MOULLEC (CHRISTIAN)

J’ai découvert Christian Moullec dans un reportage du journal télévisé présenté par Claire Chazal , un dimanche de l’automne 1996. Stupéfaite, émue par son exploit de faire voler des oies derrière son ULM, je lui écrivis un conte (ci-dessous), il me répondit par la proposition de concevoir le scénario d’une fiction que lui commandait une chaîne (on lui imposait un scénariste dont il n’était pas très satisfait). Nous nous sommes donc rencontrés, nous avons commencé à travailler sur ce projet, à en faire circuler le synopsis. Gérard Klein – le presque voisin de Christian dans le Cantal – semblait même intéressé à le produire. Et puis est arrivé sur les écrans de ciné «L’envolée sauvage», qui, forcément, ressemblait à notre scénario en gestation : il n’y avait alors que deux hommes capables d’ainsi faire voler des oies, et l’autre, Canadien, avait été plus rapide que nous, avait disposé de plus de moyens pour tourner sa fiction. Nous avons abandonné notre « Vallée des oies », car personne n’en voulait plus. Mais, dans le même temps, Christian avait été également contacté par Jacques Perrin, qui songeait à un documentaire. Et ce documentaire existe. Il s’appelle « Le Peuple migrateur », il a connu un succès plus que mérité.
Christian continue à faire voler des oies. Vous pouvez aller suivre ses aventures sur son site :

www.vol-avec-les-oies.com

Conte de m’amère l’oye

Les anges n’avaient pas quitté les hommes, mais les hommes ne le savaient pas.
Dieu, qui est diversement nommé depuis l’épisode de Babel, avait appris à ruser avec sa créature du sixième jour. A ses auxiliaires en longues chemises, il avait ôté l’apparence humaine, si chère aux peintres des cathédrales, pour ne leur laisser que les ailes. Les anges étaient devenus des oiseaux. De leur point de vue élevé, ils surveillaient mieux la triste planète, aigles des montagnes, mouettes et cormorans sur les mers, moineaux des villes, mésanges près des maisons, hirondelles sous les fenêtres. Sans oublier les pigeons mêlés aux gargouilles et les chouettes patrouillant la nuit des forêts. Les canards, les poules, les oies poussaient même le raffinement jusqu’à faire semblant d’être terrestres, voguant sur les mares des fermes, se dandinant dans les basses-cours. Cette audace leur valait hélas de généralement finir dans les casseroles. Les parents ne comprenaient jamais pourquoi les enfants refusaient de manger cette viande ailée. Les parents croyaient tout savoir. Cette assurance, cette présomption agaça Dieu, qui n’était pas éternellement patient, ainsi qu’on l’a vu, entre autres, dans la Bible. Il décida d’envoyer à ses troupes volatiles le chef suprême de sa milice céleste, Gabriel, demeuré près de lui depuis qu’il était rentré de sa visite à Marie. Cette fois, tonna-t-il, au lieu de supprimer le corps, je vais cacher les ailes…
Gabriel chut donc sur la Terre, assez rudement, sous l’apparence d’un homme (qui laissa pousser sa moustache et eut une carte d’identité au nom de Christian Moullec, c’est préciser s’il perfectionna le déguisement). Sauver les oies, les poules et les canards – sans oublier les tourterelles, les bécasses et autres variétés tirées par les chasseurs – n’était donc pas une mince affaire. Mais, comme prétend le proverbe : A ange vaillant, rien d’impossible. Gabriel s’initia aux techniques humaines, lesquelles avaient beaucoup progressé depuis la maçonnerie défaillante de Babel. Gabriel eut un U.L.M., ce qui était une manière de retrouver le ciel. Il y entraîna une bande de bernaches nonnettes (des oies particulièrement religieuses, on l’aura compris). C’était très beau cette escadrille dans l’azur. Les enfants applaudissaient, criaient : Maman, maman, viens voir le magicien ! Et les peintres pensaient : Tiens, revoici Léonard de Vinci sur sa drôle de machine… Il n’y avait guère plus que les chasseurs à ronchonner dans leur coin en comptant leurs cartouches. Gabriel et ses oies traversèrent la France, des montagnes usées du Cantal à la mer des légendes bretonnes. Gabriel ensuite rentra dans ses montagnes, certain qu’au printemps il reverrait sa troupe ailée. Hélas, des méchants (l’Humanité en abonde) rognèrent les ailes des bernaches, les clouant à terre, définitivement (et le verbe clouer, j’espère, vous rappelle un sinistre souvenir, une terrible erreur).
Que fera Gabriel ? Et, surtout, que fera Dieu ?
Les petits enfants, qui savent tant de choses, prétendent qu’il nous abandonnera car, décidément, nous sommes trop stupides.

 

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