Liban
(7-15 avril 2010)
La genèse de ce voyage est à découvrir dans la rubrique actualité, en date du 16 avril 2010
7 avril :
Une grève SNCF étant annoncée pour le jour de notre départ, c’est dans la voiture d’Hervé Boudin que nous nous rendons à Roissy, où nous prenons l’avion pour le Liban.
Nous sommes à l’aéroport de Beyrouth à 19h15, où nous attend notre hôte Robert Horn, directeur du CCF (centre culturel français) de Tripoli et vieil ami d’Hervé (ils se sont connus à Zagreb, où ils étaient en poste il y a une vingtaine d’années). Le bain culturel est d’ailleurs immédiat, car Robert nous emmène, au cœur de Beyrouth, près de la Maison jaune (victime d’intenses bombardements israéliens, elle fera l’objet d’une importante restauration)…


… voir une performance, qui se tient dans le jardin d’un restaurant : un écrivain et une dessinatrice (Zeina Abichared) œuvrent en public, exposant texte et dessins à mesure qu’ils les conçoivent :


Le restaurant est en même temps un bar à chicha (que nous nommons plus souvent narghilé). Je me contenterai cependant de ne goûter qu’aux plaisirs de la table : mezzé (assortiment de crudités et féculents, disposés dans une multitude de petits plats), arak (que je trouve trop fort pour mon goût et remplace par du vin blanc, évidemment libanais – j’avais déjà goûté du rouge dans l’avion. L’un et l’autre sont excellents). Je découvre aussi le pain, très différent du nôtre, servi tiède, délicieux. Tout cela en abondance. Nous sommes six autour de la table car notre hôte a croisé dans le jardin trois coopérants français qu’il connaît bien.
Ainsi restaurés, nous prenons la route pour Tripoli, y découvrant l’appartement de Robert. Il est temps d’ouvrir nos valises, car elles contiennent quelques cadeaux pour notre hôte : trois de mes œuvres dans la mienne (Madame la comtesse préfère le jazz, La nuit d’Etelan, Little Appaloosa), fromages et saucissons dans celle d’Hervé. Mais … damned ! La valise d’Hervé n’est pas la valise d’Hervé ! Elle lui ressemble, certes, mais son étiquette porte le nom d’une inconnue, qui n’a pas songé à faire également figurer adresse et n° de téléphone. Ce n’est pas tant sur les victuailles que nous nous lamentons, mais sur le costume de scène d’Hervé, également dans la valise égarée. Nous devons jouer dès le lendemain nos Méfaits divers, pour lesquels Robert a conçu un beau carton d’invitation :


Il est 23 heures, beaucoup trop tard pour entreprendre quoi que ce soit. L’euphorie est brutalement retombée. Il ne reste qu’à se coucher, espérant pouvoir dormir malgré ce gros souci…


8 avril :
L’espérance était vaine : ni Hervé ni moi n’avons vraiment dormi et nous sommes levés avant même que le réveil de notre hôte n’ait sonné ! Nous pouvons admirer, de jour, la vue de sa terrasse, très symbolique du Liban : un petit bâtiment ancien, partiellement restauré, dans un parc retourné à la sauvagerie, cerné de constructions neuves :


Après un copieux petit déjeuner, Robert nous emmène au Centre Culturel français (situé dans le City complex) où il doit bien laisser quelques directives, avant de nous raccompagner à Beyrouth pour l’échange de valises. Le suspens demeure entier car l’employé de l’aéroport n’a pas su (ou pas voulu ?) nous dire, par téléphone, si celle d’Hervé était encore sur place.
La route nous semble longue, et ce n’est pas dû qu’à notre inquiétude, nous le découvrirons à plusieurs reprises : les villes alignées sur la côte se touchent souvent les unes les autres et la route quasi unique est perpétuellement encombrée, spécialement à hauteur de Jounieh. Par ailleurs, la conduite libanaise est particulièrement… sportive : aucun respect des feux tricolores, des divers panneaux, des lignes jaunes, des bandes d’arrêts d’urgence – utilisées comme voies supplémentaires, le tout sans souci des limitations de vitesse. Nous ne sommes pas à l’aéroport avant 12h30. Et le suspens y dure encore un moment, car Hervé doit exhiber passeport, carte d’embarquement, avant de pouvoir pénétrer – sans nous – dans le local de la douane, protégé par un portique de sécurité et gardé par des militaires. Au bar où Robert et moi l’espérons devant une bouteille d’eau minérale, l’attente nous semble longue. Hervé sort enfin de cette caverne d’Ali-Baba où il avait disparu, valise en main et sourire aux lèvres. Ouf !
Beyrouth-Tripoli : 2° ! Arrêt déjeunatoire chez … Paul (cette chaîne de boulangerie présente à Rouen !), arrêt à l’appartement de Robert, pour y déposer la valise, en tirer les odorants fromages et saucissons, le costume de scène. Nous partons enfin vers le Centre Culturel Safadi…(http://www.safadiculturalcenter.com)


…où nous avions espéré répéter tout l’après-midi, et où nous ne sommes qu’à … 17h, pour notre représentation de 19h à l’auditorium, précédée d’un vernissage en salle d’exposition à 18 h:


Tout à la joie sans doute d’avoir retrouvé la valise perdue, nous réussissons à être présents partout : au réglage des lumières de scène avec le technicien, à la répétition, au vernissage, où Robert et Denis Gaillard (conseiller de coopération et d’action culturelle à l’Ambassade de France) prennent tour à tour la parole. Ci-dessous, ils encadrent le Dr. Mustapha Héloué, responsable de l'enseignement et de l'éducation à la fondation Safadi


Une dégustation de délicieux petits fours suit ce vernissage, mais nous devons bientôt céder à la nécessité de nous habiller/maquiller, dans notre grande loge…
Enfin, c’est le moment de paraître sur scène. Le public (qui est celui du vernissage) n’est pas aussi dense que l’avait espéré Robert, mais c’est l’élite intellectuelle et culturelle de Tripoli, qui nous applaudit chaleureusement.
Un photographe est présent, mais hélas le DVD fait à partir de ses images sera mal copié et je ne peux offrir aux internautes que cette unique photo d’Hervé :


Il serait temps, peut-être, de préciser la nature de nos Méfaits divers, qu’une belle affiche conçue par notre ami Claude Duty (http://claudeduty.typepad.fr) annonçait devant le Centre culturel français…


… et pour lesquels, Hélène, la fille d’Hervé avait également fait un dessin (du programme des cours donnés au pensionnat de jeune filles tenu par les époux Nioukhine):


La courte pièce d’ Anton Tchékhov est le monologue d’un certain Nioukhine, devant présenter une conférence intitulée Les Méfaits du tabac. Mais le conférencier dérape très vite, négligeant son texte pour… se plaindre de sa femme, de leur vie médiocre, dont il la prétend responsable. Il en termine de sa diatribe quand il l’aperçoit en coulisses.
C’est cette épouse malmenée que j’ai choisi d’incarner, dans la seconde partie du spectacle, alors qu’elle rentre chez elle après avoir tout entendu de cette fumeuse conférence. Mon texte est également un monologue, d’une femme à juste titre furieuse : Nioukhine s’est en effet plaint en public, avec, dira-t-elle, une indécence sans nom. Elle instruit donc, en retour, le procès de son époux, sans autres témoins que les murs du pensionnat de jeunes filles qu’elle dirige. Et ce procès d’un mari s’élargit bien vite à la critique plus générale du mariage (d’où le titre : Les Méfaits du mariage). Madame Nioukhine y anticipe la révolution féministe du siècle qui commence (la pièce de Tchékhov date de 1902).
En 2010, les femmes occidentales ont à peu près gagné la partie de l’égalité des droits. Mais c’était sans doute gonflé d’aller fustiger cette institution dans un pays partiellement musulman, même si l’Islam mis en pratique au Liban ne connaît pas vraiment l’extrémisme fanatique d’autres pays d’Afrique ou du Moyen-Orient.
Bref : ainsi que le prétend l’expression d’une pierre deux coups, j’ai, d’un seul texte, prétendu défendre la francophonie et la cause des femmes !
Pourquoi avions-nous choisi Tchékhov ? Parce que l’année 2010 est l’année de la Russie en France et de la France en Russie (http://www.France-russie2010.fr).
Après cette première mondiale, Robert nous emmène dîner à Mina (le port de Tripoli) au Sultan, en compagnie de Lyna Al Tabbal (chef du département des droits de l’Homme à l’université Jinan). Nous pouvons pour la seconde fois (mais pas la dernière !) apprécier de nouveau le mézzé

9 avril
Nous avons très bien dormi !
Et, le copieux petit déjeuner avalé, nous sommes prêts pour la journée avec Aïda Soufi (enseignante de français à l’université et au C.C.F., documentaliste, animatrice) que Robert nous a présentée la veille, et à laquelle il nous confie pour la découverte du cœur de Tripoli.
Nous commençons par monter vers la citadelle…

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… où nous avons le bonheur d’être les seuls visiteurs et d’où nous découvrons la ville et le fleuve Abou Ali (qui inonda gravement la ville en 1955):


Trop occupés à écouter la très passionnante Aïda, je prends fort peu de photos. Et comme Hervé a oublié son appareil à l’appartement de Robert, nos internautes n’auront que cette image de la citadelle.
Pour compenser cette pauvreté iconographique, un rapide survol historique : Tripoli ne fut à l’origine (IX° siècle avant J.C.) qu’un comptoir phénicien. Vinrent ensuite les Grecs, les Romains, les Byzantins. Détruite au VI° siècle par un tremblement de terre, elle est reconstruite, et bientôt conquise par les Arabes, jusqu’à l’arrivée des croisés francs au XI° siècle, auxquels on doit la construction de cette citadelle. Pour mémoire : il y eut 8 croisades, sur un peu plus de deux siècles. Celle qui nous intéresse ici est la première. Elle naquit d’un conflit entre l’empereur Byzantin Alexis Commène 1er, dont les Turcs Seldjoukides menaçaient l’empire et interdisaient aux pèlerins chrétiens le passage vers Jérusalem (passage que les Arabes avaient toujours accordé). Alexis en appelle au pape, Urbain II, qui, en 1095, au concile de Clermont (France), appelle les chrétiens à s’unir pour s’en aller défendre les chrétiens d’Orient et délivrer le tombeau du Christ. Il est immédiatement entendu, et on part de toute l’Europe, gueux (Croisade des pauvres, emmenée par Pierre l’ermite – je signale, sur le sujet, un très beau roman de Zoé Oldenboug : La joie des pauvres - Croisades allemandes) aussi bien que nobles (Croisade des barons). Parmi ces derniers, je citerai :
- Robert Courteheuse, duc de Normandie, fils de Guillaume le conquérant
- Bohémond de Tarente et son neveu Tancrède de Hauteville, de la famille fondatrice des royaumes normands d’Italie du sud et Sicile (voir à ma rubrique conférences)
- Raymond de Saint Gilles, comte de Toulouse, qui fait édifier cette citadelle, sur le mont dominant Tripoli (qu’il assiègera, et qui ne sera prise qu’au bout de 10 années !)
Ces croisés francs restent maîtres de Tripoli de 1109 à 1289. Ils sont alors écrasés par les Mamelouks, qui s’emparent du port et de la ville, les rasent, les reconstruisent, transforment la citadelle. C’est ensuite les Ottomans qui y règnent (1516-1918).
On peut imaginer, à travers ce survol historique, comme l’architecture souvent remaniée de la citadelle (dont la prison servit jusqu’à une époque récente) nous aurait été difficilement lisible sans notre brillante Aïda…
Elle nous emmène également dans les souks…


… dont le plus beau est sans conteste celui des tailleurs :


Elle nous fait nous visiter deux hammams : l’un est encore en usage, l’autre (Al Jadid), édifié en 1740 par les Ottomans, est fermé depuis 70 ans (mais sa grand-mère le fréquenta, alors que sa mère était encore une enfant ; c’est donc aussi une partie de sa vie personnelle que nous offre Aïda – qui doit son prénom à la passion qu’avait son père pour cet opéra). Nous avons encore ce bonheur d’en être les seuls visiteurs…

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Puis elle nous mène à deux anciens caravansérails : le khan Al-Saboun…


… et le khan Al-Misriyin dont l’étage abrite l’atelier du dernier savonnier de Tripoli. Celui-ci ne se contente pas de les vendre, mais les fabrique. Or, un concurrent déloyal (uniquement vendeur de savons) s’est récemment installé au rez-de-de chaussée et, planté devant l’escalier, gêne le passage pour orienter les clients vers sa propre boutique. Si quelque internaute passe par ces souks de Tripoli, qu’il soit bien ferme et monte à l’étage. Peu après notre séjour, cette dernière entreprise familiale (dont l’une des jeunes filles parle parfaitement le français) devait avoir les honneurs de l’émission Echappée belle (sur la 5° chaîne française)


C’est ensuite le moment de retrouver Robert, pour déjeuner au Palais, un excellent restaurant…


… qui se trouve à l’étage…


… d’un lieu de perdition puisque le rez-de-chaussée est occupé par une immense pâtisserie confiserie chocolaterie, où Robert obtient la permission de nous faire visiter le laboratoire. Pensée émue pour mes parents…
Robert retourne travailler et Aïda continue à nous promener, nous emmenant, dans la montagne (si proche de la côte) visiter les ruines d’un temple romain (consacré à Dyonisos), magnifiquement situé sur un promontoire dominant la vallée :

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Aïda nous précise qu’il y a beaucoup de temples antiques au Liban, qui ne sont, hélas, signalés dans aucun guide touristique. Pas étonnant donc, que nous en ayons été les seuls visiteurs. Dans un autre village montagnard, un second temple, beaucoup plus modeste, est transformé en église. Puis Aïda tient à nous montrer le joli village de Douma. A peine avons-nous fait quelques mètres à pied, pour contempler cette jolie maison…

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… qu’une femme surgit derrière nous, nous offrant quelques raisins secs, un dépliant touristique et proposant
de nous faire ouvrir cette maison si les propriétaires sont présents. Hélas, ils sont absents. Qu’à cela ne tienne : d’autres maisons nous seront ouvertes. Un vieil homme nous accueille effectivement chez lui, nous offre des chocolats. Nous admirons le plafond à fresques quasi centenaires, et la triple porte en arcades ogivales (spécifique des maisons traditionnelles), qui se répète à l’intérieur de cette maison – où nous pouvons constater que l’hospitalité libanaise, vantée partout, n’est pas un vain mot ! Et nous visitons encore une seconde maison. Il y aurait pu y en avoir une 3°, une 4°, mais nous rappelons que nous sommes attendus. Il est déjà 19h30. Nous ne serons effectivement de retour chez Robert (qui nous a préparé une rafraîchissante salade et des fraises) qu’à 21h…


10 avril
Pour ce premier jour du week-end (pardon pour l’anglicisme !) Robert nous emmène voir, à l’intérieur d’une caserne de Beyrouth, la plus grande sculpture d’Arman, qui, nommée Espoir et paix, date de 1995. Elle mesure 32 mètres et pèse 6000 tonnes

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Puis nous continuons vers les montagnes dominant la vallée de la Kadisha (soit : la vallée sainte car elle abrita, dans ses grottes naturelles, de nombreux ermites et anachorètes) jusqu’au plus haut village du Liban Bqaa Kafra (1800 mètres), habité depuis l’Antiquité, et qui s’enorgueillit d’avoir donné naissance, en 1828, à un saint très populaire au Liban, réputé pour ses guérisons miraculeuses : Charbel Makhlouf).
Quelques photos pour admirer le monastère Saint Elisée, construit dans un ensemble d’étroites grottes, et qui fut, en 1695, l’ermitage à l’origine de l’ordre maronite

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On peut visiter ce monastère à condition de descendre (en voiture) par une route étroite, vertigineuse, à virages serrés, puis de terminer, à pied, par un raide sentier. Bref : ce monastère (qui fut, initialement, la résidence du capucin François de Chasteuil, gentilhomme provençal, mort en 1644) n’est pas accessible pour mes vieux genoux. Toujours en voiture, nous montons, descendons…

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… traversons également le village natal du célèbre écrivain et peintre Khalil Giban (1883-1931).


Je serais bien incapable de récapituler notre itinéraire jusqu’aux Cèdres (non pas les arbres, mais la station de ski, à cette époque fermée), et à la neige, qui, à 2000 mètres, nous arrête enfin, nous condamnant à faire demi-tour :



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Un peu plus loin nous n’échappons pas à une horreur (qui nous étonne dans un pays où les constructions contemporaines sont plutôt réussies), hélas visible de partout : là où il y eut une citadelle romaine puis croisée, avec un église construite dans le 2° moitié du 8° siècle, restaurée à plusieurs reprises, il y a à présent une espèce de verrue en forme d’étoile Saydet El Hosn (Notre Dame de la citadelle) construite en 1989, aux frais (dit une pancarte qui ne mentionne pas l’architecte !) de Cheikh Fayed Daoud Moawad :


De ce promontoire nous devrions avoir une vue admirable sur la vallée… si le brouillard (ou les nuages ? Nous sommes si haut !) n’y mettait sa taie blanche. C’est près d’Edhen la bien nommée puisqu’il y a là un parc naturel, réserve pour une flore et une faune dont certaines espèces, à présent protégées, étaient en voie de disparition. Mais les promenades pédestres ne sont pas au programme du jour, et trouvant le restaurant en bord de source encore fermé (trop tôt dans la saison), nous rejoignons la côte maritime, où nous faisons un excellent déjeuner de mezzé et poissons à Bonita Bay

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… qui nous donne des forces pour visiter le port de Byblos…


… puis la zone archéologique, où se mêlent traces préhistoriques, ruines antiques et arabes diverses, dominées par le château des croisés, qui occupèrent Byblos – alors rebaptisée Gibelet – de 1108 à 1187, où Saladin (1138-1193) reprend, provisoirement, la ville, qu’il démantèle ; elle est reprise par les croisés, qui la perdent définitivement en 1266. Toutes ces traces, imbriquées, sont au plus près de la ville contemporaine, car Byblos perdure depuis près de … 7000 ans (premières installations humaines à l’ère néolithique !), comme en témoigne ce plan du site archéologique précédant nos photos :



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Alors que le soleil se couche derrière une charmante église…


… nous quittons l’antique Byblos, qui sombra dans l’oubli quelques siècles jusqu’à ce que Napoléon III – dont l’armée intervint au Liban en 1860 – demandât à Ernest Renan de s’intéresser aux Phéniciens. Byblos, alors recouvert de végétation et de constructions diverses put renaître, particulièrement après les fouilles plus approfondies (1919) des archéologues français Pierre Montet et Maurice Dunand
Et cette magnifique journée s’achève, à Tripoli, par une réception chez un couple de Français (déjà rencontrés au centre culturel Safadi) : François et Arlette Créquy (proviseur adjoint au lycée franco-libanais Alphonse de Lamartine de Tripoli) qui fête son anniversaire.


11 avril
Départ pour Baalbek vers 9h, par la route du bas puisque celle de la montagne est fermée par la neige, comme nous avons pu le constater la veille. Nous y sommes vers 12h30. Pour commencer un plan restituant l’acropole antique…


… dont l’entrée (restes d’un temple dédié à Vénus) colle à la ville contemporaine :


Ce qui frappe ici, c’est le gigantisme :

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On ne se demande pas comment ces murs, ces temples, ces colonnes, ces frontons ont été mis à bas, car on sait qu’il y eut invasions et, surtout, tremblements de terre ; mais on s’interroge sur la méthode pour les avoir taillés, dressés (oeuvre des Romains) ! La réponse n’est nulle part !

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Ce qui n’était plus qu’un champ de ruines dévoré par la nature, a peu à peu ressurgi de terre, à partir de 1898, grâce au travail d’archéologues allemands.
Sans doute terrassés par ce gigantisme, nous nous contenterons, après la visite, d’un délicieux petit pain juste cuit par une aimable boulangère…


… avant de passer par le jardin et la salle d’accueil de l’ hôtel Palmyra, où séjournèrent, entre autres célébrités, Jean Marais et Jean Cocteau (dont on peut admirer quelques dessins). Nous continuons la série visites archéologiques par Anjar, cité omeyade, construite en dix ans (705-715) par un calife, et détruite (744), avant même d’être achevée, par un autre. Ses ruines furent laissées à l’abandon jusqu’en … 1943, quand le Département des Antiquités du Liban (nouvellement indépendant) décida de s’y intéresser.

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Le dernier arrêt est, sur la route du retour, à Beyrouth, où nous assistons, au théâtre Monod, à l’extraordinaire spectacle L’oral et Hardi de Jacques Bonaffé, avec lequel nous avons le plaisir d’ensuite bavarder un moment.


12 avril
Notre tournée théâtrale prévoyait une seconde représentation, ce 12 avril, à 12h, devant les élèves de la section théâtre du Lycée Franco-Libanais de Tripoli (http://www.lycee-tripoli.edu.lib ) mais elle ne put avoir lieu car, peu avant, un ministre libanais avait décidé de prolonger d’une semaine les vacances pascales des élèves. Notre journée est donc « libre » et nous la partageons entre un travail de répétition, chez Robert, avec lequel nous déjeunerons de nouveau au Palais, en compagnie de Layla Dannaoui, professeur de français. Nous les abandonnons ensuite à leurs tâches, pour retourner, seuls, dans les souks, racheter des savons chez notre savonnier préféré, visiter de nouveau le hammam, pour compléter notre série de photos. Et toujours à pied (grâce soit rendue au sens de l’orientation d’Hervé), nous retournons au CCF, où nous nous attardons un moment à la médiathèque, accueillis par mon aimable collègue (n’oublions pas que j’ai été bibliothécaire à l’université de Rouen pendant… 39 ans !) Rima Mikaty…


... avant le vernissage d'une exposition consacrée au 1er lycée français de la Mission laïque à l'étranger, ouvert en 1906 à Thessalonique (encore en territoire turc, n'ayant fait retour à la Grèce qu'en 1912). Elle est conjointement inaugurée par le directeur du CCF de Tripoli (créé en 1959) et Son Excellence Panos Kalogeropoulos, Ambassadeur de Grèce à Beyrouth (qui parle 5 langues dont la nôtre), auquel nous sommes évidemment présentés:


On remarquera quelques religieux orthodoxes parmi l’assistance brillante qui entoure Robert, très photographié :

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Bien que déjà rassasiés par les pâtisseries du buffet nous allons chez Lyna Al Tabbal et sa maman (enseignante de français) pour un dîner qui est une nouvelle illustration de la généreuse hospitalité libanaise. Heureusement que je n’ai pas de balance chez moi : je ne pourrai m’effrayer, à mon retour, des grammes ou kilo(s ?) dont je me serai encore alourdie…


13 avril
Nous quittons Tripoli pour Saïda (l’ancienne Sidon, fondée au XIV° siècle avant J.C.), où nous commençons par visiter le château de la mer, construit en 1227-28, par les croisés, après le siège de la ville (1110) par Baudouin, futur roi de Jérusalem. Saladin reprend Saïda en 1187, que les croisés réinvestissent un siècle plus tard. C’est au tour des Sarrasins de s’en emparer. Elle leur est brièvement reprise par les Templiers… Quant au château de la mer, il était plus imposant que nous ne le découvrons, mais il fut gravement endommagé en 1840 par les bombardements de la flotte austro-britannique

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Pour le déjeuner, nous avons rendez-vous au restaurant de l’hôtel Al-Qualaa (ex hôtel Romanos, ouvert en 1951), où nous faisons connaissance d’un autre Hervé, chanteur et guitariste, français, venu au Liban pour des ateliers chansons dans quelques écoles (un C.D. devant être l’épilogue de cette très passionnante expérience – qui n’est pas sans ma rappeler mes chers ateliers d’écriture). Ce restaurant est au dernier étage d’un très beau bâtiment, offrant une vue exceptionnelle sur ce château de la mer que nous venons de quitter. Mais il offre aussi, à l’étage précédent, un grand salon digne d’un conte des 1001 nuits, et nous ne résistons pas à y poser pour une photo-gag, que j’intitulerai Odalisque et pacha


Nous visitons ensuite le khan des Francs, récemment restauré par la fondation Hariri



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Puis nous prenons le thé à la Pension du couvent de Terre Sainte, où loge le chanteur , et qui est, comme son nom l’indique, un ancien couvent nous réservant la surprise (en haut d’un étroit escalier situé dans les souks) de son cloître jouxtant une église (en haut d’un autre escalier. Elle est hélas fermée) ; nous y faisons connaissance de Katia, la charmante (et francophone) propriétaire des lieux (tel : (03) 442 141), et d’un jeune français qui voyage en solitaire. Ils nous promettent l’un et l’autre d’être, avec le chanteur, de notre représentation du soir…

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… car c’est pour jouer nos Méfaits divers à l’Université Saint Joseph que nous sommes venus à Saïda ! Les conditions d’accueil y sont moins confortables qu’à Tripoli (pas de technicien lumière, un rideau d’avant-scène qui refuse de se fermer, pas de loge – nous nous habillons maquillons dans … la chambre conjugale du concierge ; qu’il soit ici remercié de son hospitalité, et du café qu’il apporta pendant notre brève répétition, et des fleurs de gardénia qu’il cueillit pour nous dans son jardin). Le public est également universitaire, essentiellement composé d’ étudiants.
Après un moment de bavardage avec Hervé, Katia et le jeune voyageur français, dans la belle nuit de Saïda, face aux montagnes, sous un ciel étoilé traversé du vol lourd de grosses chauve-souris, nous rentrons sur Beyrouth, où Robert nous a réservé des chambres au Golden tulip Hôtel de ville.


14 avril
Notre hôtel est avantageusement situé près de l’Ambassade de France, qui renferme également les services consulaires et le CCF de la capitale. Tandis que Robert y vaque à ses affaires, nous découvrons ce domaine, hautement sécurisé et qui doit plaire aux oiseaux comme au chats car il renferme de beaux espaces verts :

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Toujours sous la houlette de Robert, nous visitons le centre ville, en commençant par la tombe de celui qui l’a fait restaurer à l’identique : Rafic Hariri, qui, né en 1944 à Saïda, fut, à deux reprises, premier ministre (1992-1998 ; 2000-2004), avant d’être assassiné le 14 février 2005, lors d’un attentat-suicide (camionnette contenant une charge explosive de 1800 kilos). Une vingtaine de personnes périrent dans cet attentat, dont 7 de ses gardes du corps, enterrés près de lui. Ce petit cimetière collectif est actuellement sous une tente car un mausolée doit être construit autour des tombes, sans les déplacer. Il sera au plus près de la mosquée el-Amine (la plus grande du Liban, également financée par Rafic Hariri)

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On aperçoit, derrière cette mosquée, un chantier de fouilles et une partie de l’Eglise saint Georges. C’est qu’une fois de plus, dans ce Liban chargé d’histoire, Beyrouth fut un lieu habité dès le Paléolithique supérieur (30000/12000 avant J.C.). Les Phéniciens, les Egyptiens, les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les croisés, les Mammelouks, les Ottomans puis les Français s’y succédèrent, entre le 4° millénaire avant J.C. et le 2° millénaire après.

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Nous visitons l’église Saint Georges des Maronites (construite au XIX° siècle)…


… puis retrouvons un autre chantier de fouilles : les thermes romains :

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Nous saluons Alexandre Pouchkine, rallié post-mortem à la publicité…


… et Samir Kassir , journaliste et historien libanais, né en 1960 à Beyrouth, où il fut assassiné le 2 juin 2005 :


Nous buvons un peu de vin en guise d’apéritif, place de l’Etoile, et, en voiture, nous gagnons la corniche, pour y déjeuner au Petit café, bien plus grand que ne prétend son nom, et dont la terrasse suspendue offre un panorama à couper le souffle, à droite, à gauche, dessous, devant :

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Robert et Hervé vont ensuite chercher un ami de Robert à l’aéroport, après m’avoir reconduite à l’hôtel, où, dans mon vaste lit, je sieste un moment, 1 oreiller sous la tête et 3 sous les jambes qui ont mal supporté la promenade pédestre de cette chaude matinée.
C’est donc reposée que je peux accompagner les 3 amis au vernissage d’une exposition à l’ambassade de France. J’y découvre une partie de la communauté arménienne de Beyrouth, à laquelle la photographe Ariane Delacampagne a consacré cette exposition. Et j’y retrouve quelques personnes déjà croisées à Tripoli ou Beyrouth : Denis Gaillard, Jany Bourdais (conseiller de coopération et d’action culturelle à l’Ambassade de France), Alicia Thouy (directrice du CCF de Zahlé-Baalbeck), Martine Gilet (directrice du livre à l’Ambassade de France). L’un d’eux (Jany Bourdais) viendra d’ailleurs dîner avec nous dans un de ces excellents restaurants que compte Beyrouth.


15 avril
Nous consacrons nos dernières heures en terre libanaise au musée national, qui ne recèle que des pièces d’exception, dont voici un échantillon :

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Mais la vitrine qui m’a le plus émue est la dernière, qui ne recèle que de petits objets dont un feu violent empêchera à jamais toute restauration. C’est une trace (parmi d’autres, voir-ci dessous un mur couverts d’impacts de balles, derrière l’ambassade, une maison bombardée à Tripoli), très modeste, du martyr que subit le Liban pendant les dernières guerres.

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Après un dernier arrêt au Petit café de la corniche, nous retrouvons l’aéroport, où mon émotion de quitter ce pays (et les personnes que j’y ai connues) n’est pas moins vive.
Merci Hervé, merci Robert, de m’avoir offert cette chance d’un voyage inoubliable


 
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