DELERM (Philippe)

Il a chanté lui aussi, bien avant son fils, et j’étais allée l’écouter à l’automne 1988 :

Philippe Delerm écrit, pour tous. Et Philippe Delerm chante, pour quelques-uns : sa famille, ses amis, le cercle de son village. Passant ainsi du multiple à l’intime, des mots endormis sur le papier à ceux réveillés par la guitare, il ajoute à son talent un humour, voire : une ironie mordante, que je regrettais parfois de ne pas trouver dans ses livres. Pour le reste, tout y est, tout est conforme, et on retrouve, à l’écouter, les atmosphères, les couleurs, les parfums qu’on découvrait à le lire : la neige, le velours et la bruyère reviennent souvent dans la rime, et la bière, et le sirop d’orgeat, la grenadine allument toujours des gourmandises sur nos palais (cette même grenadine à travers laquelle, assis à certaine brasserie rouennaise, il contemplait la cathédrale célébrée par Monet, et cette bière qu’il souhaite partager dans les fraternités nordiques ou les brouillards de Prague) Et s’il vantait, ce samedi 15 octobre, dans la cantine de l’école, les charmes de Beaumont-le-Roger (dont le marché et l’épicière sont le rite aimable, la divinité tutélaire), il chantait aussi Paris, Avignon, et les voyages imaginaires. Il célébrait encore Folon, rendait hommage à Félix Leclerc et Gilles Vigneault, sur le rythme de ce dernier, et il se moquait un peu (comme on presse un filet de citron dans le thé, comme on relève de cannelle une tasse de tilleul) des gloires du moment : l’abbé Alexandre, Jean-Jacques Goldmann. Le public lui était acquis, chantait avec lui, et si les petits enfants se sont endormis aux girons des mères, dans des lumières framboise et grenadine, c’est qu’ils ont bien compris le sens de ce spectacle : le grand jeune homme à la guitare, c’est Tonton Philippe, qui vient les border le soir, les endormir d’un conte, et semer sur leurs paupières tout le sable des rêves.

 

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