VOYAGES

Premier voyage en Grèce

En classes d’histoire de sixième et cinquième, je découvris les civilisations anciennes. Et je rêvais à un futur où je pourrais me rendre en Grèce, en Egypte, en Italie (d’autant que je lus Les derniers jours de Pompéi, d’Edward Bulwer-Lytton).
Je dus attendre l’année 1968, où, pour récompense de mon baccalauréat enfin obtenu, mes parents m’offrirent un voyage. J’hésitais entre la Grèce et la Campanie. L’amie que j’avais choisie pour m’accompagner trancha en faveur de la Grèce, ravie de ce premier séjour à l’étranger, pour son 60° anniversaire. Je me rendis donc, le plus bêtement du monde, dans la plus proche agence de voyage, qui me vendit, sur catalogue, le programme suivant :

Train de nuit de Paris à Ancône
Bateau d’Ancône au Pirée
Visite (1 journée) d’Athènes
Autocar jusqu’à Xylocastron (Péloponèse), où nous séjournerions en village-club.
Retour par le même itinéraire.

Dans ce qui demeure la tradition (je crois), les excursions et boissons seraient en supplément. Mais nous aurions, de Paris au Pirée, une accompagnatrice, chargée de veiller sur le groupe de clients ayant acheté cette prestation.
Le voyage de nuit devait se faire assis. Ma compagne de voyage et moi-même avions décidé qu’il serait plus confortable de réserver des couchettes. En conséquence de quoi, dès la gare de Lyon, nous fûmes déjà séparées du groupe constitué autour de l’accompagnatrice.
A Ancône, nous descendîmes du train, rapidement étonnées de ne pas retrouver le groupe et son mentor sur le quai. Le train repartit. Le quai se vida, à l’exception de 5 jeunes Français en partance pour Jérusalem. Nous prîmes langue, tentant aussi de nous faire entendre des employés italiens. Nous apprîmes qu’une grève de marins italiens paralysait ce port d’Ancône et que le mieux serait de nous rendre à … Brindisi, d’où nous pourrions embarquer pour la Grèce. On nous dirigea sur une agence de voyage, qui nous fournit un billet de groupe pour ce port du sud de l’Italie, où nous n’arriverions qu’à la nuit. La nuit où il n’y aurait plus de bateau avant le lendemain…
Brindisi donc, vers 2 h du matin (matin où il faisait tout à fait nuit évidemment). Taxi, hôtel (dans un ancien palais, les 5 femmes dormant dans ce qui avait dû être la chapelle, les 2 hommes dans une chambre).


Brindisi

Réveillée avant tous les autres, je descendis respirer les parfums du matin. Quand je rentrais, mon amie pleurait, me croyant disparue, perdue, assassinée peut-être. Je brisais court : les agences de voyage allaient ouvrir. Nouveau billet (de groupe) pour le bateau où nous embarquerions le soir-même, jusqu’à Patras, et d’autocar jusqu’à Athènes, pour le lendemain. Il s’agissait d’un des plus beaux bateaux italiens (l’Appia), ce qui ne nous consolait guère de nos avanies, car, au contraire du bateau grec sur lequel nous aurions dû embarquer à Ancône, il n’emprunterait pas le canal de Corinthe, trop étroit pour lui. Et, en place de cabines, nous ne disposerions que de chaises-longues sur le pont, où la nuit se révéla fraîche (nous n’avions pris aucun vêtement chaud !). Pas question de râler pour autant : tous ces Italiens s’étaient évertués à nous trouver des solutions, sans qu’il nous en coûtât une lire (ils s’entendraient avec leurs confrères français et grecs pour se rembourser).


l'Appia

Donc, nous débarquâmes à Patras, calculant qu’avec le retard pris depuis le départ de Paris, notre groupe d’origine n’était déjà plus à Athènes, mais à Xylocastron, qui – enfin un peu de chance – se trouvait sur la ligne qu’emprunterait l’autocar vers la capitale. Notre mésaventure allait donc finir, alors que nos 5 compagnons d’infortune devaient continuer à trouver des solutions pour atteindre Jérusalem ! Il était vingt-deux heures, quand on consentit à nous déposer à Xylocastron (où nul arrêt n’était prévu) devant un garage, fermé, où quelques hommes, prenant le frais du soir sur des chaises, palabraient, en tournant les perles de leurs comboloï. Ils ne parlaient pas plus le français que nous ne parlions le grec, mais sur je ne sais plus quel mot (peut-être bien village-club), ils parurent stupéfaits, quasi effrayés, et nous firent comprendre qu’ils nous emmèneraient dans un hôtel où nous serions mieux comprises. Donc, après le train, le bateau, l’autocar : la voiture, pour les derniers mètres.
Le directeur de cet hôtel (complet) nous exposa, dans un français parfait, l’étendue du désastre : le village-club était fermé depuis des mois ou des années (je ne sais plus ! Mes oreilles bourdonnèrent probablement d’anxiété à cette révélation), son propriétaire-armateur en prison suite au naufrage d’un de ses bateaux (naufrage qui avait fait de nombreuses victimes, ce dont il était jugé responsable). Devant notre désarroi, on nous trouva tout de même une chambre (de bonne, sous les combles) et on nous souffla ce qui semblait la plus raisonnable solution : reprendre l’autocar le lendemain, jusqu’à Athènes, où nous pourrions joindre notre consulat pour nous faire rapatrier.
Comment ça : rapatrier (m’exclamai-je dans l’ascenseur, auprès de mon amie en larmes) ? J’y suis, j’y reste. Et l’amie de pleurer un peu plus, se demandant bien où était passé notre groupe parisien et son accompagnatrice. Enlevait-on les touristes en Grèce ? L’affaire prenait une sale tournure. L’épuisement eut tout de même raison de notre inquiétude : nous dormîmes.
Autocar de nouveau (au 5° jour de notre voyage !) jusqu’à Athènes. Métro ou bus jusqu’au Pirée : notre hôte de Xylocastron nous avait conseillé, tout de même, de nous rendre aux bureaux du naufrageur, pour le cas où ils fonctionneraient encore, officieusement. Vitrine sous une crasse de plusieurs années. Et plusieurs années de courrier glissé sous la porte. Retour à Athènes (toujours en bus ou métro, je me montrais trop avare de nos fonds pour me décider à la facilité d’un taxi), direction le consulat. Il était 16h20 quand je sonnais à la grille. Le consulat était fermé depuis vingt minutes. Sur le trottoir, mon amie demeurait dans un état de sidération absolue, et je me trouvais à court d’idées pour imaginer la suite. Deux passants nous abordèrent, qui étaient français. Ils nous écoutèrent, nous conduisirent dans un restaurant-bar où ils avaient leurs habitudes, et dont la patronne parlait notre langue. Ils ne pouvaient rien de plus, repartant pour une autre destination. Mon amie noyait son verre de ses larmes, je brassais fébrilement nos divers documents, avec l’assistance de notre nouvelle hôtesse. Sur les billets de bateau-retour il y avait une adresse d’agence, au Pirée. La restauratrice téléphona, nous passa son interlocuteur – le directeur de l’agence – qui parlait également français. Ah, quelle joie il avait de nous entendre, car il s’était rendu chaque jour à l’arrivée des bateaux en provenance d’Italie, désespérant de voir débarquer ces deux voyageuses égarées. Il nous dit de prendre un taxi, qu’il nous attendait. Mon amie sortit son mouchoir, essuya ses yeux, afficha même un pauvre sourire. Et un sourire plus large, quand, dans l’heure qui suivit, nous fûmes attablées sur le quai de Turcolimano (rebaptisé plus tard Microlimano), en compagnie de ce directeur d’agence, qui nous invitait à dîner, nous assurait une nuit dans un des meilleurs hôtels d’Athènes, une visite de la ville le lendemain, suivie de l’ultime étape, jusqu’à Eretria, dans l’île d’Eubée, où nous retrouverions enfin notre groupe d’origine, qui n’avait pas été enlevé, mais ré-orienté à son arrivée à Athènes. Il nous offrait également une excursion à Delphes, et les billets de bateau pour … l’année suivante !


Turcolimano

N’avais-je pas raison d’insister (dis-je à mon amie, dans l’ascenseur de l’hôtel athénien) ? Elle en convînt, mais affirma qu’elle ne reviendrait pas en Grèce l’année suivante…

Pour les internautes qui ne seraient pas familiers de la Grèce et de l’Italie, j’ai dressé une carte portant les noms des lieux dont il est question ci-dessus ou ci-dessous.


Je ne croyais plus voyager à présent (2008). Et voilà qu’une amie m’invite à l’accompagner en Grèce cet été…
A qui écrirai-je de là-bas, comme je fis, lors de mes premiers voyages ?
Ma destinataire d’alors était mon ancien professeur de français, à laquelle je livrais ma ferveur (citation d’Anna de Noailles à l’appui) car tous les désagréments rocambolesques que je conte ci-dessus ne pesaient pas le poids d’une plume comparés à ma joie d’être parvenue sur la terre des dieux anciens :

Le 20 Août 1968,
Ma chère Sarah,

Athènes,

Oubliée la pluie morne qui tombait sur ce Paris à l’odeur de mégot mouillé lors de mon départ,
« Le jour d’été suffoque, étouffe, perd haleine
Sous l’implacable ciel de blanche porcelaine.
Tout brûle, consumé d’un voile de safran,
Et rêve à quelque acide, invisible torrent…
»
… et je dois faire bien des efforts pour secouer la torpeur qui m’envahit au moment où je vous écris : c’est l’heure feutrée de la sieste, vénérable et vénérée institution au sud de l’Europe.
D’impatience je n’ai pu dormir dans le train qui m’a roulée – ou plutôt cahotée – jusqu’à Brindisi, où nous sommes arrivées au gros de la nuit. J’ai somnolé un peu à l’hôtel (dans la mesure où des puces et des gargouillis de robinetterie me le permirent) et j’étais levée très tôt pour admirer enfin cette Méditerranée que je ne connaissais pas. Tout était nouveau pour moi : le bleu électrique et immobile de la mer et du ciel, les taches pastel ou écarlates des fleurs de lauriers-roses et de bougainvillées, l’agacement des narines sous les poivriers, l’insidieuse mollesse moite que nous avons traînée toute la journée par la ville, accostée sans cesse par des hommes courts et replets au charme gominé et caduc des ténors d’opérette.

Enfin ce fut la Grèce – du moins en décidais-je ainsi quand, encore loin des côtes, je m’éveillais sur le bateau, après une nuit frileuse passée sur les chaises-longues du pont des troisièmes classes – La terre et l’eau se confondaient dans le gris-bleu indécis des fins de nuit lorsque l’horizon irradia soudain : l’aube jaillissante transforma tout en une plaque de métal brillant un court instant, puis le nimbe solaire rétrécit jusqu’à son centre, qui rougit, rosit, blanchit, à mesure qu’il s’élevait ; ce fut à nouveau le bleu dur de la veille et la brûlante torpeur, dont nous n’émergeâmes qu’à Corfou, le temps de nous désaltérer de figues fraîches, que des adolescents sombres, venus de l’île, nous vendirent pendant l’escale, et à Ithaque que mes yeux fouillèrent, espérant y découvrir quelque imperceptible trace d’Ulysse !


Corfou

Le Pirée, enfin, c’est à dire l’arrivée, qui mit des frissons sur ma peau et de la buée dans mon regard : tenacement présente, toute l’émotion éblouie de mon enfance démesurément rêveuse…
Il fallut pourtant encore attendre au lendemain pour nous rendre à l’Acropole. Je n’ai pas eu le choc attendu. Comme la mer fait des galets, l’habitude émousse les angles de notre sensibilité, et les plus beaux sites, à devenir familiers, perdent leur magie. Je connaissais déjà trop l’Acropole par des textes, des photographies, et ce qui en avait été enlevé pour être mis au Louvre. On devrait arriver ici démuni de toute mémoire…


Simone (pas encore Arese) devant l’Acropole d’Athènes

J’ai été plus sensible à Delphes. Mais peut-être n’était-ce que parce qu’il y avait moins de visiteurs, et qu’Eole et Pan habitaient encore l’abondante végétation. Par fétichisme, j’ai cueilli une olive et quelques feuilles de l’olivier millénaire qui précède la tholos, et j’ai bu quelques gouttes de l’eau de la Castallie, que j’ai trouvée meilleure que le Résiné du restaurant où nous faisions la pause de la mi-journée. Le vieux guide, qui déjeunait à notre table, était trop essoufflé pour parler encore et je ne désirais que le silence pour mieux regarder l’extraordinaire paysage autour de moi : la terrasse surplombait la grande forêt sacrée et le golfe d’Itea, voilé d’une brume de chaleur, qui ternissait le bleu ordinairement insoutenable de la mer. Des toiles tendues au-dessus de nos têtes, comme autant de velarium antiques, claquaient et mettaient des jeux d’ombres et de soleil sur les convives ; l’un d’eux – dans un groupe de Français en goguette – s’était ceint le front d’un pampre de vigne et se prenait pour Dionysos.
Moi, je rêvais de revenir ici l’hiver pour voir cet étrange Delphes sous la neige, qu’avait évoqué le guide, où les renards laissent leurs empreintes.
L’ombre d’un aigle est passée sur nous lorsque nous remontions dans l’autocar, comme un rappel de la genèse du site…



Delphes vu du ciel




le temple d'Apollon



la Tholos avec et sans Simone


Thessalonique,
25 avril 1970

Ma chère Sarah,

Vous serez étonnée sans doute de recevoir une lettre timbrée de Grèce, alors que vous attendiez ma visite. Je devais en effet venir vous présenter cet Oreste, rencontré à Mykonos l’été dernier. Mais, pour des raisons politiques, son passeport lui a été refusé. Je m’étais trop préparée à le retrouver pour me résoudre à être plus longtemps séparée de lui : j’ai pris un billet d’avion pour Thessalonique.
Thessalonique où … il n’est pas, parti aider ses parents à leur ferme. Il rentrera demain, m’a-t-on dit.
Dès six heures du matin j’étais dans la rue pour découvrir sa ville.
La mer, d’abord. Elle est là, au bout des trottoirs de lauriers-roses, surprenante : houleuse, d’un brun foncé, que je n’ai vu nulle part ailleurs. Je me trompe peut-être : c’est le blanc du ciel qui lui donne cette couleur ? Attendre un peu pour voir…
Seule cliente du café qui vient d’ouvrir. Seule avec ce bonheur trop grand de l’attente (qui donc a dit : le meilleur de l’amour c’est quand on monte l’escalier ?), à surveiller la mer, et le ciel qui durcit. Débordant sur mes doigts quand je mords dans la tartine, le miel doré, fluide, a le goût d’herbes sèches et d’oliviers tordus, de poussière et de fleurs sauvages. Je crois sentir Delphes, avec ses ruches montagnardes. Mais un autre parfum vient envahir mes narines : les pelouses fraîchement tondues, humides d’air marin. Plus une fois je ne pourrai respirer ça sans retrouver Thessalonique.
L’eau demeure Terre de Sienne et continue à clapoter contre le quai. En écho, les paons du jardin public, et le roucoulement enivré, obsédant des tourterelles qui fleurissent la Tour blanche, solitaire, grandiose, et plus grise que laiteuse. Vénitienne ou turque ? Je saurai plus tard.

...

église byzantine.............................................. la tour blanche


En mer,
27 avril 1970


pope en méditation

Ma chère Sarah,

Les touristes s’agglutinent à Athènes ou dans les îles, et nous allons faire comme eux. Thessalonique la macédonienne, la byzantine, la turque, la juive n’est pas encore dans les itinéraires d’agences de voyages. Son musée était désert. J’y ai beaucoup admiré deux statuettes de mères allaitant, fragiles comme des Tanagra, et d’aériennes bouteilles turquoise, translucides, d’une grâce irrégulière. Il aurait surtout fallu m’extasier devant un cratère intact, pièce maîtresse de cette ville, mais je me suis à peine arrêtée devant : la perfection ne me touche pas, j’ai plus de tendresse pour les objets que le temps a marqués d’une fêlure ou dont l’usage quotidien a usé le dessin, estompé le contour.
Les maisons turques m’ont ramenée à Rouen, avec leurs encorbellements qui diminuent le ciel au-dessus de ma tête. Mais Rouen a subi la guerre, l’urbanisme de la reconstruction, Rouen est en ordre. Thessalonique est un enchevêtrement. Des rues asphaltées, ou simplement pavées – Rouen encore, les bosses en plus – débouchent soudain sur des chemins de terre mal aplanis. La ville basse et la ville haute se rencontrent par des raidillons escamotés derrière un immeuble ou des escaliers soudain surgis d’une impasse, et c’est brusquement le quadrilatère abaissé d’un chantier de fouilles. L’Arc de Galère semble en punition, relégué contre la voie principale, qu’il couronnait jadis.
Me pardonnerez-vous : j’ai négligé de me servir de mon appareil photo, ma mémoire me semble une plus sûre boîte, où un chat noir et une poule rousse, se poursuivant dans une ruelle abandonnée, dormiront toujours, plus tenacement présents qu’ils ne l’auraient été, figés sur un papier, sans relief et décolorés par le temps. Et le parfum violent des lilas, mêlés d’envahissants, minuscules rosiers jaunes, est plus tenace aussi que celui que les parfumeurs enferment dans des flacons, tant il m’a assaillie à la sortie de Saint-Georges, rotonde rose – briques et torchis – enguirlandée de mauve et de soufre, Saint-Georges, lumineux jardin et coupole obscure que les mosaïques or et turquoise trouent d’éclairs fulgurants. En franchissant la grille, j’ai retrouvé le bruit, la poussière (mais était-ce bien la poussière, ou une brume de chaleur au ras du sol ?) et milles autres odeurs dont les dominantes étaient les brochettes cuites au feu de bois et les oignons crus.
Avide de tout voir, j’ai négligé de déjeuner pour continuer la promenade malgré mes pieds gonflés de chaleur et ma tête bourdonnante de migraine. Le hasard m’a menée jusqu’à un cimetière juif abandonné, oasis de silence et d’ombre ; les colonnes tombées et le marbre blanc étaient enfouis sous des couverts de lilas et des parterres de soucis. Cet étrange jardin s’achevait sur un … potager et une maison d’où une femme sortit pour me cueillir du lilas, sans un mot, le visage éclairé par un sourire.
Et c’est ainsi, chargée de grappes blanches, alors que je refermais la grille rouillée et gémissante, que j’apparus à Oreste. De saisissement nous sommes restés muets quelques secondes, et nous avons ri, et nous avons parlé ensemble, chacun dans notre langue. Une voiture nous a frôlés, dont nous n’avions pas entendu l’avertisseur, et le chauffeur a hurlé à la vitre baissée : nous ne regardions que nous. Comment Oreste se trouvait-il là ? Il était rentré plus tôt de la ferme paternelle, avait trouvé mes quelques mots dans sa boîte aux lettres, et il était parti à ma recherche, au hasard, dans la ville…
Il m’a encore fallu marcher, défaillante de fatigue jusqu’aux halles pour acheter des provisions de route avant de prendre le train. Hallucinant spectacle que ces halles où j’ai cru lire Zola : débauche de quartiers de viande sanglante dont le rouge répondait au rouge des montagnes de chouraki - ces brioches spécifiques de la Pâques orthodoxe, couronnées d’œufs peints en carmin – et le vert des olives voisinait avec le rose et le blanc des sucreries, l’or patiné des gâteaux au miel, le violet brillant des aubergines et l’autre vert, plus terne, des courgettes ; toutes ces sensations visuelles augmentées de la rumeur générale allant se cogner au plafond de métal et rebondissant partout ; j’étais étourdie, comme ivre. J’ai dormi comme un enfant dans le train, sans avoir conscience des secousses, des arrêts ; Oreste veillait sur mon sommeil, gardien vigilant.
Et maintenant c’est moi qui veille sur le sien : je vous écris sur le pont du bateau qui nous emmène à Hydra ; la nuit est trop belle pour que je puise dormir, le silence trop parfait.

 

Cette Thessalonique-ci n’existe plus tout à fait, car un tremblement de terre survenu quelques années plus tard a mis bas les vieilles maisons turques et immeubles plus récents.

Mykonos avec ses moulins et Petro son Pélican fétiche qui me séduisit bien avant Péli l'autre pélican fétiche des pêcheurs d'Antifer, (voir site CHENE)

...

...

et maintenant Hydra

 

 

 

 

   

Je semblais donc abonnée à la Grèce puisque je m’y rendis en août 1968, août 1969, avril 1970, septembre 1971. En 1972, je demeurais en France (les Dombes, l’Aveyron), mais en 1973, pour le 60° anniversaire de ma mère, nous nous décidâmes pour la Campanie :

Positano,
15 Août 1973
...................

Ma chère Sarah,

Je n’aurais osé rêver réalité si conforme aux publicités de voyage. Un village de cubes blancs et roses accrochés au flanc de montagne, des escaliers qui dégringolent jusqu’à la mer, nappe immobile dont le bleu intense fait cligner les yeux.
Quel bien-être dans le jour finissant, lorsque la chaleur se décante. L’orphéon, minuscule au bas du village, continue son aubade à la Madone, qu’on promène aujourd’hui. Les parasols de la plage sont repliés, les bateaux sont amarrés. Après l’entracte de silence du repas, il y aura la pétarade lumineuse du feu d’artifice sur la mer. Le vent se lève, je quitte la terrasse d’où je vous écris pour la salle à manger où maman lit un ouvrage savant sur Pompéï (le jour j de cette visite espérée depuis … ma classe de cinquième est pour demain). Les Siciliens seront en retard à table, comme d’habitude…

...

A Ségeste enfin (que je visitais lors de mon voyage de noces en Sicile), comme à Delphes des années plus tôt, je crus voir Pan s’incarner pour moi :

Mes dieux fugaces, dont j’ai tant senti les ombres frôleuses et les haleines bavardes, ont bien voulu, sur un chemin de lumière, m’envoyer un messager : le vieux Pan a mis sa silhouette grotesque au bout du sentier, qui, de pierres en fleurs, mène du temple rose au théâtre blanc.
Son troupeau de craintives brebis a fui notre approche indiscrète, et la montagne a tintinnabulé de tous leurs grelots trembleurs, la vallée pleuré de tous leurs bêlements tristes ; lui seul a fait face, de son sabot rageur et de sa corne rebelle, avant de disparaître sur le plus haut gradin, retournant de son pas cadencé dans l’invisible séjour où sont les dieux endormis, et dont mon amour, un moment, l’avait éveillé.

Avril 1975

Le premier roman que j’avais écrit, vraisemblablement vers 1971/1972, était d’ailleurs titré « La Voyageuse » car j’étais bien persuadée d’être dans ce moule. Je me trompais, car ce besoin de bouger – qui semble avoir saisi tous mes contemporains – me quitta.
Et, à une relecture ultérieure, ce roman me parut mauvais, je le détruisis.
A dater de 1973, je ne fus plus abonnée qu’à l’Italie, ayant épousé un Padouan (rencontré à Positano). Il y a pire, comme destination…

L’Afrique n’en fut jamais, de ces destinations rêvées. Et pourtant, je m’y laissais entraîner une fois, par une coalition d’amis, autour d’un verre, lors d’une réunion du C.H.E.N.E, dont le directeur avait ses habitudes au Sénégal.
Ce voyage m’inspira deux textes : l’un de souvenirs, l’autre racontant la fondation du village de Badoudou (estuaire du Siné-Saloum, où fut tourné en partie le si beau film de Bernard Giraudeau Les Caprices d’un fleuve). Jusqu’à mon arrivée, cette histoire tenait en quelques mots et se transmettait oralement. Nos amis furent très heureux de la voir écrite par celle qu’ils nommèrent, au cours d’une fête, vice-présidente des femmes de Badoudou. Sous la photo qui marque ce moment émouvant (et où je danse avec la présidente), mes deux textes :

Viendra-t-elle ?

Je n’ai pas dormi, me semble-t-il. Mais est-ce possible que je n’ai pas sombré un moment ? Le temps m’eut paru si long, dans cette obscurité où je n’ose me mouvoir, pour ne pas éveiller cet autre corps en repos près du mien, et dont j’écoute le souffle léger. Chez moi, j’aurais sans hésiter rallumé la lampe du chevet. La lampe jaune de ma chambre jaune, redondance de lumière. Je me serais levée, frissonnant de quitter la chaleur de la couverture. J’aurais animé la cuisine du chuintement de la cafetière italienne, du parfum du lait, quelle que soit l’heure incongrue. Et je serais retournée sous le drap pour lire ou écrire, dans le silence propice.
Ici aussi, j’ai un livre. Celui que je n’ai pas ouvert dans l’avion. Une histoire de loups. J’ai toujours aimé ces bêtes. Il m’est arrivé de me glisser dans l’âme de l’un d’eux, empaillé. Le dernier loup tué en Normandie prétendait la pancarte de l’exposition, dans cette bibliothèque municipale où une comédienne lisait mon texte. On m’a pris en photo près de la bête, je m’en souviens. L’image est dans mes archives, datée : 6 février 1992. après la lecture, qui suivait les discours des élus, après les applaudissements des journalistes, j’ai bu du champagne, mangé des petits fours, en disant beaucoup de mal des chasseurs, à un grand barbu que je voyais pour la première fois. Celui-là même qui était près de moi, à l’aéroport, il y a cinq jours, quand j’ai acheté le livre empli de loups. Il ne m’a pas frappé, alors, que je répétais, dix ans plus tard, la même scène : l’homme à la barbe, le loup, la femme qui écrit.
Ici aussi, j’ai un de mes si nombreux et si chers carnets, un crayon à papier, au corps marine, une gomme blanche, triangulaire, et un taille-crayon d’acier, de ce modèle ancien me rappelant l’école. L’école où il m’arrivait de m’ennuyer, mais dont il me reste ce plaisir des fournitures neuves, si parfumées. C’était alors un plaisir empoisonné puisqu’il signait la fin des vacances, l’ouverture d’une année d’enfermement. C’est à présent un plaisir pur, car il signe l’échappée, la vacance dans l’enfermement répétitif des jours laborieux.
J’ai mis beaucoup de soin à choisir ce carnet-ci, qui serait du grand voyage, et où j’espérais non seulement écrire, mais dessiner, coller des billets d’avion, de bateau, faire sécher des fleurs, intercaler, au retour, des photographies. Ce devait être un carnet de voyage. Comme ceux qui me firent rêver, jadis, dans un musée, ou que je feuillette, imprimés, dans les librairies. C’est de cette race particulière que je voulais être : celle des écrivains-voyageurs. Ne voyager que pour écrire. Etre Pierre Loti à Constantinople, Paul Morand à Venise, t’Serstevens évoquant, entre les dessins d’Amandine Doré, Rome, la Sicile, une fête à Amalfi. Ne voyager que pour retrouver mes lectures antérieures.
Je n’ai encore rien écrit sur le nouveau carnet. J’ai écouté les bruits de la nuit : le souffle de Sophie, la goutte régulière sur le dallage de la douche, le crissement des insectes dans le chaume du toit. Les insectes qui tombent parfois sur le drap humide de nos sueurs, sur nos peaux dénudées. Chaleur et insectes : les deux mamelles de l’insomnie africaine. Il n’est que de patienter. Mon réveil bleu sonnera bientôt pour que j’aille, traversant l’espace noir vers les autres cases, tirer les amis du sommeil. L’espace noir où ont, il y a un instant, grondé les hyènes. Sophie a dû percevoir leur menace, car elle a bougé, soupiré. Nous sommes dans la forêt de Perrault, le loup est derrière le chêne où nichent l’écureuil et la chouette. Nous sommes dans la brousse africaine, la hyène est sous le palmier où, annonçant l’aube, les tisserins innombrables piailleront dans leurs nids suspendus, la hyène est au bord de l’eau, près du fleuve salé, que bordent les mangroves et où, dans la vase laissée par la marée, s’enterrent les crabes sombres, de leur pince unique. Le loup mangera l’aïeule de la petite fille habillée en rouge, et la chèvre blanche échappée dans la montagne. La hyène croquera aussi la chèvre, celle qui a étourdiment franchi la palissade protégeant le village de cases ; la hyène croquera le jeune singe, s’il ne court assez vite au refuge du baobab ou du manguier. Elle est aussi haute, m’a dit l’ami barbu, qu’un de ces ânons gris, à croix de Saint André, qui tirent si vaillamment les charrettes sur les pistes sableuses. La taille d’un ânon, au garrot, avec une tête de chien, et l’arrière-train fuyant d’un chat. La hyène est une chimère, et le sphinx qui attend le voyageur, aux portes de Thèbes. A quelle question devrai-je répondre, la rencontrant ? J’allume ma lampe de poche, près du sol, éclairant le cadran du réveil, et j’enfonce le bouton pour empêcher la sonnerie. Eveiller Sophie dans la douceur, d’une caresse sur la joue. Me lever, passer un vêtement, ouvrir la porte que prétend défendre une moustiquaire, trouer l’obscurité du faisceau étroit qui fera briller les yeux du fauve. Le fauve qui s’est tu, a disparu, n’a peut-être jamais été proche car l’écho est trompeur sur les bolongs.
Ayant fait mon office d’éveilleuse, pris mon sac à dos, protégé ma tête de l’indispensable turban, je me dirige vers l’embarcadère, dans l’obscurité persistante. Je dépasse l’auvent qui abrite ordinairement nos repas, intriguée d’une silhouette d’homme endormi sur une table. Et je bute sur une machette posée sur la marche. L’inconnu se dresse, prend l’arme, s’éloigne. Je suis la première sur le ponton. La pirogue, invisible, s’approche de l’échelle glissante, aux barreaux trop espacés, et Babou, notre piroguier nyctalope, tend sa main vigoureuse, son bras musclé, pour nous aider à descendre jusqu’à lui.
Nous naviguons un moment. Accostons sur une île. Ne pas crier en sautant dans la boue, ne pas parler. Croire que la hyène nous attendra pour, à la poursuite du phacochère, traverser l’étendue de sable humide. Rester groupés, Babou sur le flanc droit, l’homme à la machette sur le gauche. Ils se penchent sur des empreintes, dans la lumière grise, encore diffuse, de cette nuit finissante. Ils chuchotent en wolof, et nous désignent bientôt une zone d’herbe, trois maigres broussailleux. L’affût commence. Je suis assise en tailleur, comme les Indiens de mes livres d’enfant, et je regarde intensément, entre les griffes de l’arbuste, sur la gauche, cette forêt d’où surgira la bête. Le silence est aussi absolu que ce bonheur de l’espérance.
Le temps s’étire, la lumière change. A mes pieds, les fourmis et les iules, commençant leurs interminables courses, distraient un moment mon regard de la forêt. J’observe mes compagnons, qui observent l’invisible, jumelles braquées, appareils prêts à fixer l’image. Après le sable, sur la ligne naissante de l’horizon, une palmeraie se dessine, en ombre chinoise. Et de là monte la boule opalescente du soleil levant. Le ciel rosit, la boule grandit, escalade les troncs, la cime des arbres. Les couleurs durcissent, en même temps qu’arrive le chaudron de la canicule. Babou et l’homme à la machette se dressent. La hyène ne viendra plus.
Qu’importe ? La hyène a rejoint le loup, tellement plus beaux dans mon imaginaire.

Novembre 2002

Longtemps

Badou Dor était parti depuis longtemps, bien avant le lever du soleil. Il était parti seul, exceptionnellement, ce qui était un manquement aux habitudes de chasse autant qu’une désobéissance aux lois de la tribu, à l’autorité du chef. Il était parti en silence, sans éveiller ni femmes ni enfants de sa case. Même le petit âne gris, au dos barré d’une croix noire, et les deux maigres chevaux n’avaient pas bronché quand il avait ouvert, près d’eux, la palissade de bois tressé protégeant le village de l’incursion des fauves. Badou Dor était jeune, vigoureux, obstiné, empli de secrets désirs : être le plus audacieux chasseur de la communauté et, sur cette gloire que lui confèrerait la mort du grand lion, obtenir la permission de fonder un nouveau village, dont il serait le chef.
Badou Dor était parti depuis longtemps, bien avant le coucher du soleil. Il était parti seul, absolument nu, mais chargé de toutes ses armes : arc, flèches et sagaie aux pointes enduites de poison, machette au tranchant affûté. Il portait aussi dans un sac et une gourde en peau de chèvre, quelques provisions : grains de mil, arachides – cette culture imposée par les blancs de la mission jésuite au bord du fleuve – viande de phacochère séchée et vin de palme.
Badou Dor s’arrêta longtemps sous l’arbre sacré. C’était un baobab immense, qu’il ne fallait pas moins de cinq hommes pour, bras tendus, mains jointes, encercler le tronc. Le village avait été créé à la découverte de cet arbre remarquable, selon la tradition ancestrale. L’arbre était divin, et rien ne se décidait sans le consulter, lui sacrifier un animal, y déposer quelque objet. L’arbre contenait à lui seul l’esprit de la forêt, la sagesse de la brousse, la force du fleuve, et, dans son tronc creux, les corps des chefs et des marabouts.
Badou Dor posa ses paumes sur l’écorce, parlant au baobab et aux fantômes des morts, les assurant qu’à son retour il leur consacrerait la crinière du grand lion et la première coupe de cheveux du dernier-né de ses deux épouses. Puis, ayant répandu un peu de vin de palme au pied du géant, il s’éloigna en direction des empreintes du fauve, qu’il pistait depuis des jours. La lune pleine éclairait le paysage de sa lumière spectrale et Badou Dor avançait sans hésiter, vers le fleuve. Le lion viendrait boire avant l’aube et ce serait le moment de sa mort, si le vent ne lui portait pas l’odeur du chasseur. Car l’esprit du vent était versatile, irritable, et pouvait, sans raisons apparentes, malgré les sacrifices, faire alliance avec les fauves, la troupe des singes, le dieu-serpent et les démons-scorpions. Badou Dor pouvait mourir à la place du lion, et son âme alors, envolée de son corps désobéissant, demeurerait errante et sans repos ;
Badou Dor ne rencontra pas le lion. Mais il rencontra l’arbre, à l’heure chaude du découragement, du repos nécessaire, à l’heure du ventre et de la soif. C’était un énorme manguier, aux longues branches chargées de fruits. Un arbre à l’ombre dense, rafraîchissante, sous lequel il ferait bon dormir, palabrer, déguster le miel des abeilles. Un arbre protégeant de l’ardeur solaire, de la clarté maléfique de la lune et des pluies de la mauvaise saison. Badou Dor sut qu’il était arrivé, qu’autour de cet arbre il construirait son village. Badou Dor s’allongea sous le manguier, apaisé, confiant. Il rêva du baobab et des belles croupes de ses femmes, de leurs cuisses dansantes, de leurs têtes altières portant calebasses et fagots, de leurs gestes emplis de grâce quand elles pilaient le mil.
Il rentra à la nuit, priant le chef de bien vouloir réunir le conseil des anciens dès le lendemain. Il leur parla longtemps de sa chasse vaine et de sa rencontre avec le manguier. Ils ne se laissèrent pas convaincre et on dut solliciter l’avis du marabout, ce lien entre les esprits de la forêt et les âmes des ancêtres. Le marabout rendit un oracle stupéfiant : Badou Dor pourrait installer un nouveau village autour du manguier, à la condition d’y sacrifier un humain. Badou Dor le valeureux, Badou Dor le grand chasseur pleura le soir dans sa case, pour la première fois de sa vie car il savait que sacrifier un homme était depuis longtemps interdit, quand bien même cet homme serait un des toubabs en robe de la mission jésuite.
On crut qu’il renonçait, résigné. Mais il retourna voir le marabout. Ils palabrèrent longtemps sous le baobab, et un second oracle, annulant le premier, fut rendu : Badou Dor devrait sacrifier un taureau noir, âgé de quatre ans.
Longtemps il chercha la bête, de village en village. Il la trouva enfin et, l’ayant sacrifiée, il emmena ses femmes, ses enfants, ses vieux parents, ses cinq frères, ses trois sœurs et quelques cousins près du manguier, où ils construisirent le nouveau village, qui porta son nom.
Badou Dor fut un chef vénéré. Et son corps, enfoui sous le manguier, alla rejoindre le peuple des ancêtres et l’esprit de la forêt. Après lui, six autres chefs, de sa parentèle, assurèrent la prospérité du village.
Au septième, bien longtemps après cette histoire, cent cinquante ans, on me la raconta, à moi la toubab venue de si loin, porter, avec mes amis, des livres et des cahiers, des crayons aux enfants, des médicaments aux malades. J’étais assise à la gauche de ce septième homme, tenant le plat de riz dont on m’avait honorée, tandis qu’il faisait distribuer, à chacun de nous, un épi de mil, en remerciement.
Longtemps je me souviendrai de Badou Dor. Et j’irai déposer, si jamais je retourne là-bas, une mèche de mes cheveux au pied du manguier.

Novembre 2002

Ce voyage me servit aussi lors d’un atelier d’écriture, où les enfants souhaitaient écrire un conte africain. J’apportais mes photos, l’épi de mil, un fruit du baobab sacré, quelques fleurs séchées, un nid de tisserins (non pas dérobé à ses occupants, mais tombé – vide - d’un palmier), et je vins même un jour habillée d’une tenue africaine offerte par un habitant de Badoudou.

Nous avons donc, entre décembre 2004 et juin 2005, écrit ensemble (élèves, institutrice et moi-même) :

Les fabuleux secrets du baobab
(extraits à titre d'illustration)

 

 

J’avais déjà permis à de jeunes enfants (école André Malraux de Duclair, année 1999/2000) d’écrire un conte collectif :

Le voyage des deux Indiens

(quelques extraits)

… et en août 2008, je retournais en Grèce, entraînée par une parente. Voici quelques images de mon album, intitulé :

Retour au pays turquoise

quelques photos d'Olympie

Atelier de Phidas


Temple de Zeus
   
Temple d'Héra
L'entrée du stade
Et l'ombre d'une géante sur la ligne de départ
Socle d’une statue dédiée à Zeus, érigée en punition par un sportif qui avait triché. La punition comprenait, entre autres, de graver le forfait sur ce socle.
Tombe-tholos proche du Palais de Nestor
(XIV°/XII° siècle avant J.C)
Sur la côte du Péloponèse, un arrêt dans une taverne :
Et pour finir, le parfait symbole de la Grèce : un olivier. J’ai baptisé celui-ci Castor et Pollux, en souvenir des célèbres jumeaux de la mythologie
   

Novembre 2008 : l’Egypte
J’avais décidé, pour ce voyage tant attendu (on en jugera par le texte d’introduction), l’acquisition d’un appareil numérique, destiné à suppléer mon vieil argentique (1982), dont le flash ne fonctionnait plus. Le vendeur m’avait assuré que celui choisi (au plus bas prix) était d’un usage simple. Comme si un appareil était simple à présent ! Il suffit de lire (essayer de) leurs modes d’emploi pour regretter de n’avoir pas bac+5. Je crains le pire pour le lave-linge qu’on me livrera demain, bien que j’ai fait quelques efforts pour trouver des critères d’achat solides :
1°) qu’il n’ait pas été fabriqué en Chine
2°) que son prix soit modique et son usage simple (l’un découlant de l’autre me semblait-il)
3°) qu’il possède un hublot pour distraire mon chat
Concernant le prix, la vendeuse m’opposa que je pouvais payer en trois fois, ce à quoi je répondis brutalement : sûrement pas ! Avec tous les papiers que votre enseigne demande pour garanties, on se croirait dans un commissariat.
Gracieuse je fus, dans ce magasin, comme on voit. J’étais encore sur l’élan de mon retour d’Egypte, où j’avais dû en permanence faire barrage aux propositions des vendeurs de souvenirs, aux conducteurs de calèche, de felouques, auprès desquels il fallait toujours marchander.
J’ai même dû refuser une proposition de mariage. Que je ne devais qu’à ma graisse, très prisée là-bas, où on prétendit que j’étais du miel pour les yeux. Ajoutez que l’amoureux me faisait sa cour en oubliant le buffet des desserts dans les factures des dîners, vous comprendrez qu’aucune photo en maillot de bain ne viendra vous révéler ce miel

Lecture enfantine

J’étais couchée depuis un moment, ayant attendu, pour rallumer ma lampe en forme de mappemonde, que mes parents soient endormis. J’avais en effet interdiction de veiller après neuf heures (demain y’a école, précisait ma mère, rituellement). L’ordre était enfreint chaque soir. Cette nuit-là, j’avais choisi, parmi la bibliothèque de mon cosy, un des livres offerts par Hélène Salvadori, cette marraine bien aussi sacralisée que les mères et grands-mères (et que je voyais fort peu puisqu’elle habitait dans les Dombes) : Soixante-quinze aventures vécues. Allongée sur le ventre, mon livre entre mes coudes écartés, mon menton dans les mains, je franchissais bientôt la porte du tombeau de Toutankhamon, avec Howard Carter : l’air que nous respirions, immuable depuis tant de siècles, était l’air même respiré par ceux-là qui avaient descendu la momie au tombeau. L’air s’infiltrait dans mes narines, avec le sable du désert, la poussière des travaux, le parfum de suif du flambeau ; et nos cœurs s’étaient emballés ensemble, cette porte franchie. Je relus trois fois la page, chaque fois plus exaltée, plus haletante. Une baisse du courant électrique (peut-être dû au thermostat de la couverture chauffante) fit un instant faiblir la lumière de mon globe, et, dans l’état de fièvre mentale où je me trouvais, je ne doutais pas que ce fût un appel de la momie me conviant à ouvrir d’autres tombeaux, à ramener au jour et à la mémoire des hommes, d’autres rois, d’autres reines, moins imaginaires que ceux de Cent et un contes.
Une douzaine d’années plus tard, quand une fastueuse exposition me permit d’enfin contempler, à Paris, le sarcophage du jeune pharaon, je ne ressentis pas l’émotion violente qui m’avait saisie, enfant. La chaleur du lieu clos, la foule, l’ordre et le soin avec lesquels étaient montrés ces trésors, la lumière implacable des spots sur l’or ruisselant, les bavardages et les piétinements des visiteurs ôtaient tout le mystère de la découverte et de ma lecture ancienne.
(1985)

Je possède toujours ce livre (Gründ, 1958), illustré par Pierre Luc :

Pas d’alerte à la bombe cette fois à Roissy (comme ce fut le cas pour le départ vers la Grèce cet été), et un avion direct pour notre destination unique : Louksor.
Nous étions logées, comme de nombreuses célébrités avant nous (dont Agatha Christie) au Winter Palace, patrimoine historique de 1886, dont la piscine est sûrement plus récente mais dont la clientèle anglaise n’a pas déserté, au point qu’il me semblait parfois être dans un film de James Ivory :


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Façade du Winter Palace, avec une des traditionnelles calèches servant de taxi

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Notre chambre et sa terrasse sur le parc


Notre chambre et sa terrasse vues du parc (1er étage)


devant notre chambre : couloir menant à la réception et aux 2 restaurants intérieurs (il y en avait également 3 dans le parc)

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Grand salon. Agatha s’est-elle assise ici pour prendre son thé entre les meurtres de Mort sur le Nil ?


Ce joli trône sur lequel s’asseyaient les élégant(e)s pour faire cirer leurs chaussures et bottines n’a plus guère d’usage depuis que les touristes affectionnent les tongs


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dans le parc

Toujours dans ce parc du Winter Palace, la charmante boulangère :

Et l’indispensable piscine :

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Le temple de Louksor (à l’intérieur duquel, ô sacrilège, une mosquée a été édifiée) fut visité de nuit, ce qui présentait : 1°) l’avantage de mieux voir les sculptures et hiéroglyphes des murs, subtilement éclairées,
2°) l’inconvénient de se tordre les chevilles dans les allées obscures et de vérifier que l’appareil numérique m’était hostile (ce pourrait être un jeu : devinez quelles photos viennent de cette miniature prétentieuse et quelles autres sont de mon vieux compagnon argentique. Il n’y a pas de croisière sur le Nil à gagner, je précise)


Je retournais évidemment voir ce temple de jour

Proche de ce temple, cette maison et sa belle colonnade, dont certaines fenêtres ouvrent sur le temple :

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Plus grand, et visité de jour, le temple de Karnak :

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Le Nil :

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Et notre taxi aquatique:
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avec son chauffeur (felouquier ?)

Passé le Nil, dans le désert des vallées aux 775 tombes, les ruines du village des ouvriers, qui n’étaient pas, contrairement aux légendes hollywoodiennes, des esclaves, mais des travailleurs rémunérés (capables de se mettre en grève), parmi lesquels on trouvait les meilleurs artistes : architectes, sculpteurs, peintres :

Juste au-dessus de ces ruines (situées dans la vallée des nobles), j'ai visité les tombes de Nakht et Menna. Je fus bien récompensée de devoir m’enfoncer dans les goulets étroits d’escaliers aux marches trop hautes, malgré mes genoux raides et ma claustrophobie galopante, car les murs des minuscules pièces où avaient jadis été déposés sarcophage et mobilier funéraire étaient merveilleusement peintes, de dessins et couleurs que les siècles (et la sécheresse du désert ?) avaient laissé intactes. Les photos au flash étant interdites je ne peux vous faire partager ces moments de bonheur pur (mais vous pourrez contempler tout cela sur d'autres sites internet). En compensation je vous offre cette image du très aimable gardien de la tombe de Taousert-Secknakht, que je visitais le même jour, dans la vallée des rois:

Et j’y ajoute cette vision romantique du travail des ouvriers due à un peintre anglais du 19° (Edwin Long, 1829-1891)

J’avais titré mon album de photos grecques Retour au pays turquoise. Pour l’Egypte, ce sera En pays rose :

En raison du même interdit photographique, vous ne verrez pas plus les peintures des trois autres tombes ( de Thoumosis IV et Ramsès I dans la vallée des rois, et de Aÿ dans la vallée de l'ouest ) que je visitais un autre jour.
Mais voici quelques-unes des répliques maladroites, ornant les maisons des Gournaoui, où nous avons pu nous désaltérer

Et pour finir, un petit papyrus des souks :