES (29°) 18 janvier 2006

On ne m’engueule pas de mon absence ici, siou plaît !
J’ai été victime de diverses contraintes :
1°) Nitro-ma-tôlière a vécu recluse tous ses congés, afin de suivre un régime. En permanence affamée, elle fut assez fainiasse pour ne plus assurer la régulière pitance journalistique utile à ma revue de presse. Par ailleurs, elle boycottait la télé afin de ne pas subir les menus et publicités liés aux réveillons et chocolats. Ca me réduisait encore mon ouverture sur le monde (même si la télé c’est toujours moins bien que la presse écrite). A sa décharge, je suis assez d’accord pour la censure de la boîte à images : ras les moustaches des victimes (animaux et sapins) de ces fichus réveillons–qu’endorment plutôt que d’réveiller ; ras les moustaches de vaches scandaleusement abandonnées, des volailles coursées et jetées vivantes dans des sacs-poubelles pour lutter contre la grippe aviaire.
A peine remis des visions d’indécentes agapes chrétiennes, il fallut encore subir la fête musulmane du mouton –qu’est une fête sauf pour le mouton.
La radio ? Un cuisinier célèbre encourageait à manger des espèces protégées.
ASSEZ, ASSEZ, ASSEZ !

2°) Quand j’ai voulu tout de même vous revenir, c’est mon ordinateur qui est tombé en panne.
Donc, mon billet d’excuses présenté, je continue dans les mauvaises nouvelles :

-une soixantaine d’hippopotames sont morts dans un parc africain pour cause de trop grande sècheresse.
-des éléphants d’un cirque russe ont été shootés à la vodka pour résister au froid d’une tournée en Mongolie. Remède typiquement russe : ici on conseille plutôt aux SDF d’éviter l’alcool par grand froid. Et à propos de Mongolie : le braconnage des espèces protégées devient une des meilleures sources de revenus dans ce pays.
-les braves petits gars de Greenpeace ont été harponnés alors qu’ils s’interposaient entre un baleinier et le cétacé visé.
-Joan Wells Root, une anglaise de 69 ans, connue pour son engagement dans la protection d’espèces animales au Kenya, a été abattue chez elle, près de Nairobi. Assaillants non identifiés.
Un crime qui en rappelle un autre : celui de Dian Fossey, qui s’occupa si bien –trop bien au goût de certains- des gorilles du Rwanda.

Dans toute la tradition de ces chroniques, je terminerai par l’unique bonne nouvelle : Jane Goodall, qui a consacré sa vie aux chimpanzés d’Afrique, a reçu hier, à Paris, la médaille d’or de l’UNESCO et la légion d’honneur.
C’est tout de même mieux que les balles des braconniers….


CYBER’S CHRONIQUES (30°) 21 janvier 2006

Ah, pétard, elle m’a filé une frousse en rentrant énervée de son boulot (en général elle en revient plutôt sonnée par le combat quotidien qu’elle mène contre son ordinateur) et m’annonçant : «Mesures-tu, Cyber, comme le programme phoques du CHENE est un succès dépassant toutes nos espérances ? Pluton a été tellement remis en forme par son séjour chez nous qu’il s’est trissé si vite et si loin de sa baie de Somme natale qu’il me faudrait pas moins de neuf années et demie, en pagayant à 55 000 kms/heure pour le rejoindre ! Sûre que notre Florence va avoir le tournis de surveiller la carte de ses déplacements».
J’ai rien répondu, je venais moi-même de consulter cette carte sur ce site, constatant que notre phoque balisé ne quittait guère les vagues où nous l’avions relâché.
J’ai réfléchi, la regardant mieux. Elle boîtillait un peu plus que d’habitude, et son teint, ordinairement pâle, était coloré ; ça ne collait pas avec son régime. Je la respirais de près, pris d’un doute. Non, elle n’avait pas bu.
Alors, pire que ce soupçon, me vint la terrible angoisse, immédiatement exprimée : « T’as le virus ? »
Elle me répondit par l’affirmative, pas plus affolée que ça par la certitude énoncée. Moi, par contre, je me demandais si ce virus, qui avait décidé de muter pour passer de mes amis emplumés à ces cousins du singe que sont les Hommes pourrait avoir aussi la fantaisie de s’attaquer à un chat, moi en l’occurence.
Je n’avais pas du tout envie d’être presto bouclé dans un sac poubelle et jeté dans une fosse commune. Je la pressais de me faire examiner par Florence avant de filer elle-même à l’hôpital : peut-être était-il encore temps de nous sauver ? Ce fut à son tour d’être prise d’un doute : est-ce-que je n’avais pas un peu de fièvre pour radoter de cette manière ? « Ni médecin ni vétérinaire ne savent être efficaces contre un tel virus ».
J’en miaulais de désespoir. Elle interpréta que je réclamais mon 3ème repas, et, me servant, entreprit de me rassurer : «T’inquiète donc pas pour mon outil, le SCRIRE s’emploie à le désinfecter, et le tien ne sera pas contaminé ».
Je comprenais de moins en moins. Elle insistait : « Virus coriace. Même si on le coince dans un repli de l’ordinateur, qu’on l’éjecte dans la corbeille et qu’on la vide illico, il se clone et ressurgit ailleurs ».
Ma pâtée foies de volailles et blanc de dinde passait mal : était-ce vraiment prudent ce type de nourriture ? Car si la grippe aviaire s’attaquait aussi aux ordinateurs, ça devenait apocalyptique autant que sciencefictionnel, restaient plus que les petits hommes verts pour nous sauver.
A moi Mars, Vénus, Pluton…..Pluton ! Mais bon sang bien sûr elle avait confondu notre phoque et la planète éponyme ! Et moi j’avais été victime de la phobie collective entretenue par les médias concernant la grippe aviaire.
Ah, le virus de la peur, quels ravages, à quels excès conduit-il pour que des êtres aussi sensés, aussi intelligents, aussi informés que moi puissent se laisser troubler la digestion.
A cause de cette peur le public de notre annuel festival Images Nature sera privé, en avril prochain, d’un spectacle exceptionnel : Christian Moullec, qui était si heureux à la perspective de venir voler au-dessus du CHENE avec son escadrille d’oies, ne pourra être présent, pour cause d’interdit préfectoral.

Ne me dites pas que vous ignorez qui est Christian Moullec, ou je vous traite de béotiens. Tout le monde sait que sans ce pionnier, le superbe film du Peuple Migrateur n’aurait pu exister…
Faute d’oies, nous aurons des pingouins. Non pas eux qui marchent en empereurs, mais ceux qui hantent les tableaux de Dominique Vervisch et sont devenus, en quelque sorte, sa signature.
Vous voyez : nous aurons quand même du beau monde au château. Oui : au château, de Bois-Himont, ce sera l’innovation de notre festival 2006. Nitro est encore rentrée à plus de minuit hier soir pour préparer le programme avec l’équipe du CHENE.
Je vous en reparlerai quand il sera plus avancé.

En attendant, le gars Michel, notre maître de la toile, vous allèchera avec quelques photos.

Ci-dessus le parc et la façade principale du château de Bois-Himont.


CYBER’CHRONIQUES (31°) avril 2006

Chers internautes, je vous dois un aveu qui coûte à mon orgueil de chat instruit : j’avais présumé de mes forces mentales en acceptant ce boulot de chroniqueur au CHENE. Passer la presse en revue pour y collecter les horreurs dont les hommes se rendent coupables envers la faune, la flore, la terre, les mers, l’air même que nous respirons n’est pas sans dommages collatéraux pour un être aussi sensible que moi. Je viens de faire une overdose de tous ces malheurs, j’ai eu un durable coup de blues. J’en songeais à démissionner pour ne pas mettre plus longtemps ma santé en péril. Ma santé mentale. Pour la santé physique, ça va, même si j’ai un peu perdu l’appétit.

Justement : ma santé ! Le gars Michel me fait suivre vos mails, et j’ai découvert que vous vous faisiez un sang d’encre (se faire un sang d’encre pour un écrivain, quoi de plus normal ?), vous demandant même si Nitro, en proie à la paranoïa grippe aviaire, ne m’avait pas lâchement viré de son appartement douillet, sous prétexte qu’un chat fugueur aurait, dans une île allemande, contracté la maladie. Du coup, je me fends de ce poulet (ce billet, si vous préférez en la circonstance) pour protester vigoureusement. Ma charmante tôlière est une femme intelligente, elle ne se laisse pas aussi facilement gagner par des peurs irraisonnées, collectives, qui tournent à la psychose. L’humanité, en proie aux Cassandre des médias, perd la boule, mais, nous, au CHENE, qui sommes aux premières loges de l’information quant à l’épidémie aviaire, nous gardons la tête froide. Nitro n’a même pas cessé de nourrir deux couples de mésanges sur ma fenêtre. Elle dit que ce serait cruel d’abandonner les oiseaux à la famine de l’hiver. Et puis, ces petites boules de plumes venant picorer des boules de graisse à quelques centimètres de moi (qui peux les surveiller d’aussi près grâce au tabouret complaisamment mis à ma disposition sur une étagère-à-bouquins) c’est ma 2° télé. Je m’amuse parfois à leur faire peur en me jetant contre la vitre, elles font semblant d’avoir peur en s’envolant, mais elles reviennent dare-dare me provoquer, c’est un super jeu vidéo, même si je perds à tous les coups. Le plus marrant c’est quand, en ayant un peu mare de ma fiole près de leur garde-manger, elles vont picorer d’autres boules semblables sur la fenêtre des voisins : la première fois qu’elles m’y ont retrouvé, elles ont cru avoir une hallucination. Elles ignoraient que je dispose de deux appartements au même étage (deux appartements et trois esclaves prétend Nitro, parfois mauvaise langue).

Donc, pour en revenir à nos moutons – pardon : nos zamis za plumes – pas l’ombre d’un grippé par chez nous, en notre verte Normandie. Mais côté humains, ça déraille coton du ciboulot, le téléphone des gendarmes, des pompiers et du CHENE en fume : des fiévreux de l’imaginatif appellent au secours au moindre piaf évanoui. Et encore : un piaf évanoui c’est une réalité tangible. Mais ya pire, jugez vous-mêmes :

1°) vendredi la police est informée qu’un canard ne serait pas confiné, au fond d’une impasse, à Sainte-Adresse. Deux Pandore vont sonner à la porte de la supposée contrevenante. Point de palmipède en goguette, pas l’ombre d’un poulailler dans la cour, les fonctionnaires s’en retournent, mais la bonne dame septuagénaire s’interroge : qui l’a dénoncée ? Et sur quelles bases ? C’est alors que, tournant en rond pour mieux cogiter, elle passe devant sa grenouille. Sa grenouille en plastique, cadeau de sa fille, qui coasse quand on l’approche (pas la fille, la grenouille, vous suivez toujours j’espère ?) : mais bon sang bien sûr le charmant voisinage qui a sonné les poulets a confondu le bruit de ce jouet avec l’appel d’un canard vivant…

2°) dimanche, à Quiberville , deux promeneuses remarquent un pélican blessé, elles se précipitent sur le plus proche téléphone, les pompiers de Dieppe viennent ramasser l’animal et le portent au CHENE. Un journaliste apprend l’affaire, téléphone au CHENE, qui assure n’avoir pas de pélican (pas plus qu’il n’y avait eu de singe il y a quelque temps, voir chroniques antérieures) ; mais comme il faut faire de la copie, de préférence alarmiste, un article paraît, titré « Où est passé le pélican blessé ? » Vous imaginez déjà ma moustache frémissant d’effroi à cette lecture hier matin. Car de pélican, en Seine-Maritime, nous n’en connaissons qu’un : Péli d’Antifer, mon pote. Je transmets à Nitro, qui réunionnait au CHENE le même jour. D’un coup de fil aux pompiers de Dieppe, d’une vérification auprès d’Alain, le responsable de la clinique, tout fut éclairci : le pélican n’était pas la mascotte des pêcheurs, pas même un pélican d’ailleurs mais un … guillemot de Troïl, mazouté, et qui mourut pendant son transport. Le CHENE voit beaucoup de pompiers en ce moment : ce même week-end, une autre équipe nous apporta un goéland du Tréport, qui, en fait de grippe aviaire, avait une fracture du radius. Il est toujours vivant, merci.

Moralité de ces deux histoires (qui font perdre du temps à beaucoup de monde) ? La peur est mauvaise conseillère, ça nous le savons. Moi j’ajouterai que 1°) faudrait parfois s’équiper de sonotones, 2°) également porter des lunettes 3°) ne pas écrire n’importe quoi dans les journaux (d’où je propose : cessons de laisser le monopole de l’information aux Zhumains, confions les médias aux chats, j’attends une pétition.


CYBER’ CHRONIQUES (32) 26 avril 2006

Bon d’accord : le gars Michel vous a montré des photos de notre Festival Images Nature annuel , qui se déroulait pour la première fois au Château de Bois-Himont. Mais est-ce que vous croyez que les images suffisent à rendre compte d’un événement ? D’autant que sur ces images on ne voit ni ma chère Nitro, ni moi-même. Et pourtant j’étais là, même je m’étais fait prier, car je craignais le grand air, la foule, les chiens, et, plus généralement, tout ce que peut craindre un chat sortant rarement de ses appartements (j’en ai deux comme vous savez). Et puis je ne voulais rien rater de toutes les émissions télé sur la catastrophe de Tchernobyl, que je n’avais pas connue puisque né en 2003. En fait cet argument imparable s’est retourné contre moi, Nitro m’assurant que j’allais complètement me démoraliser à regarder ça sans même pouvoir mettre ma papatte dans sa menotte. Donc je l’ai accompagnée. Petit collier à mon cou, posé dans un confortable panier parmi les peluches du stand CHENE, j’ai eu mon succès. Je ne me suis pas enrhumé car il faisait beau (surtout le samedi- et y’en a qu’en ont profité pour se ruer sur leurs travaux de jardinage comme si ça ne pouvait pas attendre une semaine de plus), il n’y eut pas assez de foule à notre goût (mais qu’est-ce que vous alliez donc faire dans les foires à tout, au bord de la mer, je ne sais où, Comme si notre festival n’était pas le meilleur endroit où se trouver ce week-end-là…), et je me suis fait des copains :

1°) une petite chienne noire, à peine plus haute que moi et au moins aussi gracieuse, car elle semblait danser quand elle marchait. Elle aussi accompagnait son « maître » (pour utiliser le vocabulaire consacré, si peu exact), le photographe écolo Simtof, qui s’est illustré en nettoyant les plages durant plusieurs mois l’an passé (même que c’est sûrement pour ça que sa chienne Ybo lève si haut ses très fines pattes, ayant pris l’habitude d’éviter les vagues). Si vous allez sur le site de Simtof (http://monsite.wanadoo.fr/simtof) il se peut que vous y trouviez une photo de ma copine.

2°) un très grand bouc, d’une race alpine, au pelage roux, aux élégantes cornes en arc de cercle, à la barbiche très professeur Tournesol, et à ces yeux incroyables où la pupille, horizontale, semble s’être trompée de sens. Il se nomme Caïd, ce qui est lui faire injure car il ne joue pas du tout les chefs de bande, d’une douceur absolue avec madame Caïd et leurs jumeaux(qui l’accompagnaient), comme avec les visiteurs, quels que soient leurs âges. Vous ne le répéterez pas, mais je puis vous assurer qu’il a été plus photographié que les mannequins bipèdes qui posaient pour les photographes dans le salon lambrissé du château. Caïd vient d’un troupeau où nul ne termine sa vie en méchoui, ça mérite d’être signalé. Le rêve de Nitro, qui déclarait dès sa quatrième année : » quand je serai grande, je serai fermière dans une ferme où on ne tuera pas les animaux ». Elle n’a pas vraiment grandi, n’est pas devenue fermière, mais être la Vice-Présidente du CHENE lui semble un bon substitut.

Je ne me suis pas enrhumé donc, mais je suis rentré chez nous un peu sourd, car notre fidèle ami était présent avec son orgue (Maringuy, 1880, j’ai bien retenu) et son accordéon (1930), qui devaient s’entendre à des kilomètres. C’était vraiment très gai, et les pensionnaires de l’atelier protégé voisin du château ont beaucoup apprécié, il y en avait même un qui dansait en permanence.
Nitro était très contente, elle a beaucoup papoté avec Candie sur le stand du CHENE et avec les artistes à l’intérieur du château. Les photos étaient toutes plus belles les unes que les autres, même si certaines, de l’invité d’honneur, nous ont paru peu regardables (des zanimaux zafricains qui se mangeaient entre eux, non mais franchement, on ne les a pas civilisés ? Est-ce que ça nous a effleurés, Ybo, Caïd et moi de seulement nous montrer les canines ? Lions et guépards mes frères, crocodiles mes très lointains arrières-cousins, faudrait songer à vous inscrire à des stages chez Nadine de Rotschild, pour apprendre à vous comporter dans le monde. Les peintres et les sculpteurs n’avaient pas moins de talent, et Nitro n’a pas résisté à fracturer sa tirelire pour s’offrir quelques œuvres (je vous dis pas comme elle a joué immédiatement du marteau en rentrant, pour accrocher à nos murs). Bref : ceux qui sont pas venus ont vraiment eu tort, d’autant que les prix pratiqués étaient bien loin de ceux ordinairement affichés dans les galeries d’art. Et puis : les artistes étaient tous motivés par ce combat que mène le CHENE, et ils pensaient beaucoup plus à échanger des impressions, des récits animaliers qu’à jouer aux marchands.

Vous avez également raté les pâtisseries faites par une bénévole, à ce même stand du CHENE (très fréquenté par Ybo, en quète de miettes égarées).

Maintenant il reste à compter nos sous. Dépenses, recettes. Est-ce qu’on recommencera au printemps 2007 (avec Christian Moullec et ses oies volant derrière son ULM si les arrêtés grippe aviaire sont caducs ?) Faudra attendre la prochaine réunion pour connaître la réponse, je passerai encore la soirée chez mes parrain-marraine de l’autre côté du palier pendant que Nitro fera les additions avec Raynald, Alain et quelques autres . A propos de mes parrain-marraine ils sont évidemment venus à ce festival, en dignes membres du CHENE, et ils ont aussi cassé leur tielire (avec Nitro pour faire l’article des marionnettes en forme de bébés-phoques, c’était gagné d’avance ..).

Concernant la catastrophe de Tchernobyl je crois que c’était une bonne idée de ne pas regarder la télé : j’aurais vraiment fait plein de cauchemars. Mais c’est très bien qu’il y ait eu ces émissions : vous aviez été si mal informés, à l’époque…


CYBER’CHRONIQUES (33° et ultime, juin 2006)

Me rev’là. Vous deviez vous demander si j’étais mort, ou si j’avais démissionné de mes fonctions d’O.M.A. (Oueb Mastère Adjoint). Ni l’un (j’suis trop jeune pour un sort si cruel), ni l’autre (j’suis trop indispensable au gars Michel et donc au CHENE, cette grande famille). En fait, vous devineriez jamais – et j’suis pas certain d’être autorisé à vous l’dire parce que, en tant que membre de notre chère association, j’ai pas à faire état de problèmes internes, genre conflits entre personnes. Devoir de réserve, ça s’appelle. Mais le sort qui me frappe me paraît trop injuste, je viens donc me faire plaindre, en vous contant ma version, qu’est pas la même que celle de Nitro et autres témoins de mauvaise foi. Nitro, j’y garde un chien de ma chienne (comme disent les Zhumains) et faudrait pas me pousser beaucoup pour que j’informe la presse de ses agissements à mon égard avant de me retirer dans un silence aussi définitif que froissé. J’ai hésité, mais finalement j’aime trop le CHENE pour le priver de mes qualités.
Voici l’affaire, en toute objectivité : Nitro était partie bosser dans sa bibli (ce boulot alimentaire qui lui fait déserter notre home sweet home chaque matin) et elle m’avait déposé comme d’hab’ chez parrain, avec ma gamelle, mon bol d’eau, rien à redire là-d’sus. Parrain était, à l’Ouest de l’appart, vissé à son ordinateur, me laissant vaquer à mes propres occupations côté Est, là où il y a les plus grandes fenêtres, celles qui vont jusqu’au sol. Elles étaient ouvertes, parce que parrain aime vivre dans les courants d’air, qui dissipent le parfum d’ses cigarettes, ce plaisir qu’aimerait lui interdire marraine. Voyez : je pose bien l’tableau, avec tous ses détails (que si j’avais été peintre ç’aurait été dans la catégorie pointilliste). Marraine était absente, partie emplir un caddie. J’allais d’une ba-balle en papier à une souris en plastique, espérant une mouche (c’est mon boulot alimentaire à moi, croqueur de mouches, pas toujours facile à exercer parce que cette chasse ne doit pas mettre en péril les rideaux, les bibelots semés partout sur les meubles, tous ces trucs dont les Zhumains croient indispensables de garnir leur terrier). J’étais à deux griffes de m’ennuyer quand je la vis : une pauvre petite chose en plumes, sachant à peine voler, et qui faisait halte sur le persil d’une jardinière, pile au niveau de mes moustaches. Mon sang de secouriste ne fit qu’un tour, je saisis délicatement l’enfant mésange, pour que parrain aille le porter au CHENE, et je me dirigeais donc à l’Ouest. Avant que je n’atteigne mon sauveteur adjoint, l’alerte était donnée, par la fatiguée elle-même. Parrain surgit dans le couloir, se croyant un quart de seconde victime d’une hallucination, qu’est-ce qu’on avait donc mis dans son tabac pour qu’il me voit avec des ailes de chaque côté de mon sourire ?
Il me fit sourire plus large, et ma rescapée du persil nous échappa, filant derrière le canapé du salon. Malin, n’est-ce pas ? Mais vous savez comme les Zhumains n’ont pas toujours des comportements zadaptés. Parrain se mit à quatre pattes, et je l’assistais autant que je pouvais dans sa volonté de remettre une de nos pattes sur la p’tite chose. Il y parvint. C’est à ce moment que commença l’injustice : il me ravit mon titre de S.P. (Sauveur Principal), en s’attelant aux soins tout seul, puis avec Nitro et marraine quand elles rentrèrent. Croyez-vous qu’au moins elles, elles m’aient félicité ? Pas un compliment, pas un regard, c’était comme si j’existais plus, toute leur attention portée sur ce microbe jaune et bleu. Il était trop tard pour faire le SAMU jusqu’au CHENE, et ce qui devait arriver arriva : la mésange défunta dans la nuit. Encore heureux que j’ai pas dormi dans la même pièce, on m’aurait accusé d’euthanasie active. J’étais rentré chez moi, la mal volante restée sur le lieu de l’accident.
Mais l’injustice dont j’avais été victime dès les premiers moments de mon assistance à mineur de moins de quinze ans en détresse continua. Je fus puni de cette mort. Oui : PUNI ! Privé de télé et d’ordinateur. Plus d’émissions animalières à regarder la truffe collée à l’écran, plus de conversation avec vous, chers internautes. Ils ont certes continué à me nourrir, désaltérer, veiller à la propreté de mes W.C., rien à redire sur les conditions de détention, mais je n’avais plus leur audience. Perte d’image sociale, ça s’appelle chez les Zhumains, et c’est lié aux fonctions, à la hiérarchie, toutes ces choses compliquées qui font (j’vous donne un exemple simple pour que vous compreniez) qu’on croit perdre la face devant les pompiers si le nom n’est plus précédé du même titre qu’à l’incendie précédent. Les pompiers ou le facteur, le concierge, le type de la télé qu’a l’habitude de vous interviouver, c’est un exemple, j’ai dit. Alors moi, souffrant en silence, tardant à réagir, me mettant la rate au court-bouillon, imaginant un complot, me d’mandant kiki m’défendrait, cherchant une alliance du côté des chattes du premier, qu’avaient assisté à rien, mais qui prendraient p’têt quand même mon parti, pour que j’sois réhabilité.
Je constituais d’jà un dossier, avec liste de tous les services rendus, exigence de vote à bulletins secrets pour la sentence finale, quand Nitro est rentrée, d’Allouville, un samedi, à une heure indécente mais d’humeur joyeuse . Et alors qu’elle mettait de la crème sur ses coups de soleil, elle m’a dit : je lève la punition, tu peux à nouveau mater la télé, pianoter l’clavier. J’étais sidéré, et, pour l’principe, j’ai persévéré dans mon rôle d’innocent bafoué. Toute façon, c’était l’heure d’dormir. Mais au réveil, je m’suis informé, faussement désinvolte : à quoi je dois cette soudaine indulgence ? Sa réponse a été particulièrement laconique : grâce présidentielle.

Comprenne qui pourra…

 
  Classement de sites - Inscrivez le vôtre!